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mercredi 17 décembre 2014

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Découvrez un extrait de, Je reviens chez nous, la première romance MM de Sara Agnès L.

De retour à Saint-Gravel après plusieurs années d’absence, Thomas retrouve le village où il a grandi en centre jeunesse. Accueilli par Hugo, son meilleur ami d’enfance et désormais propriétaire de la ferme de son défunt père, il accepte de séjourner chez lui, le temps de se trouver un logis… Soulagé qu’après toutes ces années, sa complicité avec Hugo soit intacte, Thomas n’en est pas moins sous le choc lorsqu’il apprend l’homosexualité de son ami. Cela risque-t-il de transformer leur relation ? Non ! Après tout, il n’a jamais eu de désir de cet ordre, avant. Mais ça, c’était avant…

Lorsque la salade est prête, nous sortons tout dehors : la bouffe, les couverts et de nouvelles bières. Hugo démarre le BBQ pendant que je mets la table, mais je viens rapidement me planter à ses côtés.

— Alors, raconte : comment ça se fait que t’es pas marié ? demandé-je. T’as un domaine, des chevaux, des bras en béton... C’est difficile de croire qu’une fille ne t’a pas encore mis le grappin dessus.

Je ris comme un idiot tandis qu’Hugo répète, avec une drôle de tête :

— Des bras en béton ?

— Bah ouais ! Ne me fais pas croire que ça ne plaît pas aux filles de la région ! D’ailleurs, t’étais pas avec… euh… Charlotte Toupin ?

D’une main, il se frappe le front et m’empêche de poursuivre :

— Ah, non ! Ne me parle pas de ça, tu veux ?

— Pourquoi ? Je suis plutôt sûr de t’avoir vu avec elle derrière la grange !

— C’était une erreur ! Une stupide erreur ! précise-t-il. Bordel, je ne peux pas croire que tu te souviennes de ça !

Je fais mine de sourire en reportant ma bière à ma bouche. Tu parles que je m’en souviens ! Ça m’avait fait un sacré choc, à l’époque. Mon copain avec une fille. Avant ce jour-là, j’imaginais que nous allions toujours être ensemble, lui et moi. Puis j’avais compris que j’étais seulement un ami temporaire. Qu’Hugo allait se marier, avoir des enfants et toutes ces choses que les gens font, dans le coin. Autrement dit, que je finirais encore par être exclu. Moi, le petit orphelin, mulâtre de surcroît, qui n’avait rien. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je suis parti : pour essayer de retrouver ma mère. J’espérais trouver ma place dans ma propre famille. Quelle idée !

Sur un ton plus sérieux, il reprend, en gardant les yeux rivés sur la viande qui grille et qui sent drôlement bon.

— En fait, euh… il vaut mieux que je te le dise…

Devant le silence qui passe, j’attends, intrigué, mais il éteint le feu en fermant le gaz, puis tourne la tête vers moi.

— Je suis gay.

Je le fixe en me retenant de rire, puis je lâche une sorte de gloussement ridicule.

— Tu me fais marcher ! lâché-je lorsque le silence se fait interminable. Son visage se crispe et il me répond sans attendre :

— Pas du tout !

— Allons donc ! Je t’ai vu avec cette fille ! Charlotte !

— C’était il y a une éternité ! Depuis, j’ai changé !

C’est plus fort que moi, je pouffe comme un idiot, persuadé qu’il me fait une blague. Quand je comprends qu’il n’a pas l’intention de rétracter ses dires, mon rire s’étouffe et je retrouve un air perplexe.

— Quoi ? T’es sérieux ? le questionné-je.

Lourdement, il se passe une main dans les cheveux. Là, c’est sûr, il est nerveux. Merde. Est-ce que je viens vraiment de me moquer de lui ?

— Bah… ouais, confirme-t-il.

Un silence passe durant lequel nous nous scrutons en silence. Il attend que je dise quelque chose, forcément ! Mais quoi ?

— Mais… quand tu dis « gay », tu veux dire… homo ?

— Tu connais d’autres définitions ? raille-t-il.

— Euh… non. En fait, non.

Je suis ridicule, et je sens que ça crée un malaise entre nous. Je reste là pendant qu’il va chercher les assiettes pour y déposer notre festin. Je récupère la mienne dès qu’il me la tend, puis je le suis pour m’installer à table. Une fois assis, on dirait que ses paroles font enfin sens dans mon esprit.

— Écoute, euh… pardon d’avoir rigolé, c’est que… j’étais sûr que… tu m’as surpris, voilà !

Un sourire discret revient sur son visage et il me lance un regard de biais.

— T’inquiète. J’ai l’habitude.

— Non, mais… ça ne me gêne pas, hein ! insisté-je. C’est juste que… je ne pouvais pas imaginer… ça.

— Pourquoi pas ?

— Parce que… je ne sais pas, moi, parce que c’est une petite ville, déjà. C’est le genre de trucs qu’on voit à New York ou à Chicago ou… dans les films, quoi ! Dans le coin, il ne doit pas y en avoir des masses… des gars comme toi.

— Gay, répète-t-il, visiblement énervé par la façon dont j’évite de prononcer ce mot. Et tu serais surpris de savoir que je ne suis pas le seul, dans le coin. J’écarquille les yeux, intrigué par sa réponse.

— Ah ouais ? Qui ça ?

Sans attendre, il récupère ses couverts et se met à couper sa viande. Tiens, la bouffe. Je n’y songeais même plus. C’est qu’il m’a scié en deux avec son annonce ! Pour ne pas avoir l’air d’un parfait imbécile, je l’imite, et je coupe un morceau, mais avant même que je ne le porte à mes lèvres, je ne peux pas m’empêcher d’insister :

— Allez, dis-moi ! Qui d’autre est gay ?

— Je ne parle que pour moi. Le reste, ça ne te regarde pas.

— Allez, quoi ! Qu’est-ce que tu crois ? Je ne vais pas aller le raconter ! De toute façon, dans un village comme Saint-Gravel, je ne doute pas que tout le monde sait tout sur tout.

— Pas tout, non. Pour ma part, je l’ai annoncé quand j’ai repris la ferme, parce que j’en avais marre qu’on essaie de me mettre en couple avec toutes les célibataires du coin, et parce que je n’avais pas envie de vivre ça en cachette. Il ferme les yeux en dégustant un bout de viande. Je le regarde pendant un moment avant de reporter mon attention sur mon propre plat. Le voir manger de si bon appétit me fait saliver. À mon tour de goûter à son steak. Délicieux ! Et Hugo rigole de me voir savourer ma bouchée.

— C’est à ton goût ?

— C’est le meilleur steak de ma vie, admets-je.

La dureté de ses traits fait place à un visage amical, mais ça ne dure qu’un temps, car il retrouve un air plus sombre lorsqu’il reprend :

— La vérité, Tom, c’est que tout le monde sait que je suis homosexuel. Alors si t’as un problème avec ça et que tu préfères te trouver un autre endroit pour dormir…

— Hein ? Mais non ! Mais qu’est-ce que tu racontes ?

— Tu l’as dit : c’est une petite ville. Si tu crèches ici plus qu’une semaine ou deux, y a des chances qu’on s’imagine que… enfin, tu vois ?

Je le toise en essayant de décoder ses propos. Qu’est-ce qu’il essayait de me dire ? Que les gens allaient croire que j’étais gay, moi aussi ? Retenant un rire, je dis :

— Bah, je suis déjà café au lait. J’ai déjà l’habitude de servir les rumeurs du coin. Qu’ils s’amusent à imaginer n’importe quoi, si ça leur chante ! Hugo me sourit. Avec un sourire qui fait chaud au cœur. De ceux qui me rappellent que nous sommes amis, bien au-delà de toutes les convenances et encore plus, de ces stupides rumeurs.

— Je suis content que tu sois revenu, lâche-t-il simplement.

D’une main, je récupère ma bouteille et je la tends dans sa direction pour trinquer une seconde fois.

— Moi aussi, Hugo. Moi aussi.

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