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lundi 5 octobre 2015

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Les lieux communs de la romance - Episode 2

Un des clichés les plus usés est en réalité un malentendu de la romance contemporaine. Une idée qui fonctionne relativement bien dans la romance historique, mais trouve hyper difficilement une place cohérente dans notre époque actuelle. Ce qui est d’autant plus saugrenu que les contextes abordés sont des pays et villes de pays riches et développés où il est peu probable que l’information et l’accès à la contraception ne soient pas parvenus jusqu’aux oreilles des héros. Et pourtant, on retrouve ce cliché dans quasiment toutes les romances aujourd’hui (désolée, mais je vais le dire... surtout les mauvaises). Allez, pas de suspense, c’est la grossesse, toujours surprenante et accidentelle de l’héroïne.

Récapitulons... Les héros ont échangé leurs fluides à de nombreuses reprises dans toutes les positions, à toute heure du jour ou de la nuit et...

- Ils n’ont pas utilisé de moyens de contraception. Eh oui, vous lisez bien. Nous sommes au XXI° siècle, avec des gens très informés qui sont censés être intelligents et raisonnables, et ils ont des rapports sexuels non protégés. En plus, ils n’ont pas la moindre hésitation sur les conséquences. C’est à dire qu’en général, ils se disent au mieux « bah, ça devrait le faire, elle a eu ses règles il y a deux semaines, ça serait vraiment pas de chance ». Là, en tant que lectrice, je me tape le front sur ma liseuse en gémissant. C’est tellement énormissime que lorsqu’on lit trois pages plus loin que l’héroïne a des nausées matinales (dont elle ne comprend pas du tout l’origine… soupir…), on ne sait plus s’il faut rire ou pleurer.

- Ils entrent dans le club très restreint des gens victimes d’une défaillance de contraception. Honnêtement, en lisant les romances, on est très inquiets. Quand on vous dit que la pilule est efficace à 98 %, on ne peut que déduire que les 2 % restant sont TOUTES des héroïnes de romance. Les romances étant souvent américaines ou se déroulant dans ce contexte, on est d’ailleurs étonnés que les héros ne traînent pas devant les tribunaux le médecin incompétent ou le laboratoire lamentable qui a prescrit ou fabriqué le médicament en question… Alors la liste est infinie et assez ridicule : pilule oubliée, prise d’antibiotiques qui rend la pilule inefficace (et personne n’a prévenu que ça peut arriver, hein…), préservatif qui craque, implant qui aurait dû être renouvelé (oui je sais, là aussi, on a envie de pleurer)… J’en passe et des meilleurs, mais tout semble fait pour que nos héros se reproduisent. Alors évidemment, c’est largement incohérent. Car il existe des solutions dans ce genre de cas et toute personne intelligente et censée ferait ce qu’il faut dans ces conditions. Mais non, les héros pensent à autre chose, ou restent dans une bienheureuse ignorance.

Alors pourquoi utiliser encore et encore cette ficelle tellement usée qu’elle ne tient plus qu’à un fil ? Eh bien, c’est là que le bât blesse, car souvent, c’est pour rapprocher totalement artificiellement le héros de l’héroïne. Parfois, bien plus tard, car l’héroïne, enceinte, en général perdue, malheureuse, sans argent, fait souvent face à une grossesse solitaire et le héros découvre tardivement qu’il est père. Là, ce n’est même plus drôle, car dans la plupart des cas l’héroïne a sciemment dissimulé cette grossesse, décidant que le père était indigne de le savoir, donc choisit délibérément de séparer un père de son enfant, ce qui est un choix que la romance justifie rarement. Le héros n’est jamais assez mauvais pour mériter cela et que dire du pauvre bébé qui n’aura pas de père ? La question de la moralité et de l’éthique est sérieusement bancale.

Comme nous venons de le voir, en général les auteurs utilisent la grossesse surprise pour rapprocher les héros. Mais on peut légitimement s’interroger sur ce qui serait arrivé si elle n’avait pas existé ? Est-ce qu’on peut croire à un couple qui n’aurait plus jamais rien partagé sans cet événement ? Alors, la romance est rarement réaliste et on peut admettre que ce petit coup du destin fera le bonheur de nos héros. OK, pourquoi pas ? Mais c’est l’un des rebondissements le plus faible, le plus banal, le plus vu et revu. Il véhicule aussi quelques idées bien rétrogrades, car l’avortement n’est que rarement voire jamais considéré et l’héroïne envisage cette grossesse comme un pur bonheur, quelles que soient les circonstances, obéissant à une règle que les Américains ont établi : un bébé est toujours une bénédiction. Or, nous savons bien que malheureusement, ce n’est pas toujours le cas.

Alors, mesdames les auteures, faites preuve d’originalité et, si vous voulez des bébés dans vos histoires, pourquoi ne pas envisager une grossesse désirée et, chose incroyable, programmée ? Au moins, ça changerait un peu. Et puis, à notre époque, le bébé n’est plus forcément l’aboutissement d’une toute jeune relation sentimentale… Cette simple idée relancerait déjà la romance contemporaine et n’est pas si hérétique que cela. Finalement, nos jeunes héros en début de vingtaine sont rarement en retard s’ils attendent quelques années avant de faire un bébé. Étant donné le sexe explicite que l’on peut lire maintenant, la grossesse n’est plus la preuve que la relation a été consommée comme cela pouvait être le cas il y a vingt ou trente ans… Elle n’est qu’une survivance confuse, sous cette forme « surprise » de vieilles lunes sur le châtiment des femmes qui ont des relations sexuelles hors mariage (c’était souvent le cas dans les romances réalistes d’autrefois). D’ailleurs, souvent le fameux bébé induit une demande en mariage immédiate. Au temps pour les grandes déclarations romantiques…

Allez, moins de bébé, plus de préservatifs solides et de contraceptifs efficaces ! La romance gagnera en originalité !

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