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jeudi 16 janvier 2014

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Le boss de Boulogne, de Johann Zarca


Date: 16 janvier 2014
Collection: -
Edition: Don Quichotte
Genre: roman
Prix: 15,20 €

Présentation de l’éditeur

« Les potos voulaient fêter ma sortie de placard à la Loco, la boîte à banlieusards de Pigalle. Simplement, débouler à sept paires de couilles sapées comme des scarlas, c’était sûr qu’on allait se faire refouler comme des trimards. Résultat, on pointe au Bois de Boubou. Perso, ça m’arrange, j’étais plus saucé par une mission underground que pas une session guénave avec des michetonneuses de quinze piges. Quand j’ai proposé de bouger au Bois, j’ai pensé que les soces se démotiveraient. Mais nan, ce soir, c’est ma rapta. Le seul truc qui leur a cassé les yeucs, ce sont les barrettes qu’on trimballait sur nous. Mais comme j’ai dit : on débarque au Bois, on planque le matos, on bicrave quelques morceaux et on tise tranquille. Les potos me font confiance depuis le bahut, ils savent qui est le boss et qui prend les initiatives. Je n’ai pas l’habitude de proposer des plans foireux, les srabs me connaissent, on a tous poussé dans le même tièque. »

Ainsi commencent les confessions du Boss, dealer officiel des prostitués(es) transsexuel(le)s, des michetons et vagabonds du Bois de Boulogne et des environs. À la tête du BDB-crew, une équipe organisée, constituée entre autres de Youssouf et Vamp ses fidèles lieutenants, Souleymane et Makita les mecs hardcore, Miki et Ahmé les jeunes guetteurs, le Boss s’impose comme le maître des lieux, pulvérise ses concurrents, s’éloigne de Smoke l’ancien grossiste du quartier et nargue Philippe, le condé.

Le business fait florès jusqu’au jour où Paola, un trans brésilien, véritable star du Bois, se fait assassiner. La police quadrille alors tout le secteur. Mauvais pour les affaires. D’autant que ce meurtre n’est que le premier d’une longue série.

Avis de Marnie

L’excellente idée de l’éditeur est d’avoir présenté un paragraphe de la prose de Johann Zarca sur sa quatrième de couverture, car ce qui fait la qualité première de ce roman, c’est tout d’abord son style, son écriture : mélange de verlan, d’argot, de manouche et de rebeu. Cela donne une saveur toute musicale et poétique à ce récit, et surtout met en évidence l’amour des mots et de la langue que ressent Johann Zarca. Cet amour est perceptible, cet amour transcende son roman ! Cet homme aime s’entendre écrire et pour une fois, cette remarque n’a rien de péjoratif !

Johann Zarca est connu pour son blog le mec de l’underground, où vous pouvez lire un exemplaire de sa prose. Pour son premier roman, il choisit un lieu qui va devient très vite au cours de ce récit, un des personnages du livre : le bois de Boulogne. C’est le second point plus que positif de cette histoire. En effet, Zarca va utiliser tous les clichés que n’importe qui connaît, trafic de drogue, prostitution masculine, transexuels brésiliens, se les réapproprier pour nous offrir une vision crépusculaire d’un monde en mouvement, sans concession, qui survit avec ses codes, ses règles, ses trahisons, ses alliances, ses tentations, ses interdits.

Il évite les pièges les plus attendus : son roman est sombre et non pas glauque, il ne juge pas, ne condamne pas, n’excuse pas, mais raconte un univers où tragédies et situations comiques peuvent se côtoyer en un instant. Au cours de ses déambulations, son héros pour qui l’on éprouve plus de fascination que d’empathie, doit faire face aux gitans qui veulent s’approprier son territoire, un ancien grossiste, prostitués, clients, exhibitionnistes, rôdeurs, drogués ou non, marchands ambulants... viennent alors les bastons où aidés de sa bande, il tente à sa façon de faire régner "son" ordre parmi une population qui survit, mais pour combien de temps ? Justement, comme pour accélérer une issue que l’on devine dramatique, voilà qu’un tueur en série se joint à la fête !

Ce roman n’est qu’ambiance... une sorte de désespérance où les saillies comiques semblent éclairer soudain le visage de chacun, souffrance et plaisir de l’âme et du corps. Le rythme est une rapide montée en tension, une logorrhée nerveuse et âpre, la violence est vibrante, jamais retenue, toujours prête à se déchaîner, entraînant alors l’empathie du lecteur pour certains de ces personnages, comme Gladys par exemple, comme si soudain la mort lui offrait la dignité qu’on ne lui accordait pas de son vivant. C’est cette humanité latente, cette compréhension de ses personnages qui nous fait applaudir le talent de Johann Zarca.

Si vous avez apprécié ces nouveaux talents émergeant comme celui de Jérémy Guez par exemple, ne manquez pas celui-ci !

Mots clés de l'auteur :

Zarca Johann
   Le boss de Boulogne, de Johann Zarca
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