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jeudi 3 avril 2014

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L’hexamètre de Quintilien, de Elisa Vix


Date: 9 avril 2014
Collection: Rouergue Noir
Edition: Editions du Rouergue
Genre: policier
Prix: 17,58 €

Présentation de l’éditeur

Qui a tué Yanis, le bébé de Leila ? Où ce crime abominable peut-il bien avoir eu lieu, alors que dans ce petit immeuble où tout le monde se connaît personne n’a rien entendu ? Qui, où, quoi, quand, comment, combien, pourquoi : c’est l’hexamètre de Quintilien, ce sont toutes les questions insolubles auxquelles bute ce roman qui virevolte d’un étage à l’autre pour chroniquer avec tendresse les maux d’une poignée de locataires et nous mener par le bout du nez jusqu’au coup de théâtre final.

Avis de Marnie

Tout d’abord... étrange titre sous lequel se dissimule le sigle QQOQCCP (pour « Qui fait quoi ? Où ? Quand ? Comment ? Combien ? Et pourquoi ?) inventé par Quintilien, le premier grand rhêteur de la Rome Antique, dont les recherches sur l’art oratoire ont fait date. [1] Ce sont bien les questions que l’on se pose dans tout polar qui se respecte. Seulement, il y a aussi six habitants dans ce petit immeuble qui s’entrecroisent, s’apprécient ou se détestent, s’espionnent ou s’ignorent, et dont les actions, un peu comme la théorie des dominos vont aboutir à créer une tragédie "ordinaire"... un fait divers comme on en voit quelques fois...

Même si l’on devine assez rapidement le coup de théâtre, même s’il n’y a en fait que très peu de surprises dans ce roman, vous ne pourrez que l’adorer pour une seule raison, le style et la construction utilisés par Elisa Vix, qui rendent l’ensemble extrêmement provocateur. En fait, il fallait oser, vraiment oser écrire une chick lit, car ce roman est une impeccable CHICK LIT (anglaise et non américaine) avec tous les codes que ce genre entraîne : une presque trentenaire qui cherche l’amour, la stabilité et plus si affinités et dont la vie professionnelle est également au point mort (avec bien évidemment le compte bancaire dans le rouge !). Journaliste, ce fait divers va lui permettre de sortir de l’ornière dans laquelle elle est enlisée...

Mais il n’y a pas que cela, on retrouve tous les ingrédients "Bridget Jones" (clins d’oeil à ses chaussons par exemple...), la super bonne copine qui la secoue, le petit ami infecte, l’autre plus sérieux, le bien sympathique qui attend dans l’ombre... Tout cela est gentiment superficiel, drôle, avec les mêmes situations ou scènes vues par les autres protagonistes qui n’ont pas du tout la même perception de la réalité que Lucie. Chacun, occupé par sa propre vie, ses ennuis, ses attentes, ses échecs, vient placer avec inconscience, égocentrisme, indifférence ou même empathie, sa petite pierre à l’édifice, comme si l’on assistait en effet à la chronique d’une mort annoncée. La seule personne concernée et lucide est la policière chargée de l’enquête qui semble plus touchée que tout ce petit monde...

En arrière-plan, c’est donc également un récit choral plein de peps et de fausse superficialité, où l’on se pose des questions : que se passe-t-il dans ce petit immeuble, avec le "commercial" tombeur et hableur qui saute sur tout ce qui bouge, une mère de famille "célibataire" obligée de cumuler plusieurs boulots pour arriver à nourrir ses deux enfants, entre Pierre, urgentiste la nuit, et son fils Kevin qui semblent ne plus pouvoir communiquer après un deuil insurmontable... Sujets graves mais là encore traités souvent à travers les yeux d’une Lucie curieuse mais qui garde son ton guilleret, tant elle est focalisée sur son propre devenir.

Par conséquent... le décalage est tel entre le ton, le traitement et les faits, que nous sommes saisis et choqués, agressés soudain au final par l’irruption qui nous semble violente de la terrible réalité. Elisa Vix nous aide très simplement à nous interroger sur l’influence de notre comportement nombriliste sur l’existence de ceux qui en viennent à nous croiser. Un fascinant clin d’oeil sur le travail de l’écrivain qui détourne une comédie sentimentale pour projeter le lecteur dans l’aspect noir de l’âme humaine ! Un joli rose, rose, rose qui vire au noir... et cela n’en est que plus terrifiant !


Notes

[1] l’hexamètre dit de Quintilien, in De institutione oratoria , pose les « circonstances » suivantes : la personne ; le fait ; le lieu ; les moyens ; les motifs ; la manière ; le temps ;

Mots clés de l'auteur :

Vix Elisa
   L’hexamètre de Quintilien, de Elisa Vix
   Rosa Mortalis, de Elisa Vix
   Vix Elisa
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