Accueil du site > Glossaire > Interviews > Interview de Louise Doughty

samedi 22 février 2014

Partager :

facebook

twitter

Publicité :

Interview de Louise Doughty

Court passage à Paris pour Louise Doughty, venue présenter son nouveau roman Portrait d’une femme sous influence, au bien meilleur titre anglais "Apple Tree Yard" (en fait l’endroit de Londres où l’héroïne "franchit" les portes de l’interdit), à la librairie "Shakespeare and Co, en face de Notre Dame. Je l’ai interceptée pour une petite demi-heure... elle n’est pas trop bavarde, semblant plus approuver mes questions que vouloir y répondre, ce qui est paradoxal, à la lecture de ses deux derniers romans ou la moindre pensée de l’une ou l’autre de ses héroïnes est disséquée et analysée avec une lucidité glaçante. Alors voici un avant-goût de ce que vous trouverez dans son roman... et pour plus d’informations, et bien lisez-le !

Merci aux éditions Belfond d’avoir permis cette rencontre. Merci à l’excellente traductrice du roman, Pascale Haas d’avoir été notre interprète.

Britannique d’origine "rom", Louise Doughty a 49 ans. Ses trois premiers romans ont pour thème la communauté "rom" où elle a été élevée. Ses deux romans suivants sont historiques, avec pour sujet les "roms" en Europe de l’Est pendant la seconde guerre mondiale. L’avant-dernier a pour point de départ un sujet très douloureux la perte d’un enfant : Je trouverai ce que tu aimes, histoire bouleversante à la psychologie âpre et singulière.

Blue-Moon : Que pouvez-vous accepter de nous révéler sur vous "personnellement" ?

C’est mon septième roman. Beaucoup de gens disent que c’est le plus réussi mais je ne sais pas si c’est vrai. En tout état de cause, c’est celui que j’ai écrit avec le plus d’enthousiasme, le plus de passion. J’ai été très intéressée par écrire sur une héroïne de cinquante ans. C’est tout de même assez rare, si l’on cherche les fictions dans lesquelles il y a une femme d’âge mure comme personnage principal, ce ne sont pas les plus nombreuses.

Blue-Moon : D’où viennent vos influences dans l’écriture ? Vos auteurs préférés et ceux qui vous ont influencé ? Les livres qui vous ont marqué ?

J’adore l’écrivain canadien, Margaret Atwood, l’américaine Toni Morrison, la britannique Hilary Mantel, Helen Dunmore, Rose Tremain... Cette littérature est originale et notre époque est passionnante pour un romancier. Un roman qui m’a influencé lorsque j’étais jeune ? Il y a un livre célèbre de C.S. Lewis, le deuxième tome du Monde de Narnia, intitulé, le lion, la sorcière blanche et l’armoire magique... que j’ai toujours trouvé merveilleux !

Blue-Moon : D’où vous est venue l’idée d’écrire sur ce thème, l’adultère, ses causes, ses conséquences ? Vous ne faites pas de jugement moral dans votre roman, j’ai plutôt eu l’impression que vous disséquez « une transgression », pas seulement son évolution mais le moment où votre héroïne ne sait plus clairement séparer le fantasme de la réalité.

Ce qui m’intéressait était de prendre une femme ordinaire, à la vie banale et normale, et de jeter un os au milieu de tout ça. Je voulais que le lecteur décide par lui-même, que de temps en temps il ait de l’empathie pour elle, parfois moins... Justement que cela se nuance, que cela évolue.

Blue-Moon : Vous montrez de façon remarquable toute la gamme de sentiments qui s’entremêlent lors d’une liaison clandestine, l’emballement amoureux, l’attente, le goût du secret, l’intimité physique extrêmement forte du fait que seuls les deux amoureux sont au courant, le fantasme mais aussi l’aspect sordide, la trahison. C’est très fort... mais lorsque la réalité s’en mêle, cela s’effondre sous les pieds des deux amants. Est-ce cela que vous souhaitiez nous raconter ?

C’est une scientifique qui analyse graduellement tout ce qui va transformer son existence. Je voulais montrer une femme rationnelle, avec les pieds sur terre. Et soudain l’irrationnel fait irruption dans sa vie. Oui, je voulais montrer le point de rupture.

Blue-Moon : Votre héroïne, Yvonne est une femme conventionnelle, sure d’elle, ayant réussi sa vie professionnelle, mais qui depuis son enfance voit s’ouvrir des fêlures dans sa vie affective. Elle s’enorgueillit d’avoir tout surmonter (la décès tragique de sa mère, un fils psychologiquement fragile, des hauts et des bas dans sa relation maritale...) et voilà que surgit cet homme « mystérieux » dans son existence, une sorte d’espion qui semble mener une vie trépidante, ce qui la fait soudain fantasmer. Comment la décrivez-vous ?

Elle le vit surtout comme un échec avec son fils, parce que les mères s’en veulent toujours lorsqu’il arrive quelque chose à son enfant. C’est toujours très dur quand vos enfants subissent des échecs car nous, en tant que mère, nous nous reprochons de ne pas avoir fait ce qu’il fallait. Là, elle a atteint un stade dans sa vie où il faut qu’elle fasse une erreur. C’est une femme brillante et rationnelle qui ne fait jamais d’erreur et là, elle en a besoin.

Blue-Moon : Vous montrez la complexité de cette relation. Chacun des deux fait ressortir le trouble ou la fragilité émotionnelle de l’autre et lorsque le grain de sable surgit, la situation part littéralement en vrille. Le titre français est Une femme sous influence, mais nous avons plutôt l’impression que chacun des deux influence l’autre. Qu’en pensez-vous ?

Oui, c’est vrai ! (en français... rires)

Blue-Moon : Vous aviez tout cela en tête avant d’écrire le roman ?

Le point de départ, c’était de mettre une femme dans le box des accusés et toute sa vie va être exposée. Je ne savais pas encore au début de quoi elle était accusée, pourquoi elle était là. En fait, j’ai commencé à écrire le roman pour répondre à ces questions.

Blue-Moon : Lors du procès, Yvonne semble au départ assez forte pour tout surmonter. Puis, peu à peu surtout lorsque divers intervenants tentent d’expliquer son caractère, elle ne parvient pas à affronter ses actes, surtout devant son mari, ses enfants. Que souhaitiez-vous que le lecteur pense ?

C’est une femme qui réagit dans toutes les situations de manière logique. Jusqu’ici, elle a pu expliquer toute son existence, toutes ses réactions avec des réponses et des raisons logiques. Quand elle commence à réagir de façon qui lui échappe, cela trouble l’image qu’elle a d’elle-même.

Blue-Moon : Même s’il semble « secondaire », le mari, Guy, est un personnage passionnant, complexe, avec diverses facettes, contradictoire même lorsqu’il dit à sa femme dans le premier tiers du roman qu’il pourrait tout supporter sauf l’humiliation publique... et pourtant, il va affronter tout cela avec un courage surprenant. Que représente cet homme pour vous ?

Je voulais laisser un peu dans le flou le choix du mari à la fin... Il soutient ses enfants. Il ne peut pas s’en aller au moment du procès, on le traiterait de salaud, après, je laisse le lecteur réfléchir à ce que va devenir ce couple. Va-t-il tenir ou non ?

Blue-Moon : Pouvez-vous nous parler de votre prochain roman ?

Il est écrit en partie (la moitié). Ce sera un personnage masculin qui racontera donc une histoire du point de vue masculin, avec des secrets dans le passé, quelque chose qu’il a fait quand il avait vingt ans et qui le rattrape vers la cinquantaine.

Blue-Moon : Vos romans sont très sombres...

(rires...) Oui ! Les gens dans mon entourage s’étonnent : toi, Louise, qui est si joyeuse, tu écris des choses si noires... Non, ce n’est pas mon tempérament ! Pour le roman précédent qui parle de la perte d’un enfant, je l’ai écrit au moment où ma fille quittait la maison, ce qui est un événement littéralement effrayant pour les mères, et j’ai transposé ce sentiment terrible dans mes écrits. Quand on est romancier et que l’on a quelque chose qui nous angoisse, cela devient un très bon matériau pour écrire.

Merci beaucoup.

Mentions Légales | Nous contacter | Plan du site | SPIP | Creative Commons License | © Blue-moon.fr : 2009 - 2016