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mercredi 30 avril 2014

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Le petit bonnet de laine rouge, de Catherine Ecole-Boivin


Date: 24 octobre 2013
Collection: Terres de France
Edition: Presses de la Cité
Genre: roman
Prix: 18,53 €

Présentation de l’éditeur

Petite, Margriette portait constamment un bonnet de laine rouge. Pas par coquetterie mais pour que sa mère puisse la repérer, au loin, entre les murets de pierres sèches de La Hague. Ce petit bonnet, la petite fille le portera toujours en souvenir de sa mère qui, désireuse de refaire sa vie ailleurs, quittera la ferme familiale pour vivre un nouvel amour. Elevée par un père aimant, Margriette grandit dans un univers rural à la fois rude et chaleureux. A vingt ans, enceinte de son premier amour " disparu " en Algérie, elle épouse sous les conseils des siens Maurice Lanicole, agriculteur. Mais ce dernier, plus âgé, au sérieux penchant pour la bouteille, ne lui a jamais inspiré de l’amour. En aurait-elle eu le temps entre une ferme à gérer et sa progéniture à élever ? Margriette endure le travail de la terre, sa pénibilité, son exigence dans cet environnement du Cotentin quasi insulaire dont les terres fertiles sont presque toutes réquisitionnées par l’industrie nucléaire. Même coupée du monde, au bas du bas de l’échelle sociale, privée d’affection, Margriette est un cœur qui bat, qui espère.... Le salut viendra-t-il de leur départ pour la région du Gers ?

Avis de Marnie

C’est plus le style qui nous reste en mémoire que le contenu de cette histoire. Ce roman a tout pour être un classique "roman de terroir" soit une histoire dramatique avec une héroïne méritante que l’on suit de son enfance à un âge respectable, sur fond historique de campagnes alors que la désertification fait des ravages... et avouons que (heureusement) ces romans sont d’une part passés de mode, et d’autre part en voie de disparition.

Déjà, ce qui fait la différence, c’est le regard de l’écrivain qui n’est absolument pas dans la glorification de l’ancien temps ou autre nostalgie où l’on chantait ou récitait des contes au cours des veillées. Si Catherine Ecole-Boivin utilise un langage âpre, rude et sec, c’est pour mieux décrire la condition des femmes dans la campagne de l’après-guerre, l’injustice subie... Non seulement, on leur a demandé de poursuivre ces petites exploitations alors que les époux étaient prisonniers de guerre, disparus, tués ou travailleurs forcés pour l’Allemagne, mais il fallait aussi supporter la présence de soldats allemands qui logeaient dans leur foyer.

Margriette, née en 1938, supporte cette atmosphère étouffante faite de rancœur et de frustration... surtout que lorsque son père revient enfin, elle a peur de cet étranger que l’on rappelait à son bon souvenir pendant toute son enfance comme une menace qui la ferait "bien" se conduire. L’auteur va la faire grandir dans un contexte familial que la guerre a irrémédiablement transformé aux conséquences inattendues... et de nouveau, c’est une autre guerre qui entraînera une seconde et lourde épreuve. Nous quittons la Manche. Nous voici alors avec un projet empli de promesses. Margriette rêve d’Amérique... ou d’une grande ville comme Toulouse, et se retrouve dans un coin perdu du Gers.

Dit comme cela, l’ensemble paraît très lourd et misérabiliste. Or, il y a un réel optimisme derrière cette histoire. Notre héroïne se révélera à travers ces épreuves. Petit garçon manqué, jeune amoureuse éprise de liberté, la voici obligée de tracer son propre chemin dans l’existence, avec la lecture comme unique moyen d’évasion, et ce, malgré la révélation des secrets de famille. Elle prend son destin en main avant tout. Les ressources pour surmonter les épreuves, ce sont d’autres femmes qui les lui apporteront ou elle-même qui parviendra à les trouver. Les hommes qui traversent ce roman parlent beaucoup plus qu’ils n’agissent, ou éprouvent beaucoup plus de difficulté pour affronter leurs problèmes.

Oui, cette observation est souvent sans concession, l’œil est incisif, sans pitié... comme ce monde des années 60, la désertification, la transformation de ces campagnes (même le point de vue sur le partage des terres montre à quel point il est difficile d’être une femme dans ce monde d’hommes, sauf lorsqu’on lui demande de se mettre à genoux pour travailler la terre). Nous sommes loin d’un brûlot féministe. Seulement derrière "les méandres dramatiques d’une tendre histoire d’amour", nous sommes touchés par cette colère rentrée tout à fait perceptible, analysant froidement la situation.

L’amour est peut-être ici dans le pré, mais très éloigné, par sa réalité poignante, de l’imagerie populaire que l’on continue de déverser à la télévision !

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