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lundi 11 novembre 2013

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Le retour du capitaine Emmett, d’Elizabeth Speller


Date: 17 octobre 2013
Collection: -
Edition: Belfont
Genre: policier historique
Prix: 20,90 €

The return of Captain John Emmett (2010)

Présentation de l’éditeur

Dans l’Angleterre meurtrie des années 1920, un ancien officier enquête sur une terrible tragédie familiale. Labyrinthe de fausses pistes, femmes fatales et scandales dans l’armée britannique, un premier roman à l’atmosphère envoûtante et à l’écriture élégante.

C’est une lettre qui, par un matin d’août 1921, va bousculer la vie de l’ancien officier Laurence Bartram. Un appel à l’aide de son amour de jeunesse, Mary. La jeune femme veut comprendre ce qui a conduit son frère, le capitaine John Emmett, à mettre fin à ses jours quelques mois plus tôt. Interné depuis son retour du front, John semblait pourtant aller mieux. Et si Laurence pouvait lui apporter des réponses ? Après tout, les deux hommes ont partagé les mêmes horreurs en France...

Secondé par Charles, dandy féru de romans policiers, Laurence joue les détectives. Et les zones d’ombre ne manquent pas : qui sont ces trois inconnus inscrits sur le testament du défunt ? Qui est cette sublime rousse qui venait lui rendre visite ? Quel lien existait entre John et un jeune soldat poète exécuté pour trahison ? Et quelle est cette malédiction qui emporte un à un les anciens camarades d’Emmett dans la tombe ?

À mesure que les pièces du puzzle s’assemblent, les secrets de John se dévoilent. Mais Laurence n’est pas le seul à chercher des réponses...

Avis de Marnie

Présenté avec cette jolie image de la jeune britannique sagement assise, façon clin d’oeil Jane Austen même si ce n’est pas l’époque... catalogué donc comme un premier roman historique écrit par une enseignante de Cambridge en Histoire Antique, il est un peu étrange de découvrir sur le marque page interne de la couverture, deux phrases tirées de critiques laudatives de journaux où l’on applaudit ce... thriller ! Et oui, il s’agit en fait du premier épisode d’une série policière, où un ex-officier traumatisé revenu de la première guerre mondiale, devenu enseignant, est appelé à résoudre des crimes.

Peut-être que les éditeurs français ne considèrent pas que cet aspect est le plus important ou le plus réussi du roman ? Pourtant, il est omniprésent. Consciencieusement, en amateur, Laurence Bertram, remonte la piste d’un possible meurtrier non pas d’un mais de plusieurs crimes, et cela occupe toute la place ! Toutefois, et c’est là que se situe l’indéniable talent de Elizabeth Speller, c’est que le contexte est littéralement passionnant et suffit à notre bonheur. Nous nous retrouvons dans l’immédiate après-guerre, avec tous ces soldats qui reviennent, meurtris physiquement et mentalement incapables de reprendre la vie civile.

Au cours de ses pérégrinations, nous rencontrons toute une galerie de personnages, dont le destin a été d’une manière ou d’une autre contrarié ou transformé suite à ces années de drames, pertes, souffrances. Comme nous sommes en Angleterre, certains ont encore en mémoire la guerre des Boers, seule référence dont pourtant les conséquences n’ont aucune commune mesure avec cette tragédie mondiale qui vient de durer quatre années. En fait, le point commun entre tous ces caractères, c’est qu’ils sont tous plus ou moins traumatisés par ce qu’ils ont subi, ce qu’ils ont vu, ce qu’ils ont été obligés de faire pour survivre. Parallèlement, certains souvenirs de la vie dans les tranchées nous sont racontés, pour mieux nous faire comprendre ce qu’a été cette tragédie.

Celui qui semble le moins touché est Laurence Bertram, lui-même, à la croisée des chemins. Pour lui, il y a l’avant-guerre jeune homme menant une existence socialement confortable, jeune époux bientôt père de famille, comme il le raconte dans le premier chapitre, et l’après-guerre où il a tout perdu, désemparé, incapable de se réinsérer dans la vie, alors qu’il a été décoré pour actes de bravoure. En répondant à la requête qui lui a été faite par cette jeune femme entrevue avant guerre, il veut semble-t-il comprendre ce qui a amené un ex-combattant à se suicider, mais il va aussi pouvoir enfin parler avec d’autres hommes qui ont la même expérience que lui.

En enquêtant, Laurence Bertram va se trouver lui-même et parvenir enfin à avancer. Elizabeth Speller nous raconte en fait à quel point la société était ignorante s’agissant des syndromes post-traumatiques et autres névroses liées aux combats, au danger, à l’absurdité des ordres, aux pertes, aux blessures, et toutes conséquences terribles de la guerre. On demande à chaque homme qui rentre du front, d’oublier ce qu’il a subi pendant quatre ans et de reprendre le cours de son existence, ce qui est impossible.

Cerise sur le gâteau : le style de Elizabeth Speller... qui sait insuffler une émotion croissante tout au long de cette tragique intrigue, éclairée toutefois par la relation sentimentale qui avancera à grands pas entre Laurence et Mary (qui n’est pas son amour de jeunesse contrairement à ce qui est indiqué sur la quatrième de couverture). Le vocabulaire soigné mais d’une simplicité efficace est totalement au service du rythme de l’intrigue. En fait l’auteur prend tout ce qui fait la réussite moderne du thriller (courts chapitres, style allant à l’essentiel, rapides descriptions, noirceur glaciale) pour l’associer avec les qualités d’un polar historique, soit un contexte riche, fort et dramatique, un héros traumatisé évolutif, des personnages pittoresques et attachants totalement ancrés dans leur temps.

Excellent !

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