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lundi 12 octobre 2015

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Découvrez le premier chapitre de Tiens-moi- L’enlèvement - 3 d’Anna Zaires

Et voilà aussi, ma critique, si vous voulez en savoir un peu plus ! En attendant, dégustez ce début du tome 3 !

Chapitre Un

Julian

C’est un cri étouffé qui m’a réveillé de mon sommeil agité. J’ouvre mon œil intact en sentant une poussée d’adrénaline et je m’assieds dans le lit, mais ce mouvement brusque provoque une douleur intense à cause de mes côtes fêlées. Le plâtre de mon bras droit se heurte au moniteur cardiaque placé à côté du lit, la souffrance est si vive que la pièce se met à tourner autour de moi et j’ai le vertige et la nausée. Mon pouls s’est emballé et je ne comprends pas immédiatement ce qui m’a réveillé.

C’est Nora.

Elle doit encore faire un cauchemar.

Mon corps qui était déjà prêt à se battre se détend légèrement. Il n’y a aucun danger, personne ne nous attaque. Je suis allongé aux côtés de Nora dans mon luxueux lit d’hôpital, et nous sommes en sécurité tous les deux, grâce à Lucas, la clinique suisse est aussi sûre que possible.

J’ai moins mal aux côtes et au bras maintenant, la douleur est plus tolérable. En faisant davantage attention à mes mouvements, je mets la main droite sur l’épaule de Nora et j’essaie de la secouer doucement pour la réveiller. Elle me tourne le dos si bien que je ne peux pas voir son visage et savoir si elle pleure. Mais elle est trempée d’une sueur froide. Son cauchemar a dû durer longtemps. Et elle frissonne.

― Réveille-toi, bébé, ai-je murmuré en caressant son bras fin. On peut voir la lumière filtrer par les persiennes et je sais que cela doit être le matin. Ce n’est qu’un rêve. Réveille-toi, mon chat…

Je la sens se raidir et je sais qu’elle n’est pas encore réveillée, le cauchemar n’a pas encore lâché prise. Je l’entends respirer, elle halète, et je la sens trembler de tout son corps. Sa détresse est déchirante et elle me fait souffrir davantage que n’importe quelle blessure, savoir que j’en suis responsable et que je n’ai pas pu la protéger, me brûle les entrailles et me rend fou.

Je suis furieux contre moi-même et contre Peter Sokolov, celui qui a permis à Nora de risquer sa vie pour venir à ma rescousse.

Avant ce malheureux voyage au Tadjikistan, Nora commençait à se remettre de la mort de Beth et au fil des mois ses cauchemars se faisaient moins nombreux. Mais maintenant, ils sont de retour et Nora va plus mal qu’avant si l’on en juge par la crise de panique qu’elle a eu hier quand on faisait l’amour. Cela me donne envie de tuer Peter et je pourrais bien le faire s’il croisait ma route. Le russe m’a sauvé la vie, mais il a mis celle de Nora en danger dans l’aventure et jamais je ne pourrais le lui pardonner. Et sa foutue liste de noms ? Il peut l’oublier ! Il est hors de question qu’il soit récompensé alors qu’il m’a trahi de cette manière, quelles que soient les promesses que Nora lui a faites.

― Allez bébé ! Réveille-toi, ai-je répété pour l’encourager, et de la main droite je me glisse plus bas dans le lit. Ce geste ravive la douleur que j’ai dans les côtes, mais moins fort cette fois-ci. En prenant des précautions, je me rapproche de Nora et je l’étreins par-derrière. Tout va bien. Tout est fini, je te le promets.

Elle respire profondément en hoquetant et je sens la tension qui est en elle s’atténuer quand elle réalise où elle se trouve.

― Julian ? Murmure-t-elle en tournant le visage vers moi, et je vois qu’elle a effectivement pleuré, ses joues sont mouillées de larmes.

― Oui. Tu es en sécurité maintenant. Tout va bien. Je tends la main droite et je lui caresse la mâchoire tout en m’émerveillant de la finesse de ses traits. À côté de son petit visage, ma main semble immense et grossière, mes ongles sont cassés et pleins de bleus à cause des aiguilles que Majid a utilisées pour me torturer. Il y a un contraste frappant entre nous deux, même si Nora a souffert elle aussi. La pureté de sa peau dorée est marquée par un bleu à droite de son visage, à l’endroit où ces salauds d’Al-Quadar l’ont frappée pour qu’elle perde connaissance.

S’ils n’étaient déjà morts, je les déchirerais à mains nues pour l’avoir fait souffrir.

― De quoi as-tu rêvé ? lui ai-je demandé doucement. C’était Beth ?

― Non. Elle secoue la tête et je m’aperçois qu’elle recommence à respirer normalement. Mais j’entends encore la terreur dans sa voix qui est rauque quand elle ajoute : cette fois c’était toi. Majid t’arrachait les yeux et je ne pouvais pas l’en empêcher.

J’essaie de ne pas réagir, mais c’est impossible. Ses paroles me ramènent dans cette pièce froide, dépourvue de fenêtres, et à ces sensations épouvantables que j’essaie d’oublier depuis ces derniers jours. En me souvenant de ces atroces souffrances, la tête me fait horriblement mal et mon orbite à demi guérie me brûle en me faisant de nouveau sentir sa vacuité. Je sens le sang et autre chose me couler sur le visage, j’en ai la nausée. Ni la douleur ni même la torture ne me sont inconnues, mon père pensait que son fils devait pouvoir tout supporter, mais perdre un œil fut de loin la pire expérience de ma vie. En tout cas physiquement.

Mais moralement, c’est le fait de voir Nora telle qu’elle est en ce moment. J’ai besoin de toute ma volonté pour contraindre mes pensées à revenir au présent, loin de la terreur et de l’hébètement que j’ai ressentis en voyant les hommes de Majid l’emmener.

― Si, tu l’en as empêché, Nora. Ça me tue de l’admettre, mais sans son courage je serais sans doute en train de me décomposer dans une décharge du Tadjikistan. Tu es venue à ma rescousse et tu m’as sauvé la vie.

J’ai encore du mal à croire qu’elle a pu le faire, qu’elle s’était volontairement mise à la merci de ces terroristes et de ces fous pour me sauver la vie. Elle ne l’a pas fait par naïveté, parce qu’elle était convaincue qu’ils ne lui feraient pas de mal. Non, ma chérie savait exactement de quoi ils étaient capables et elle a quand même eu le courage de le faire.

Je dois ma vie à la jeune fille que j’ai enlevée, et j’ai du mal à l’accepter.

― Pourquoi l’avoir fait ? ai-je demandé en caressant du pouce l’extrémité de la lèvre inférieure. Au fond de moi, je le sais bien, mais je veux l’entendre dire et l’admettre.

Elle me regarde fixement, ses yeux sont encore assombris par le cauchemar qu’elle a fait.

― Parce que je ne peux survivre sans toi, dit-elle à voix basse. Tu le sais, Julian. Tu voulais que je t’aime, et je t’aime. Je t’aime tant que j’irais jusqu’au bout de l’enfer pour toi.

J’entends ces mots avec un plaisir avide, sans éprouver de honte. Je l’ai d’abord désirée à cause de sa ressemblance avec Maria, mais mon amie d’enfance ne provoquait pas en moi une seule fraction des émotions que suscite Nora. Mon affection pour Maria était innocente et pure, tout comme Maria elle-même.

Ce qui n’est nullement le cas de mon obsession pour Nora.

― Écoute-moi mon chat. Ma main quitte son visage pour se poser sur son épaule. J’ai besoin que tu me promettes de ne jamais recommencer. Bien sûr, je suis content d’être en vie, mais j’aurais préféré mourir plutôt que de te faire courir un tel danger. Il ne faut plus jamais risquer ta vie pour moi. Comprends-tu ?

Elle m’adresse un léger signe, presque imperceptible, et je vois une lueur de rébellion dans ses yeux. Elle ne veut pas me mettre en colère si bien qu’elle ne me contredit pas, mais j’ai de bonnes raisons de penser qu’elle fera ce qu’elle voudra, sans tenir compte de ce qu’elle dit maintenant.

Cette attitude exige plus de fermeté de ma part.

― Bien, ai-je dit avec la plus grande douceur, parce que la prochaine fois, s’il y a une prochaine fois, je tuerais celui qui enfreindra mes ordres pour t’aider, et sa mort sera lente et pénible. Me comprends-tu, Nora ? Si qui que ce soit te fait courir le moindre danger, il mourra dans les plus atroces souffrances. Est-ce que je suis bien clair ?

― Oui. Elle a pâli, et serre les lèvres comme pour s’empêcher de protester. Elle est en colère contre moi, et elle a peur. Non pas pour elle-même, elle est au-delà ce ça désormais, mais pour les autres. Ma chérie sait que je parle sérieusement.

Elle sait que je suis un assassin sans scrupule, avec une seule faiblesse.

Elle-même.

Je la serre plus fort par l’épaule, je me penche en avant et j’embrasse sa bouche close. Ses lèvres sont d’abord serrées, elle me résiste, mais quand je glisse la main sous son cou et la prends par la nuque, elle laisse échapper un soupir et ses lèvres s’entrouvrent pour me laisser l’embrasser.

Immédiatement, je sens une vive chaleur me pénétrer, sentir son goût fait raidir ma verge sans que je puisse la contrôler.

― Hum… Excusez-moi, M. Esguerra… C’est une voix de femme, on tape timidement à la porte, et je réalise que les infirmières viennent faire leur ronde du matin.

Putain ! Je suis tenté de faire comme si elles n’étaient pas là, mais je me doute qu’elles vont bientôt revenir, et ça pourrait être au moment où je suis tout au fond de Nora.

Je la lâche à regret, je roule sur le dos en retenant mon souffle tant j’ai mal et je regarde Nora. Elle s’est levée d’un bond et s’est dépêchée de mettre une robe de chambre.

― Veux-tu que je leur ouvre la porte ? demande-t-elle. Je lui fais un signe d’acquiescement avec résignation. Les infirmières doivent changer mes pansements et s’assurer que je suis en état de voyager aujourd’hui et j’ai parfaitement l’intention de me montrer coopératif.

Plus vite, elles auront fini, plus vite je quitterai ce fichu hôpital.

Dès que Nora ouvre la porte, deux infirmières entrent dans la chambre, elles sont accompagnées de David Goldberg, un petit homme chauve qui est mon médecin personnel au domaine. C’est un excellent spécialiste de traumatologie et c’est lui qui s’est occupé de mes blessures au visage pour être sûr que les chirurgiens esthétiques de la clinique ne fassent pas de bêtises.

Si je peux l’éviter, je ne veux pas faire peur à Nora avec mes cicatrices.

― L’avion attend déjà, dit Goldberg tandis que les infirmières commencent à enlever les pansements que j’ai à la tête. S’il n’y a aucun signe d’infection, nous devrions pouvoir rentrer à la maison.

― Excellent.

Je reste immobile sur le lit sans tenir compte de la souffrance infligée par les soins des infirmières. Pendant ce temps, Nora attrape des vêtements dans l’armoire et disparaît dans la salle de bain attenante à notre chambre. J’entends l’eau couler et je réalise qu’elle doit avoir décidé d’en profiter pour prendre une douche. C’est sans doute le moyen qu’elle a choisi pour m’éviter un peu, elle est encore sous le coup de mes menaces. Ma chérie est sensible aux violences dirigées contre ceux qu’elles considèrent comme innocents, comme cet imbécile de Jake qu’elle embrassait la nuit où je l’ai enlevée. J’ai toujours envie de l’éviscérer pour l’avoir touchée… et je le ferai sans doute un jour.

― Pas de signe d’infection, me dit Goldberg quand les infirmières ont terminé d’enlever les pansements. Vous cicatrisez bien.

― Bon !

Je respire lentement et profondément pour contrôler ma douleur tandis que les infirmières nettoient les points de suture et remettent le bandage sur mes côtes. J’ai diminué de moitié mes analgésiques depuis deux jours et je m’en ressens nettement. Dans deux ou trois jours, j’arrêterai complètement pour ne pas devenir dépendant.

Une seule addiction me suffit.

Les infirmières terminent leur tâche quand Nora sort de la salle de bain, toute propre après sa douche et revêtue d’un jean et d’un chemisier à manches courtes.

― Tout se passe bien ? demande-t-elle en jetant un coup d’œil à Goldberg.

― Il est prêt à partir, répond-il en lui souriant chaleureusement. Je pense qu’il l’aime bien, ce qui ne me dérange pas étant donné qu’il est homosexuel. Comment vous sentez-vous ?

― Bien, merci. Elle lève le bras et montre un grand sparadrap couvrant l’endroit où les terroristes lui ont arraché son implant contraceptif par erreur. Je serai contente de ne plus avoir de points de suture, mais ça ne me gêne pas beaucoup.

― Parfait, j’en suis content. Puis Goldberg se tourne vers moi et me demande : à quelle heure avez-vous l’intention de partir ?

― Dites à Lucas d’être prêt avec la voiture dans vingt minutes, fais-je en dirigeant avec soin les pieds vers le sol alors que les infirmières s’en vont. Je m’habille et l’on y va.

― Entendu, dit Goldberg en se retournant pour partir.

― Attendez, Dr Goldberg, je vous accompagne, dit rapidement Nora, et quelque chose dans sa voix attire mon attention. J’ai besoin d’aller chercher quelque chose en bas, explique-t-elle.

Goldberg semble étonné.

― Oh, bien sûr !

― De quoi s’agit-il mon chat ? Je me lève sans tenir compte du fait que je suis nu. Goldberg détourne poliment les yeux et j’attrape Nora par le bras pour l’empêcher de sortir. De quoi as-tu besoin ?

Elle semble gênée et regarde de côté.

― Qu’est-ce que c’est, Nora ? Ai-je demandé d’un ton impérieux, ma curiosité est en éveil. Je lui serre le bras de plus belle et l’attire vers moi.

Elle lève les yeux vers moi. Elle a rougi et sa mâchoire se relève avec défiance.

― J’ai besoin de la pilule du lendemain, d’accord ? Je veux être certaine de l’avoir avant de partir.

― Oh !

Pendant une seconde, je ne peux penser à rien. Je n’avais pas pensé que sans son implant contraceptif Nora pouvait être enceinte. Je l’ai dans mon lit depuis presque deux ans et pendant toute cette période elle était protégée par cet implant. J’y suis tellement habitué que je n’ai pas réalisé que maintenant il faut prendre des précautions.

Mais visiblement, Nora y a pensé.

― Tu veux la pilule du lendemain ? Ai-je lentement répété en essayant d’assimiler que Nora, ma Nora, pourrait être enceinte.

Enceinte de mon enfant.

Un enfant dont elle ne veut visiblement pas.

― Oui. Ses yeux sombres lui dévorent tout le visage quand elle me fixe du regard. Bien sûr, il n’y a pas beaucoup de risque avec une seule fois, mais je ne veux pas le prendre.

Elle ne veut pas prendre le risque d’être enceinte de mon enfant. J’ai le cœur étrangement serré en la regardant et en voyant la peur qu’elle essaie de me cacher. Elle s’inquiète de la manière dont je vais réagir, elle a peur que je l’empêche de prendre cette pilule.

Peur que je l’oblige à avoir un enfant dont elle ne veut pas.

― Je vous attends dehors, dit Goldberg, qui sent visiblement la tension monter dans la pièce, et avant que je puisse dire quoi que ce soit, il s’esquive et nous laisse seuls.

Nora lève le menton et me regarde droit dans les yeux. Je peux lire la détermination sur son visage quand elle dit :

― Julian, je sais que nous n’en avons jamais parlé, mais…

― Mais tu n’es pas encore prête, l’ai-je interrompue, le cœur de plus en plus serré. Tu ne veux pas avoir un bébé en ce moment.

Elle hoche la tête, en ouvrant grands les yeux.

― C’est vrai, dit-elle avec prudence. Je n’ai même pas encore fini mes études, et tu viens d’être blessé…

― Et tu n’es pas sûre de vouloir un enfant avec un homme tel que moi. Elle avale sa salive avec nervosité, mais ne dit pas le contraire et ne détourne pas les yeux. Son silence est terrible et ma difficulté à respirer se transforme en une étrange douleur.

Je lui lâche le bras et recule d’un pas.

― Tu peux dire à Goldberg de te donner la pilule du lendemain et le mode de contraception qui lui semblera préférable. Ma voix semble inhabituellement froide et distante. Je vais me laver et m’habiller.

Et avant qu’elle n’ait le temps de répondre je vais dans la salle de bain et je ferme la porte.

Je ne veux pas voir de soulagement sur son visage.

Je ne veux pas penser à ce qu’elle doit ressentir.

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