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mardi 1er septembre 2015

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Les lieux communs de la romance - Episode 1

La romance est une littérature de genre, c’est à dire qu’elle obéit à de nombreux codes et limites que le lecteur ne voit pas peut-être pas, mais qui sont bien là. Ainsi, une romance a une histoire d’amour centrale qui se termine toujours bien. C’est comme ça depuis que le genre existe et cela rend ces romans « prévisibles », au moins dans leur structure générale. Le roman policier, autre littérature de genre, l’est aussi. Le but de chaque roman est de démasquer le coupable, après à chaque auteur de savoir nous y amener de la façon la plus magistrale possible. Dans la romance, cela s’accompagne de ce que les mauvaises langues appellent des clichés ou des lieux communs, c’est à dire des sortes de figures imposées du genre, qui reviennent de livre en livre. Les fameuses mauvaises langues vous diront que c’est justement pour cela qu’ils dénigrent la romance, qu’elle est répétitive et véhicule des clichés trop simples ou trop niais. Les amateurs vous diront l’inverse, qu’ils ne se lassent pas ou presque, de lire ou relire des situations, voire des phrases identiques. Les clichés ou lieux communs sont donc au cœur de la romance.

Pour être plus précis, on peut donner une définition assez large de ces lieux communs. Cela peut-être des thèmes, des scènes ou même des phrases très caractéristiques.

Un thème très cliché de la romance est sans aucun doute le milliardaire qui tombe amoureux d’une jeune vierge naïve. Mais il y en a bien d’autres comme l’amour au boulot, deux amis qui passent de l’amitié à l’amour, le mariage arrangé, la rédemption par l’amour... Les exemples sont innombrables, vous pouvez choisir votre livre par ce thème car nous avons tous nos chouchous, ceux qui nous plaisent à chaque fois, que l’on relit toujours avec plaisir. Les scènes sont des moments bien précis du récit qui reviennent car elles sont redoutablement efficaces et très attendues des amateurs de romance pour la même raison qu’auparavant. Nous avons des scènes qui marchent à chaque fois, celles que vous avez à chaque romance sont celles qui marchent le mieux, vous pouvez en être certains ! Les phrases ou mots que les auteurs utilisent car ils sont comme des sésames, des identifiants très forts qui font que vous entrez alors précisément dans un état d’esprit. Ce sont des indicateurs que la scène que vous attendez commence. Un exemple s’impose, mais nous y reviendrons, c’est l’inévitable et, disons-le, assez ridicule combo : « oh comment cet engin va pouvoir entrer/tu es tellement mouillée/jouis pour moi. » La scène érotique commence, vous êtes dans de la nouvelle romance. Terrain connu, vous savez presque la phrase qui va suivre.

Ne cherchez pas, toutes ces situations, phrases, scènes ont déjà été écrites, souvent plusieurs fois et par des auteurs brillants qui ont rendu leur romance inoubliable. Quel est alors l’intérêt pour un auteur de reprendre ces clichés ? Doit-il les éviter systématiquement ? D’abord, bon courage pour trouver une situation tellement inédite qu’elle échappe à tous clichés, je doute qu’elle existe. Mais le problème, ce ne sont pas les lieux communs. Ils existent, ils sont inhérents au genre de la romance, les éviter a toutes les chances de faire sortir du genre. En réalité, un auteur peut reprendre tous les clichés du monde, les mettre bout à bout et pourtant apporter un vent de fraîcheur. Pourquoi et comment ? Par son style et son talent. Il « suffit » de se réapproprier le cliché, de l’écrire à sa façon, d’y apporter sa patte et le voilà qui est comme neuf, qui prend un côté si frais que le lecteur a l’impression qu’il le lit (presque) pour la première fois. C’est simple... ou pas ! En fait, tout est là et le défi est très dur à relever. Un auteur qui a son univers et un style y parviendra, soyez-en sûrs !

Mais tant qu’à écrire de la romance, autant chercher à renouveler tout cela et à prouver justement que vous n’êtes pas dans l’imitation mais dans la création et que le talent requis, vous l’avez !

Maintenant, reconnaissons que les clichés sont parfois énormes et méritent d’être lus dans ce cas au second degré. Quelques exemples s’imposent. Nous avons parlé de scènes/lieux communs, alors allons-y par ordre croissant de ridicule.

- Le coup du « oh, j’adore porter ses fringues ». Dans chaque roman, vous avez droit au réveil post partie de jambes en l’air. L’héroïne s’éveille, nue (normal vu l’activité nocturne) et veut aller aux toilettes/préparer le petit-déjeuner/traverser le couloir ou la rue pour rentrer chez elle. Elle ne trouve en général pas ses propres vêtements. Bon, relativement normal vu la fameuse activité nocturne et l’effeuillage qui a précédé lors duquel les vêtements ont volé dans tous les coins. Par contre, elle n’a aucun problème à trouver la chemise de monsieur qui elle, est toujours visible. Oui, je sais... mais étant donné que le but est qu’elle enfile une de ses fringues, il vaut mieux que ça se passe comme ça. Donc, elle trouve sa chemise qu’il a portée toute la soirée dans un bar où il a bu, rigolé, dansé... TRANSPIRÉ et... l’héroïne se met à roucouler de bonheur en l’enfilant car ça sent... LUI. Bon, lui, dans ses pires moments c’est à dire un mélange d’eau de toilette qui a passé, de transpiration, de lessive... Ne cherchez pas vos mots, ça pue. Point barre. Mais l’héroïne ne pense pas ça du tout. Dans le roman c’est le moment où vous pouvez en déduire logiquement qu’elle est amoureuse. Et le pire c’est que ça a une pointe de vérité, on l’a toutes fait, sniffer un truc qu’il a porté et que franchement on ne devrait pas trouver sympa du tout. Donc le cliché à toujours un fond de vérité ! Vous voulez un exemple dans une romance qui a bien marché ? Tessa, dans After, qui enfile chaque soir le tee-shirt que Hardin a porté toute la journée... Dégueu, je sais... Cette scène est déclinable évidemment avec le tee-shirt usé, aux couleurs passées, mais tout doux à cause des lavages, qu’il portait quinze ans avant (le top, c’est son tee-shirt d’université, contexte américain oblige). Il est moche, ça pendouille de partout, l’héroïne est gênée de se montrer devant lui en sous-vêtements de coton et culotte de grand-mère, mais pas avec un machin qui ressemble à une tente décathlon en cours de dépliage. Ne cherchez pas, c’est encore l’amour qui change tout et c’est le SIEN et c’est sexy à mort de porter les frusques de son mec ! Lui se met alors à gronder sauvagement car elle porte ses vêtements (c’est le côté primitif qui dort dans chaque héros), son tee-shirt préféré. Il grogne, mais c’est pour la forme ! Là aussi, vous pouvez en déduire qu’il est très amoureux. Vous voyez où je veux en venir ? Voilà donc un premier cliché. Petite remarque finale : cette situation n’est pas réversible. C’est à dire que l’auteur qui vous colle un héros qui se drape dans les fringues de sa copine le matin... c’est l’inverse, c’est un tue l’amour total et la certitude que le héros est passé de l’autre côté du miroir et qu’il est plutôt candidat à héros de l’année dans « Pervers mais je me soigne ».

Il y a aussi :

- Le coup du « oh la la, je vais vomir, prends-moi dans tes bras » Voilà encore un cliché qui, avec un peu de recul, a quand même de gros défauts. Vous pourrez vérifier, chaque romance contemporaine a une scène de vomi. Il y a en général, au moins, une grosse fête qui se termine avec un ou les deux héros, qui se sont mis particulièrement minables. Dans la plupart des cas, c’est l’héroïne. Alors qui a eu l’idée le premier qu’une scène avec vomi était un tant soit peu glamour... je ne sais pas, mais je pense que c’était quelqu’un qui aurait rêvé que sa dernière cuite se passe comme ça. Donc l’héroïne (dans la plupart des cas, c’est elle qui gerbe, j’ai peut-être une explication pour ça) est sortie avec des copines, elle a voulu noyer son chagrin dans l’alcool, elle n’a aucune résistance, mais a quand même voulu tenter le dernier cocktail à la mode qui tue et la voilà aux prises avec les conséquences... Donc, elle a la tête enfoncée dans les toilettes, ou mieux est sur le point de rendre son goûter sur les genoux du héros. Vous avez déjà été dans cette situation ? À coté de quelqu’un qui va, est ou a été malade au point de vomir ? Qu’est-ce qui se passe dans la majorité des cas ?? Oui, on se comprend, on se retrouve en danger imminent de faire exactement pareil car si il y a un truc particulièrement répugnant à faire c’est aider une personne qui vomit. Même les meilleures mères ont connu ça avec la chair de leur chair donc imaginez quand c’est un adulte qui s’est rempli de bière, cocktails divers... Est-ce que ça pose un problème au héros ? Mais non, du tout, il arrive tel un blanc chevalier, tient les cheveux de l’héroïne (très important ça, ne pas se vomir dans les cheveux, celles à qui c’est arrivé comprendront), va lui chercher une serviette humide pour lui mettre sur la nuque (je recommande, ça fait un bien fou), et la tient tendrement après, alors que l’estomac fait encore des loopings et qu’on souhaiterait mourir ou marcher sur des braises plutôt que vivre ça. Est-ce que le héros est incommodé par ce grand déballage ? Les odeurs ? Le look post-vomi de l’héroïne ? Meuh non ! C’est un HOMME, il peut tout supporter... oui, je sais, le vôtre fuit dès que votre gamin commence à dire « je me sens pas bien », mais c’est pour ça que le héros est un héros. Et puis, c’est aussi la preuve. Il est AMOUREUX ! Sinon, il serait lui également très loin.

Là aussi, la situation n’est pas souvent réversible. Curieux, ce sont des femmes qui lisent la romance et on connaît le fameux complexe de l’infirmière, celle qui apporte du réconfort au guerrier... Oui, mais voilà, tenir les cheveux du héros qui vomit, c’est ridicule... et tout ça est totalement dégoutant donc oui, héroïne de romance, d’accord, mais il y a des limites au sacrifice. Donc, pour ces livres, écrits par des femmes et lus par des femmes, pas de soutien du héros avec gueule de bois. Il n’avait pas à s’imbiber comme ça... Là aussi, il y a un petit corollaire. Parfois l’héroïne n’a qu’une épouvantable gueule de bois. Alors le héros dépose un verre d’eau sur sa table de nuit pour son réveil difficile et une aspirine. Trop mimi. Il est amoureux, je vous dis...

Il y a encore énormément de clichés que je vous développerez dans les jours à venir car la romance vit de cela alors ne nous privons pas d’en rire !

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