Accueil du site > Glossaire > Interviews > Interview de Justine Niogret

lundi 7 avril 2014

Partager :

facebook

twitter

Publicité :

Interview de Justine Niogret

Après avoir lu son génial et très intrigant roman Coeur de rouille, et n’étant pas non plus certaine de l’interprétation que j’en ai faite dans ma critique, j’ai cherché à interviewer Justine Niogret, ce qu’elle a accepté, et nous nous sommes données rendez-vous au salon du livre de Paris, où elle était présente pour dédicacer son roman, paru dans la regrettée collection Pandore des éditions du Pré aux Clercs (regrettée car les livres "jeunes adultes" sortaient vraiment de l’ordinaire, et surtout du formatage "américain" très codifié). Son roman étant singulièrement sombre, oppressant (nous verrons que l’enfermement est un thème récurrent cher à son coeur) j’ai découvert en décalage, une jeune femme très souriante, passionnée et enthousiaste. Tous ses romans gagnent des prix... alors ne passez pas à côté de son univers très très singulier. Quant à son prochain roman, vu le sujet, j’en piaffe d’impatience !

Merci à Lætitia des éditions du Pré aux Clercs pour avoir planifié cette rencontre et réservé un "petit salon coin presse" dans cette immense usine au brouhaha plutôt éprouvant !

Blue Moon : Que pouvez-vous accepter de nous révéler sur vous « personnellement » ?

Je suis comme tout le monde ! (rires...). Oui, j’ai une vie quasi-normale. J’ai quelqu’un dans ma vie, j’ai des chats, j’ai une chienne... un travail à côté en plus de l’écriture et nous avons des projets.

BM : D’où viennent vos influences dans l’écriture ? Vos auteurs préférés et ceux qui vous ont influencé ? Les livres qui vous ont marqué ?

Pour les influences, c’est un peu difficile. Que l’on apprécie ou pas mes livres, je sais que j’ai un style un peu particulier, que je n’ai jamais retrouvé ailleurs. Disons que les auteurs qui parlent beaucoup par symboles, avec un style très tranché, cela aide à se trouver soi-même. C’est plus une aide en fait que des influences.

Sinon, un livre que j’ai adoré et lu il y a très peu de temps, les jardins statuaires de Jacques Abeille, livre absolument fabuleux. Voici un livre très particulier ! J’aime bien quand on me plonge dans un univers bizarre qu’on ne m’explique pas et que l’on découvre au fur et à mesure. Il y a pas mal de livres de fantasy qui commencent par quatre-vingt pages qui racontent la géographie, l’organisation sanitaire des bas quartier...

Sinon mes livres préférés, ceux que je lis depuis toujours (et depuis que j’écris je n’ai plus le temps d’arriver à lire autant de romans que je voudrais), il y a donc Serge Brussolo, Stephen King, Stephen R. Donaldson (j’aime tous ses livres !). Il y aussi un autre auteur de fantasy, John Crowley.

BM : D’où vient l’idée de votre roman ?

Tout à l’heure, un lecteur m’a posé la question et en fait, je n’ai plus me moindre souvenir sur la naissance des premières idées de Coeur de rouille ! (rires...). Cela a totalement disparu ! Ce n’est pas un manque d’intérêt je vous promets... c’est que cela a claqué comme une bulle de savon. Tout ce qui est le Moyen-Age ou des époques qui me parlent plus particulièrement, je n’arrive jamais à vider mon esprit sur le sujet, mais là, effectivement sur le steampunk, tout est parti ! (rires...)

BM : L’influence allemande est très intéressante dans votre roman et notamment le cinéma expressionniste. Qu’est-ce qui vous fascine dans cet univers ?

J’essaye de faire des livres où chacun peut mettre son imaginaire, ses propres explications. Moi, les livres qui m’ont le plus plu, ce sont ceux que l’on peut vraiment s’approprier, récupérer ou transformer soi-même. C’est bien, cela prouve que cela a fonctionné... parce que personnellement, je déteste le cinéma ! (rires...) Je n’ai trouvé que trop peu de films qui m’ont parlé et en plus je n’y connais rien. Comme tous les sujets, il faut que je trouve une porte d’entrée pour réussir à connaître et à traiter les informations. En fait, je suis très contente de voir que la mayonnaise a pris avec vous et du coup, j’aimerais bien regarder quelques films expressionnistes !

BM : Ce monde que vous inventez ressemble à un ghetto... Saxe et Dresde tentent de s’enfuir, alors que ce monde va mourir. Là encore, avez-vous pensé à des références particulières ?

Quand j’étais plus jeune, j’ai beaucoup, beaucoup lu sur les camps de concentration. Il y a beaucoup de cela dedans. Personnellement, je me sens assez enfermée dans la société actuelle où l’on doit correspondre à quelque chose et ne surtout pas trop dépasser les normes. Adolescente, j’ai mal vécu le poids d’être une fille, d’être ceci, d’être cela.

Bien évidemment, cela n’a rien à voir avec les camps de concentration mais quelque part, c’est une appartenance forcée à quelque chose, quelque chose de fermé. Je suis passionnée en fait par tout ce qui est huis-clos. Quand j’écris, je suis rarement dans la comédie, donc huis-clos, plus tristesse, plus horreur, c’est cela qui correspond à mon univers.

BM : Justement, vous vous focalisez sur ce huis-clos, ces deux personnages si différents, ce qui accentue l’aspect étouffant du roman. Toutefois, cette rencontre va permettre à chacun d’eux de se libérer. Quel message souhaitiez-vous transmettre ?

Je ne sais pas. Il y a quelque chose de particulier avec ce roman, c’est que je l’ai écrit très vite. J’avais envie de le faire et je me suis lancé dedans. Du coup, je n’ai pas eu le temps de maturation, de trouver ce que j’avais envie vraiment de dire et de trouver ce qui se cachait derrière mes propres images. Je pense que c’est comme pour mes autres livres... Même quand la situation est très très sombre, il y a toujours de l’espoir, la liberté est dans la tête ! Et l’enfermement est le thème qui me parle le plus, qui revient le plus souvent dans l’écriture.

BM : Comme dans « une charogne » de Baudelaire, vous confrontez poésie et chair en décomposition. Était-ce voulu avant de commencer le livre où ces idées sont venues petit à petit en écrivant ce roman ?

C’est un aspect qui est caractéristique de ma façon d’écrire. C’est très poétique si l’on peut dire, mais c’est toujours horrible ! (rires...) il y a toujours des carcasses, il y a toujours des envolées lyriques au milieu de boucheries. J’aime beaucoup aussi les sensations de noyades dans les textes. Nous sommes submergés par ce ressenti et nous plongeons dedans. Je n’ai jamais adhéré aux textes très carrés, très froids, ou des descriptions. J’aime bien quand nous sommes emportés !

BM : Votre roman est fait d’impressions, mais surtout d’odeurs. Vous ne jouez pas sur le visuel. Pourquoi ce choix d’écriture, l’odeur plutôt que la vue ?

Quand j’ai commencé à écrire, j’ai réfléchi au fait que, à mon sens, les textes étaient trop souvent froids. Cela venait peut-être du fait que l’on parlait seulement que de ce que les personnages voyaient. En fait, notre rapport au monde est fait de pleins d’autres sens. J’ai essayé de développer cela depuis mes premiers écrits. De plus, je suis très très myope, et je pense que j’ai le cerveau qui va avec (rires...) A trois mètres, je ne vois plus rien du tout... le brouillard et je perçois aussi avec les autres sens.

BM : Je ne trouve pas vraiment que ce roman est « spécialement » destiné aux adolescents mais à tous. Cela fait-il une différence pour vous d’écrire pour les jeunes ?

Celui-ci n’est pas spécialement destiné aux adolescents et je pense qu’on peut le lire à n’importe quel âge sauf quand on est enfant, évidemment. On m’avait déjà proposé d’écrire pour la jeunesse et je n’avais pas donné suite parce que c’était vraiment trop carré, avec des choses qui ne me correspondaient pas (si quelqu’un fume, il fallait que ce soit le méchant, si il parlait mal, il fallait qu’il apprenne à être poli avant la fin...). Chacun a sa façon d’écrire mais c’était en vrai décalage avec ce que je peux donner ou fournir.

Là, Xavier Mauméjean me suit depuis mes premiers textes. Il m’avait dit : un jour, il faudra qu’on travaille ensemble, et là c’était vraiment l’occasion. Ce que j’aime dans ce que tu fais, c’est la langue, ta façon de mettre en scène. Je sais bien que tu ne mettras une scène de viol au milieu d’un camp de SS, donc vas-y, fais ce que tu veux ! Et voilà, cela a donné cela... Et je trouve qu’il est beaucoup moins violent que mes autres romans. Je pense que l’espoir est beaucoup plus visible dans celui-ci que dans les autres. Coeur de rouille est mon propre rapport à l’âge adulte. Quand on est adulte, il faut avoir appris à trouver l’espoir où l’on est, trouver des solutions et l’énergie pour les mettre en œuvre. Quand on est adolescent, c’est certainement moins évident. Nous sommes bien moins rodés. Dans ce livre là, j’ai peut-être plus cousu de fil blanc sur le fait qu’il y a toujours de l’espoir et que nous pouvons toujours avancer !

BM : Pouvez-vous nous parler de votre prochain roman ?

Mon prochain roman se passera... dans la Rome Antique ! C’est le destin croisé de deux personnages (et jusque là, c’est le cas de presque tous les livres – (rires...)). Alors, il y a aura un prisonnier de guerre celte, qui sera vendu comme gladiateur, esclave donc, et la dernière fille d’une famille où tout le monde est mort, presque tous assassinés, et qui essaye de se venger d’actes qu’on a commis à son encontre et que l’on découvrira plus tard dans le livre.

Encore une fois, le fait d’être esclave, le fait d’être dans une arène est aussi un huis-clos, un enfermement. Le fait que Hernicula (la femme) veuille se venger est pour moi une sorte d’espoir, certes, un peu pervers, mais une sorte d’espoir tout de même... Bref, comme d’habitude ! (rires...)

Mots clés de l'auteur :

Niogret Justine
   Interview de Justine Niogret
   Coeurs de rouille, de Justine Niogret
Mentions Légales | Nous contacter | Plan du site | SPIP | Creative Commons License | © Blue-moon.fr : 2009 - 2016