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mardi 16 décembre 2014

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Une nouvelle romance contemporaine ?

Nous avons assez de recul maintenant pour commencer à observer l’évolution de la romance contemporaine depuis quelques années. Ce genre n’est pas née hier, il poursuivait son petit bonhomme de chemin depuis de longues années sans grand changement. Et puis, sous la poussée de la fanfiction, de l’auto-édition,de quelques séries mythiques aussi une nouvelle romance s’est imposée littéralement dans les mains des lectrices. Pour comprendre cette évolution, sans doute faut-il remonter quelques années en arrière avec le succès de deux séries destinées à un jeune public mais qui ont largement explosé les limites d’âge et créé une brèche dans la romance.

Cette première série est sans aucun doute Harry Potter. L’histoire du petit sorcier né sous la plume de JK Rowling a été un succès interplanétaire sur lequel nous ne reviendrons pas. Ce succès a surpris car Harry Potter visait un public de jeunes lecteurs ( qu’il a obtenu d’ailleurs) mais a séduit aussi de nombreux adultes. Cela a créé, à la fois, une habitude d’attendre des suites, d’avoir une histoire transgénérationnelle avec une base surnaturelle.

La seconde de ces séries au succès atomique a été Twilight de Stephenie Meyer. Là aussi, nous retrouvons l’idée de la série ( trois tomes ici), le surnaturel mais cette fois le public visé était bien plus des adolescentes. Et là aussi, grosse surprise, le succès a largement dépassé ce que l’on attendait et a créé deux choses : un public féminin séduit , accro à l’histoire d’amour d’un couple, pourtant très jeune et un incroyable succès de la fanfiction ( Harry Potter avait aussi suscité cela), c’est à dire le désir de poursuivre l’histoire, d’en imiter les grandes dynamiques, voire de s’inspirer simplement des personnages.

La plupart des auteures de la nouvelle romance contemporaine ( NRC, pour faire simple !) sont des jeunes femmes qui ont lu et été passionnées par ces deux séries et maintenant, parfois, par celle d’EL James, elle-même issue d’une fanfiction de Twilight comme plusieurs autres succès de librairie récents. La plupart, comme Jennifer Armentrout, Jamie McGuire, SC Stephens ont déjà écrit des roman(ce)s qui visaient le même public : jeune, adolescent, amateur de paranormal. Puis, elles ont dérivé vers autre chose, la romance contemporaine car sans doute n’étaient-elles pas ici d’une vraie littérature paranormale mais bien plus sentimentale.

Est né alors, ce qu’on a appelé le YA, young adult en anglais. Ainsi a-t-on désigné, pêle-mêle, les romans initiatiques paranormaux à la Harry Potter mais également les romances finalement assez classiques à la Twilight. Le genre continue à se porter extrêmement bien. Il n’y a qu’à voir le cinéma et ces nombreuses dystopies comme Hunger Games ou la série Divergent. Les caractéristiques de ce genre sont simples :

  • Un contexte paranormal, le plus souvent mais ce n’est pas obligatoire. Il existe aussi des romances toutes simples qui ont fleuri dans cette catégorie.
  • Un couple de jeunes héros souvent de moins de 18 ans, en plein passage de l’adolescence à l’âge adulte, souvent dans des conditions pas ordinaires du tout.
  • Une relation amoureuse, oui, mais sans sexe décrit car ces livres ouverts aux USA à un public jeune ne peuvent pas comporter de scènes trop explicites. C’est impossible.

Très vite, nos auteures fétiches de NRC ont été séduites mais se sont retrouvées à l’étroit avec surtout le dernier point ci-dessus. Comment raconter une histoire d’amour torride, crédible, avec des héros qui ne vont pas jusqu’au bout ou alors derrière des portes closes ? Stephenie Meyer avait relevé le défi mais visiblement créé une sacrée frustration étant donné le nombre de fanfictions et différentes versions érotiques de son Twilight. Il est bien évident que créer une intense tension sexuelle conduisait logiquement à l’acte lui-même. Problème donc.

Si vous lisez les trois tomes de SC Stephens, vous constaterez l’évolution entre le premier et le second tome. Dans le premier, elle cherche à coller aux normes sans sexe du YA, échoue d’ailleurs partiellement mais n’est pas très explicite. Les autres tomes, libérés de cette règle sont bien plus clairs. Il en est de même pour Jamie McGuire, qui elle aussi essaye de rester la plus soft possible dans Beautiful Disaster, avec un bad boy redoutable, séducteur et pourtant qui conclut tardivement et discrètement dans le roman. Même remarque pour Colleen Hoover. Ces auteures sont les créatrices « historiques » de la NRC. Elles viennent du YA, ont écrit du YA et y reviendront peut-être ( sûrement !).

Pour passer du YA à la NRC, il a fallu en passer par le NA, c’est à dire le New Adult. Ce petit tour de passe-passe très américain et très marketing a libéré pas mal de choses. Finalement, il suffisait de préciser que cette fois le public visé était un peu plus vieux. Le concept de NA, au départ, ne désigne que des héros un peu plus âgés, ce que l’on appelle des nouveaux adultes, des jeunes gens de moins de 25 ans pour au moins l’un d’entre eux mais de plus de dix-huit ans. Cela ne change pas grand chose, me direz-vous. Mais si, au contraire. Aux Etats-Unis, le sexe avant dix-huit ans n’a pas très bonne presse. Hypocrisie ? Très certainement. Mais, en créant des personnages de plus de dix-huit ans, les éventuelles remarques désagréables sur le fait de pousser les mineurs dans la luxure disparaissent. Les auteures sont libérées de cette contrainte et peuvent s’engouffrer dans la brèche, raconter des histoires d’amour comme elles l’entendent, avec le contexte qu’elles souhaitent et sur des jeunes gens.

Le succès alors du genre est instantané, énorme. Les auteures historiques que j’ai cité plus haut sortent alors du lot et de l’anonymat. Les éditeurs qui n’avaient même pas jeté un coup d’oeil à leurs livres vont les poursuivre avec assiduité, le cinéma va se pencher sur ces romances hyper efficaces ( plusieurs sont en cours de préparation, c’est en effet très récent donc, il n’y a pas encore beaucoup de films sortis mais cela arrive). Evidemment, cela va susciter un engouement énorme et beaucoup de suiveurs au talent inégal. Ce genre a explosé en 2011-2012 aux Etats-Unis et la France a suivi surtout en 2014.

Se pose maintenant la question de cette distinction YA/NA/ romance contemporaine. Est-ce encore valide ? La réponse est oui et non. Le YA continue à exister comme un genre bien à part, défini comme nous l’avons fait plus haut. Mais le NA ? Quel est-il aujourd’hui ? C’est vraiment difficile à dire et surtout, comment différencier une romance contemporaine aujourd’hui d’une romance NA ? En réalité, le succès foudroyant du NA a entrainé une redéfinition de la romance contemporaine et il faudrait plutôt parler aujourd’hui de NRC et de romance contemporaine traditionnelle. Mieux encore, le succès du NA a obligé à se poser la question de la romance érotique aussi. Pendant très longtemps, il y avait des codes bien précis pour classer un livre dans la catégorie érotique ou pas. C’est plus flou aujourd’hui et là encore, parler de NRC est bien plus intéressant que de tenter de conserver les mêmes classements.

Alors c’est quoi la nouvelle romance contemporaine ? Pas facile à dire mais vous allez retrouver un certain nombre de caractéristiques :

  • Le contexte est toujours ultra-contemporain : l’histoire se déroule l’année de sa publication ou presque et n’hésite pas à faire référence à des évènements récents pour cela. En tous cas, c’est le monde que nous connaissons avec réseaux sociaux, soucis d’aujourd’hui ( crise économique...)
  • Les héros sont jeunes. Le NA a imposé cela. Les héros sont dans leur vingtaine, ont souvent entre dix-huit et vingt-huit ans au moins pour l’un d’entre eux. Il est évident que si vous voulez jouer sur la différence d’âge, un des grands thèmes du moment, il vaut mieux avoir un héros ( souvent l’homme) plus âgé. Il existe alors une sous-catégorie avec des héros plus jeunes, de moins de vingt-cinq ans, avec une thématique légèrement différente mais pas tant que cela.
  • Les héros sont souvent des urbains. Fini la petite ville où l’on vient chercher le réconfort après avoir détesté ou souffert à la grande ville. Il y a des exceptions mais en général, les héros vivent dans une ville moyenne ou grande. C’est intéressant quand on sait le nombre de séries « chronique d’une petite ville » sur le modèle de Virgin River de Robyn Carr qui sont sortis ces dernières années.
  • Les héros souffrent ou ont souffert. Ils ont souvent un passé très lourd, l’un ou/et l’autre. L’enfance est toujours très présente et n’est pas forcément réglée.
  • Les héros s’expriment à la première personne nous permettant tout à tour d’être dans le tête de l’un d’entre eux ou alors exclusivement dans une, surtout celle de l’héroïne. Nous sommes dans des romans écrits par des femmes pour des femmes.
  • Le sexe est très présent car il est considéré comme totalement naturel aujourd’hui et faisant partie intégrante d’une relation amoureuse épanouie. Et il est montré de façon explicite et c’est en cela que définir une romance érotique aujourd’hui devient plus complexe. Jusqu’à il y a peu, utiliser des sex toys, pratiquer le sexe anal, le bdsm soft, parler crûment étaient exclusivement réservés à la romance érotique. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Si le triolisme, le bdsm hard et quelques pratiques bien particulières font basculer dans ce genre, le reste...c’est bien moins évident. Il y a quelques temps, une fellation avec éjaculation n’apparaissait que dans l’érotique...Vous mesurez le chemin parcouru...

Après, la liberté de l’auteure est totale. Les thèmes abordés sont très vastes allant de l’amour au travail, à la rédemption par l’amour en passant par des relations taboues A voir certains sujets, on mesure la frustration des auteures et le fait que l’édition traditionnelle n’avait pas mesurer l’évolution du goût du lectorat et le désir des écrivains d’en parler.

Combien de livres avant la naissance du genre parlaient des études universitaires, du binge-drinking, des amours de jeunesse ? Les romans contemporaines évoquaient des femmes autour de la trentaine dont l’horloge biologique se réveillait, des working-girls harassées qui revenaient dans leur petite ville retrouver leur amour de jeunesse justement. Pas de vierges, souvent des femmes fortes et décidées... Cette romance existe toujours. Pour moi, elle a pris des rides, de grosses rides et si certaines lectrices apprécient ces femmes plus matures, avec des problématiques différentes c’est souvent après s’être gavé de NRC ! Il reste de bons livres et de bons auteurs mais exister est bien plus difficile et sortir du lot aussi. Ne parlons pas de la romance historique qui n’a pas été du tout concerné par ces changements et a peu évolué, ne séduisant pas forcément le nouveau lectorat.

Au final, la romance a toujours évolué, peut-être ce qui est différent avec le NA c’est que cela été plus rapide et radical que beaucoup de changements mais il en ressort une romance contemporaine dépoussiérée, très dynamique et qui plaît. C’est le principal !

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