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mardi 4 mars 2014

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Interview de Sylvain Forge

Après avoir adoré le vallon des Parques, nous attendions avec impatience la trace du silure, roman très différent du précédent. Alors si le talent évident de Sylvain Forge m’a incité à lui demander de répondre à quelques questions sur Blue Moon, j’ai aussi voulu savoir le pourquoi d’un tel grand écart... Je le remercie d’avoir joué le jeu avec sincérité et professionnalisme (et pour les petites révélations !).

Blue Moon : Que pouvez-vous accepter de nous révéler sur vous « personnellement » ?

J’habite Nantes, je suis âgé de 42 ans. J’ai fait mes études en Auvergne puis j’ai travaillé 5 ans à Paris avant de me replier dans l’Ouest, au calme. Pour faire tourner la marmite je conseille les entreprises dans divers domaines, dont la sécurité informatique.

Blue Moon : D’où viennent vos influences dans l’écriture ? Vos auteurs préférés et ceux qui vous ont influencé ? Les livres qui vous ont marqué ?

C’est la pratique des jeux de rôle – la conception de scénarios – qui a été déterminante dans le processus qui m’a amené à écrire. Les auteurs de genre, classiques (Jules Verne, HP Lovecraft, HG Wells, Robert E. HOWARD), et ceux de la littérature blanche (Victor Hugo…) me servent de guides. Difficile de résumer tous les livres qui m’ont marqué, il y en a trop. Si je regarde un instant ma bibliothèque, mes dernières très bonnes lectures sont : Julius Winsome de Gerard Donovan, Meurtres pour mémoires de Didier Daenincks, Le liseur de Bernhard Schlink et Une vie française de Jean-Paul Dubois.

Blue Moon : J’ai comparé l’intrigue de vos deux derniers romans... et justement rien de comparable, c’est ce qui nous interpelle. Nous passons d’une enquête sur un serial killer menée difficilement par quelques policiers de la criminelle, près de Vichy en pleine « Collaboration », à une enquête actuelle (avec une petite touche historique, certes, mais beaucoup plus récente) et cette fois-ci une héroïne mutée à Nantes. Qu’est-ce qui vous a amené à faire ce grand écart, hormis certainement du fait que vous ne vouliez pas vous répéter).

Le Vallon des Parques, polar historique et vichyssois, est un livre que je devais faire. C’est une œuvre très personnelle, écrire durant une période douloureuse de ma vie (séparation) et qui dévoile des lieux de mon enfance. Ce récit restera donc à part dans ma bibliographie présente et future. La trace du silure est une fiction plus proche du thriller, avec ses codes et ses conventions. Il s’agissait à l’origine d’une sorte de commande avec des contraintes bien précises (réalisme judiciaire, notamment). D’où la grande différence avec le Vallon des Parques.

Blue Moon : Quels sont les points communs pour vous entre ces deux romans ?

On y retrouve mes fondamentaux : le passé (qui ne passe pas vraiment) et qui vient hanter les protagonistes de mes histoires (c’était le cas de Glozel, site archéologique, dans le Vallon des Parques), un certain réalisme des enquêtes policières : le héros ne travaille pas seul, il fait partie d’une équipe. Le vrai patron n’est pas le commissaire, mais le procureur de la République, voir le juge d’instruction, un personnage qui apparaîtra dans la « suite » de la Trace du Silure. Et aussi une pointe de mystère et d’occulte, toujours une évocation des failles et des travers de nos villes (incivilités, loi du plus fort dans certains lieux de relégation…).

Blue Moon : J’apprécie beaucoup le fait que le lieu que vous choisissez devient un des personnages de vos romans. Vichy, puis Nantes... Pourquoi ces deux villes ? Qu’est-ce que cela évoque ou représente pour vous ?

Je considère, mon éditeur aussi, que le public va se lasser des intrigues se déroulant dans les bas-fonds de New York ou de Cleveland, dans les paysages pluvieux et glacés de Scandinavie. J’aime ancrer mes histoires en France, dans des métropoles régionales. J’ai déjà expliqué quelle place Vichy occupait dans mon parcours et mon imaginaire, en ce qui concerne Nantes, j’ai découvert que la ville où il fait bon vivre avait aussi son versant sombre. Pas simplement quand les casseurs font l’actualité en centre-ville. Un fleuve ajoute toujours un supplément d’atmosphère dans une ville. Il y a une chose qui m’interpelle. On voit souvent fleurir des portraits sur les abris du tramway. Des jeunes filles qui ne donnent plus de nouvelles. L’une a été retrouvée découpée en morceaux, d’autres ont mis fin à leur jour ; il y a beaucoup de jeunes qui s’enivrent les jeudis soirs et le week-end et qui finissent dans la Loire. On les repêche près du port de Trentemoult. Les pompiers et la police connaissent les caprices des courants det savent où chercher. Ces anecdotes reviennent fréquemment ; un auteur de polar ne peut qu’y être sensible.

Blue Moon : Je vais être un peu provocatrice, mais votre héroïne, Isabelle Mayet, est une quadragénaire qui a donc une vie privée plus que « compliquée » (affective et sentimentale). Pourquoi ce choix ? Cela ne fait pas un peu trop cliché ?

Je comprends cette impression première, pourtant, je me suis inspiré du parcours de plusieurs amies, et d’une en particulier, dont l’histoire ressemble beaucoup à celle d’Isabelle Mayet. La seule différence est que cette personne ne travaille pas dans la police. Certains de mes protagonistes (le substitut, le commandant Charolle, ont une vie « rangée »). Les lecteurs veulent des rebondissements et des héros engagés dans des récits haletants. Il est plus facile de s’impliquer dans une enquête quand on est célibataire ; quand on va chercher ses enfants à l’école, tous les jours à 18h, c’est plus compliqué.

Blue Moon : Vous évitez par contre des stéréotypes qui me font souvent soupirer. Ainsi pas de misogynie stupide au sein de l’équipe… ou encore un collègue qui oublie vite un ressentiment tout à fait légitime (on comprend parfaitement sa réaction) et que vous auriez pu faire durer avec « facilité ». Mieux, le substitut du procureur est un personnage nuancé fort intéressant. D’où vient-il ?

Figurez-vous que j’ai lu certaines critiques sur la Trace du Silure qui me reprochent d’être passé trop vite sur le « contentieux » entre Isabelle et Bruno. J’ai là encore choisi le réalisme. Quand on travaille sur des homicides, le contact avec les proches des victimes, les avocats ou l’instruction ne vous laissent guère le temps de vous laisser aller au ressentiment. Une procédure est une course contre la montre ; à la moindre erreur, les avocats des mis en cause réclameront le vice de forme. Il y a tellement de paperasserie, les petites guerres passent au second plan.

Blue Moon : Personnellement, j’ai vraiment apprécié votre rigueur concernant toute la partie « enquête ». Vous avez réussi justement à très bien équilibrer le quotidien de ces enquêteurs, et leur travail. En plus, nous sentons en lisant votre roman à quel point vous ressentez de l’enthousiasme pour ce travail de recherches et de terrain, très très éloignée là des clichés des séries américaines. Que souhaitiez-vous nous faire partager ?

Ce que vous évoquez justement, ces gens-là sont des professionnels avant tout, pas des hurluberlus ou des alcooliques. Je n’ai voulu ni leur dresser des lauriers, comme c’est parfois le cas dans certains polars, ni noircir le tableau exagérément, comme dans la série The Shield (excellente du reste) par exemple.

Blue Moon : Votre plan était prévu dès le départ ? Où votre histoire a évolué au fur et à mesure de l’écriture ? Votre point de départ était historique (Amérique latine) ? Votre héroïne ? Nantes ? La mort d’un marginal ?

Trouver du temps pour écrire, entre mon boulot et ma vie personnelle, familiale, est une gestion quotidienne. Parfois, un vrai sport. Sans parler des gentilles blogueuses qui vous posent des tas de questions et à qui il faut répondre un dimanche soir (sourire). Aussi, je commence par imaginer mon récit de A à Z, dans les détails. J’écris ensuite. L’angoisse de la page blanche, si angoisse il y a, ne survient que durant la première étape. Quand j’entre en période de rédaction (une page A4 en moyenne par soir ou 4 ou 5 par semaine, plus pendant les vacances ou certains week-ends), je sais exactement où je vais et quelle scène je vais décrire, jour après jour.

Blue Moon : Est-ce le début d’une série avec... une héroïne récurrente, ou une équipe récurrente ? Justement, pouvez-vous nous parler de votre prochain roman ? Qu’allez-vous explorer cette fois ? Y a t-il encore un point historique que vous allez nous faire découvrir ?

Mon prochain opus est déjà écrit. Mon éditeur l’a entre ses mains. Nous sommes toujours à Nantes, quelques mois ou quelques années tard. Il s’agit donc bien d’une suite…

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