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dimanche 30 mars 2014

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Interview de David S. Khara

Le salon du livre de Paris... et une rencontre avec un écrivain à succès, David S. Khara, qui venait dédicacer son dernier roman de sa trilogie "Projet" paru chez 10/18, le Projet Morgenstern (le premier s’intitulantle projet Bleiberg et le deuxième, le projet Shiro). Une heure au cours de laquelle si nous avons échangé sur nos goûts cinématographiques, David S. Khara a accepté de répondre à mes questions. L’interview s’est focalisé rapidement sur la trilogie et l’évolution de ses héros. J’ai découvert un écrivain qui n’en revient pas d’un tel succès (des milliers de livres vendus), volubile, qui... adore ses personnages et en parle avec tendresse et passion, comme s’ils existaient vraiment. Et en prime, si vous avez apprécié cette trilogie... et bien, vous avez le droit à des scoops alléchants !

Merci à Marie-Laure des éditions 10/18 pour nous avoir organisé cette rencontre et réservé un "petit salon coin presse" dans cette immense usine au brouhaha plutôt éprouvant ! David S. Khara en a profité pour me demander de saluer notre amie de Blue Moon, Enora pour sa critique de son premier roman, les Vestiges de l’aube !

Blue-Moon : Que pouvez-vous accepter de nous révéler sur vous de personnel ?

Je suis devenu auteur par hasard en voyant de la lumière alors je suis entré. Je ne voulais pas déranger et je ne pensais pas que cela ferait autant de bruit que cela a pu en faire. En fait, pour moi l’écriture, c’est une rédemption. Après une carrière en tant que chef d’entreprise, je me suis mis à écrire pour les autres. Beaucoup disent qu’ils écrivent pour eux, moi, c’est pour raconter des histoires, et embarquer les gens pour leur faire rencontrer des personnages. Ce n’est pas un besoin, ce n’est pas une nécessité, c’est juste par plaisir et si je devais arrêter demain, je ferai autre chose.

BM : D’où viennent vos influences dans l’écriture ? Vos auteurs préférés et ceux qui vous ont influencé ? Les livres qui vous ont marqué ?

Je ne me réclame pas du thriller mais du roman d’aventures... populaire ! Pour moi, l’écrivain le plus important, c’est Alexandre Dumas, et l’œuvre majeure, les trois mousquetaires, parce que c’est la quintessence du roman d’aventures. J’en citerai deux autres : Shakespeare sur les problématiques humaines qui sont traitées, il (ou ils s’il y en a eu un ou quarante) s’autorisait à le faire en intégrant des éléments fantastiques (sorcières, fantômes et tout ce que l’on veut) ce qui bizarrement à notre époque pose problème, j’ai découvert cela en arrivant dans l’écriture qu’il y a cette segmentation très sévère.

En polar pur... j’en lis peu. Il y a Dennis Lehane, je pense notamment à son roman Mystic River qui est pour moi le summum que l’on peut faire dans « l’humain », le côté polar n’est qu’un décorum. Il va vraiment au fond de l’âme humaine et là, cela me passionne. J’ai pris une claque terrible en lisant le livre et aussi, pour une fois en voyant le film qui était magnifique !

BM : D’où vous est venue l’idée de cette trilogie ? Les trois intrigues qui toutes évoquent les expériences scientifiques sur les humains.

Il faut revenir en 2008, je me rendais en voiture à mon bureau et j’écoutais France Info. Il y a une news qui est passée complètement inaperçue. A l’époque, il y avait un protocole de recherche qui était en cours financé par une très très grande entreprise pharmaceutique et qui concernait une maladie orpheline rare (il doit y avoir 25 cas en Europe...). Le chargé de communication de cette boite est venu devant le micro pour expliquer qu’il manquait 10.000€ et donc il mettait fin à l’expérimentation. Mon sang n’a fait qu’un tour. En arrivant directement à ma boite, je suis allé voir le chiffre d’affaires de cette entreprise, ses bénéfices, son histoire. Je suis tombé sur un chiffre d’affaires délirant (dizaines de milliards de dollars) et des bénéfices dans le même ordre. Je me suis demandé comment un fumier pouvait se pointer ainsi devant des parents et leur expliquer que leurs gamins vont crever pour dix ou quinze secondes de bénéfices... En continuant mes recherches, je me suis rendu compte que cette entreprise avait des liens avec l’Allemagne nazie, des scientifiques qui poursuivaient des recherches et qui n’avaient pas trop de problèmes avec l’éthique. En continuant, j’ai trouvé d’autres liens avec une entreprise américaine qui testait le zyklon B sur des condamnés à mort avant la seconde guerre mondiale . [1] et qui avait envoyé les résultats de ses recherches à IG Farben société chimique allemande à savoir comment utiliser les Zyklon B sur un maximum de personnes et puis de fil en aiguilles, je me suis retrouvé à démêler tout ce qui fait l’intrigue de la trilogie. Plus j’en apprenais, plus j’étais furieux. Et la base de la trilogie qui explore à chaque fois la science passée et ses impacts actuels vient de ce jour là. Et même en en parlant aujourd’hui je suis toujours aussi furieux.

J’ai écrit toute la trilogie sans la moindre note. En écrivant le deuxième tome, Shiro, je me souvenais de ce qui se passait dans Bleiberg, des implications qu’il allait y avoir dans le troisième, Morgenstern. Tout a été imbriqué dans ma tête dès le départ. C’est pourquoi l’écrire a été un soulagement parce que à un moment, c’est devenu obsessionnel. J’assume le côté divertissement, mais ce n’est vraiment pas la finalité de la chose.

BM : Vous privilégiez une construction à l’américaine, soit l’efficacité avant tout (phrases très courtes, plongée directe dans le danger, courses-poursuites et tension mêlée d’humour dès le début du roman) L’ensemble est très visuel. Vous pensiez à certains films, des séries ?

Ce n’est pas systématique dans tous mes romans, mais Bleiberg, oui ! En fait, j’écris des bouquins que j’aimerais lire ou voir. Pour mes références, cela va vous faire rire, ce n’est pas le plus évident mais c’est Peur sur la ville. Pas de lien avec mon livre, mais pour moi c’est vraiment LE thriller. Cela ne me blesse pas quand on me dit que j’écris des thrillers à l’américaine, parce que ce genre « efficace » on l’a inventé, ils n’en faisaient pas. Quand on prend Peur sur la ville ou le samouraï, tous les réalisateurs américains des années 80 et même John Woo, Hong-khongais se réclament de Melville ou de Verneuil. Après je citerai Hitchcock avec la mort aux trousses, c’est évident, et puis il y a des clins d’œil à Piège de cristal ou l’arme fatale pour l’aspect humour, le côté très efficace dans l’action.

On m’a dit que j’avais une écriture cinématographique. J’en parlais avec Franck Thilliez et plusieurs auteurs, nous sommes à la croisée de plusieurs cultures. J’ai été élevé à la littérature classique, au cinéma, aux séries et à la bande dessinée. Le mixte de ces quatre éléments se retrouve ici. C’est certainement pour cela que mes romans ont intéressé le cinéma et la bande dessinée. En fait, je déplace les points de vue comme on déplace une caméra !

BM : Ce que j’ai beaucoup apprécié en lisant « le projet Bleiberg », le premier volume donc, c’est que l’on croit que Jeremy est le héros alors que peu à peu, se distingue Eytan qui est en fait le personnage charismatique au centre de la trilogie. Cette construction était voulue, pensée ?

C’était complètement volontaire. Tous les personnages incarnent quelque chose dans la trilogie. Mes détracteurs parlent de caricatures, moi je préfère le terme archétype. En plus, j’ai tendance à les dévier. J’aime utiliser les codes habituels pour mieux les casser. Ainsi, le grand méchant qui est en fait le gentil (j’ai lu la critique d’une personne qui n’est pas allée jusqu’au bout et qui disait : Eytan Morg, caricature de mauvais, et bien raté, c’est le héros ! (rires...) Cela veut dire que quelque part, j’ai réussi mon objectif.

Comme c’est une série qui est partagée dans son découpage entre l’époque moderne et les événements passés, je voulais partir du moderne avec ce qu’il y a de plus détestable, comme l’affaire Kerviel, les finances où cela nous a amené et peut encore nous amener question économie et politique, et Jeremy incarne ça, le pognon et le rien à cirer... et le confronter au passé, car Eytan incarne le passé. Il va donc sortir de l’ornière dans laquelle il se trouve, se construire, créer une famille... évoluer ! Et du coup, partir de cet imbécile, car c’est un imbécile (rires...), j’ai pris énormément de plaisir à le mettre en scène dans Bleiberg et le retrouver dans Morgenstern. Je l’avais laissé à dessein dans Shiro mais j’étais malheureux, par ce qu’il me fait rire, il est drôle, mais en même temps il est touchant car c’est un enfant blessé et c’est la raison pour laquelle il s’est réfugié dans le cynisme ! C’est un personnage que j’aime beaucoup sauf que c’est vraiment un connard ! (rires...) Mais on va suivre comment ce connard devient un homme bien. Dans Shiro, et je l’ai fait sciemment, j’introduis le jeune journaliste sportif Branislaw, qui pourrait faire penser que l’on repartait dans le même genre de scénario, avec un trio, une espèce de benêt et ce n’est pas le cas. C’est un gentil garçon qui disparaît au tiers du bouquin et on garde Eytan et Elena entre eux. Là encore, j’ai pris ce que l’on pouvait attendre et j’en ai fait autre chose.

C’est une série sur l’espoir, sur la résistance mais toutes les résistances (contre nos instincts, nos aliénations, nos névroses...) L’arrivée d’Eytan qui vient de la Résistance historique va permettre à Jeremy d’avoir une figure tutélaire qu’il va essayer de suivre. Et amener Eytan à devenir le héros du bouquin, c’était complètement volontaire, la trilogie allait glisser à partir de la première moitié du bouquin sur le fait qu’on allait suivre le destin d’Eytan, et à travers cette ligne droite que lui trace dans l’Histoire, le destin de gens normaux autour. Qu’est-ce que l’on ne raconte jamais dans la Guerre, c’est le destin de gens normaux qui se retrouvent embarqués du jour au lendemain dans l’extraordinaire et qui sont le plus souvent broyés.

BM : S’il y a bien-sur une histoire d’amour dans ces romans, c’est l’amitié qui est au cœur de la dynamique. Dans le troisième tome, « le projet Morgenstern » ces personnages que l’on a découvert dans les deux intrigues précédentes (et dans le dernier volume) très différents les uns des autres, s’entendent pour faire face aux « méchants ». On sent que vous prenez un plaisir fou à faire interagir tous ces caractères.

C’est une famille qui va se construire autour d’Eytan qui fait écho à la famille dans la Résistance qu’Eytan a rejoint quand il s’évade du camp de concentration dans lequel on faisait sur lui des recherches. Le parallèle c’est que malgré lui, ce garçon est un fédérateur. C’est à la fois le père qui est toujours là et qui n’abandonne jamais. Il est le grand frère bienveillant, capable aussi de mettre une gifle quand on déconne d’ailleurs Jeremy y a droit ! Ce type fait tout pour être seul parce qu’il est trop dangereux. Il a du mal à savoir qui il est, et fait tout pour éloigner les autres et c’est ça qui les rapproche. Dans le troisième tome, c’est flagrant, à un moment Jeremy, Jacky, Eli et Avi sont en train de déjeuner, Eytan part en repérage car il ne veut pas être avec eux, il ne peut pas... C’est quelqu’un qui est prisonnier de lui-même. La phrase la plus importante de la trilogie, à part la toute fin, c’est le docteur Meyer (qui était le jeune garçon croisé dans Shiro bien-sur que je voulais retrouver parce que rien n’est laissé au hasard) qui dit à Avi qui vient de faire une sale blague sur Eytan en parlant de lui comme d’un tueur : « il n’est jamais sorti du camp ». L’histoire d’Eytan est une aliénation, l’impossibilité à s’évader de soi-même.

Les détracteurs parlent de club de cinq et clairement je le dis, je les emmerde (rires...). J’assume ! Je trouve qu’on vit une époque cynique. Je l’ai été moi aussi, j’ai été entouré d’hommes cyniques, j’ai gagné de l’argent avec eux. Je ne veux pas de ça. J’écris des romans sur l’espoir, sur l’amitié, sur les liens qui se créent entre les personnes. Mussolini disait : « la guerre réveille ce qu’il y a de meilleur en l’homme. » Je suis d’accord avec lui mais on ne voit pas la même chose. Je trouve que le monde va suffisamment mal. Si l’on veut du tueur sadique, abominable avec de mauvais sentiments, il ne faut surtout pas lire mes bouquins. Je ne pense pas que ce soit de bons sentiments mais juste à un moment, ce sont des gens qui veulent le bien pour eux et pour les autres. Et c’est ce qui les unit.

Là, je fais une série spin-off des Projets en jeunesse, qui s’intitule Thunder, qui se déroule après le projet Morgenstern, qui met en scène cinq adolescents. Il y a une figure qui plane au-dessus de leur histoire qui s’appelle le N 302... (rires...) Cela a bien sur un lien avec Eytan et son retour puisqu’il apparaîtra dans cette série. Ce n’est pas une resucée des Projets, mais nous avons cinq gamins fous furieux et je prends un plaisir monstrueux à les faire évoluer ensemble. Il est évident que Eli avait un côté paternel, très grand-père, Jacky qui est à la fois la femme et la maman de Jeremy, Avi qui est une espèce de médecin électron libre qui passe son temps alors qu’il bosse pour eux, à se moquer des militaires du Mossad, en faisant notamment des rapports où il traite les agents secrets de débiles profonds. Ce sont des gens avec qui j’aimerais me retrouver à table et que mes lecteurs se retrouvent aussi à table avec eux !

BM : L’âge de Eytan et ses relations avec les autres personnages vous ont fait beaucoup réfléchir. Eli et lui ont vu notamment leurs liens évoluer différemment, de père et fils, de fils et père, Eytan est lui-même le grand frère de Jay, par son expérience... Ce rôle de mentor vous interpelle ?

J’avais envie de jouer sur cette inversion des rôles. J’avais envie de trouver la fragilité d’Eytan. Elle est là en filigrane, dans ses silences. Elle est là dans ses réponses qui sont très viscérales. Dans le premier, le projet Bleiberg, Jeremy est en train de le titiller dans la voiture où ils vont à la station de service, et à un moment Eytan s’emporte et nous comprenons tout ce qu’il a pu subir. Il n’entre pas dans les détails parce que c’est quelqu’un de très pudique. Il est tout sauf une brute. Dans le projet Shiro on découvre qu’il lit Zweig. Dans le troisième, Morgenstern, on sait qu’il a été formé dans la Résistance pour apprendre ce qu’est l’humanité à travers certains livres. C’est un peintre qui vit seul sur une île... Il a plus peur de ce qu’il peut faire aux autres, que de ce qui peut lui arriver. Il peint aux côtés d’une vieille femme qui le prend sous son aile. C’est aussi un enfant Eytan, oui de deux mètres et tueur professionnel, mais un enfant. La question que je me suis posé en le créant, c’est pourquoi un tueur ? En faisant des recherches sur mon livre, en lisant les témoignages des résistants ou des déportés comme ceux avec qui j’ai eu la chance de parler, tous, à un moment ou un autre s’effondrent en larmes en parlant de ce qu’ils ont vécu, même soixante ans après. Donc, cela n’a jamais été réglé, et pourtant ces gens là sont drôles, forts, avec une puissance de vie énorme mais les traumatismes sont présents. Il fallait que Eytan ait ça en lui, un cri qui ne sort pas. Et pour se libérer de sa propre aliénation, il faut qu’il perde ce qu’il a de plus cher... même si il semble n’avoir aucune émotion apparente, je laisse aux lecteurs qui ont suivi depuis le début Eytan d’imaginer ce qui se passe en lui !

Serge Le Tendre, le merveilleux scénariste de la quête de l’oiseau du temps et qui vient d’adapter les vestiges de l’aube en BD, et qui va adapter Bleiberg, l’a parfaitement compris. L’élément central, c’est quand le petit frère d’Eytan se fait tuer dans le ghetto, l’élément fondateur est là. Leur père a demandé à Eytan de ramener des pommes pour lutter contre le scorbut et quand il voit son petit frère se faire abattre par un soldat allemand, les pommes tombent et roulent par terre. Dans la BD, le découpage que va faire Serge, c’est une pomme, une autre case avec le petit frère d’Eytan, une deuxième pomme, et une troisième pomme au moment où Eytan a son petit frère dans les bras. Tout est là, Serge a compris, je n’ai même pas eu besoin de lui expliquer. Vous voyez dans le Parrain III, quand Sofia Coppola se fait tuer sur les marches, Al Pacino la prend dans ses bras et il hurle et il n’y pas de cri.

BM : J’ai beaucoup apprécié vos personnages féminins : deux caractères très forts. Elles ont beaucoup en commun, même s’il y a d’un côté, la gentille Jacqueline et de l’autre la méchante Elena. Si dans le premier volume vous faites d’Elena un robot tueur sans âme, vous la faites évoluer dans la seconde intrigue sans pour autant changer sa nature (ce qui n’aurait pas été crédible). C’est réfléchi ou cela vous est venu au cours de l’écriture ?

Elena est un personnage formidable... Quant à Jacky, elle est tout sauf unidimensionnelle. C’est une grenade dégoupillée ! On m’avait reproché dans Bleiberg d’avoir fait une faible femme (rires...) heu... faible femme ? Elle manque juste d’expérience mais faible femme ? Elle amène une gaîté mais aussi un contrepoint, quand je vous dis que tout est pensé. Jacky a été battue par son père et l’a vu battre sa mère. Mais malgré cela, sa révolte a été de continuer à vivre. C’est la seule dans la série ! Ils se sont tous laissés embarquer par leur aliénation, elle non ! Elle assume son passé, s’est rebellée, même contre son père qui a compris qu’elle ne se laisserait plus faire. En fait, c’est elle qui ramène tout le monde à la raison. Tout le contraire d’Elena qui s’est laissée emportée par son aliénation. Méchante caricaturale de Bleiberg, on ne sait pas pourquoi elle est comme ça, franchement détestable, avec les mêmes capacités qu’Eytan (et non des pouvoirs parce que l’on pourrait créer aujourd’hui des humains comme cela !) et dans Shiro, on apprend la raison de son comportement, au final, reconnaissante à ceux qui l’ont sauvé. Confrontée à Eytan, il y a une révélation chez elle, un personnage qui évolue mais qui ne sera jamais complètement équilibré. Mais, elle va revenir... dans son propre roman ! Sans oublier l’histoire d’amour muette mais réelle entre Eytan et elle bien que notre héros, par fidélité envers ses amis, ne peut pas franchir le pas ! Ils ont vécu les mêmes expériences ce qui crée un lien très fort, mais ils en ont fait des choses différentes. Elena se sent mal vis à vis d’Eytan comme on peut le voir dans cette scène que j’aime beaucoup dans Shiro, où on la voit avec les chats. Eytan lui dira cette phrase très importante : « le vrai courage ne se montre pas les armes à la main ».

BM : Votre style évolue au cours de cette trilogie. Nous passons de petites phrases ultra-courtes, dialogues secs, avec un rythme trépidant et des gentils d’un côté, des méchants de l’autre, à un second tome où vous prenez plus de temps pour approfondir et nuancer vos personnages, ce qui rend l’histoire plus adulte, moins film d’action. Quant au troisième, où le petit groupe d’amis occupe une grande place, pour moi il est le plus réussi, car il se focalise sur le ressenti et les émotions même si l’humour est toujours présent. Vous avez conscience de cette évolution ?

C’est très volontaire... Oui, le début du premier est très séquencé, mais j’ai ouvert il n’y a pas longtemps le premier, Bleiberg, et je crois qu’aujourd’hui je ne l’écrirai pas du tout différemment. J’en accepterai même les imperfections, ces phrases très courtes, cela me convient, car au début de ce livre, le but c’est de "mettre une tarte" : Jeremy en mérite, Eytan lui en met. Je ne changerai donc rien ! Je crois même que cela n’aurait pas le même impact aujourd’hui si je devais le réécrire.

Le premier est une espèce de thriller hollywoodien, le deuxième est vraiment un western mais japonais, de samouraïs (comme Yojimbole garde du corps, le film de Kurosawa avec Toshiro Mifune dont Sergio Leone a fait un remake, pour une poignée de dollars avec Clint Eastwood). Et le troisième est plus dans l’émotionnel. De plus, les éléments scientifiques évoqués dans les livres ne sont pas d’hier ou de demain mais d’aujourd’hui. Quand une technologie est révélée au grand public, elle est déjà obsolète depuis cinq ans chez les militaires.

Il n’y a pas non plus de scène ou de violence gratuite. A un moment dans Shiro, quand Eytan doit tuer le soldat hongrois, pour sauver un innocent, nous ne le voyons pas faire. Mais, il est militaire, il assume. Il a ce côté très psychorigide du samouraï.

BM : Pouvez-vous nous parler de votre prochain roman ? Une autre trilogie ? Le même genre « thriller fantastique » ?

La série Thunder, spin-off des Projets, avec des adolescents, qui paraîtra en avril aux éditions Rageot. Ils m’avaient contacté en mai et comme des ado que je vois en dédicaces lisent Bleiberg ou Shiro (même des fois un peu trop jeunes) j’ai eu l’idée d’un roman qui permet à la fois aux adultes de retrouver l’esprit Eytan et aux jeunes de découvrir ce monde là. J’ai pris un pied terrible à l’écrire : une société secrète qui se nomme Thunder (le tonnerre est notre moteur, foudre est notre voix) qui découle d’expériences menées par les anglais en 1950... Comme Eytan arrive en Angleterre à la fin de la trilogie mais on ne sait pas ce qui va lui arriver, il y a un bout de la réponse dans Thunder. Après, le second tome des vestiges de l’aube sortira chez Fleuve Editions en novembre. Et après, très vraisemblablement, il y aura le roman sur Elena où vous retrouverez... Eytan ! (rires...) Et je vais même vous faire une révélation : tous les personnages reviendront, y compris le petit journaliste sportif, Branislaw du Projet Shiro !

Merci !


Notes

[1] Le Zyklon B est un produit de la firme allemande Degesh, un insecticide à base d’acide dyanhydrique, breveté par le chimiste Walter Heerdt, ancien collaborateur de Fritz Haber. Durant la seconde guerre mondiale, les nazis l’ont utilisé dans les chambres à gaz des camps d’extermination : les premiers essais homicides ont été effectués dans le bloc 11 d’Auschwitz sur des prisonniers de guerre soviétiques mais la plupart des victimes du Zyklon B ont été les Juifs et Tsiganes d’Europe assassinés durant la Seconde Guerre mondiale.

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