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mardi 6 mai 2014

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Interview de Olivier Gay

Après une rencontre fort sympathique au salon du livre de Paris, Olivier Gay auteur de la série humoristico-policière mettant en scène un jeune dealer parisien surnommé Fitz, a accepté de répondre à quelques questions pour Blue Moon ! Précipitez-vous sur cette excellente (et très marrante) série qui progresse en plus en qualité.. les talons hauts rapprochent les filles du ciel, les mannequins ne sont pas des filles modèles, et enfin (pour le moment !) mais je fais quoi du corps ?

Blue-Moon : Que pouvez-vous accepter de nous révéler sur vous « personnellement » ?

Euh, « personnellement » ? Je fais 1m86 pour 80kg, je n’aime pas les légumes et je suis claustrophobe. Ce genre de détail personnel ? ;)

B.M. D’où viennent vos influences dans l’écriture ? Vos auteurs préférés et ceux qui vous ont influencé ? Les livres qui vous ont marqué ?

J’ai lu et je continue à lire un peu de tout. De la littérature blanche, des policiers, de la fantasy, des romans ados… Dans le domaine de la fantasy, je voue un culte à David Gemmell, qui pour moi est insurpassable au niveau du souffle épique. J’adore George RR Martin dans le texte et je ne supporte pas sa traduction française. En terme de littérature plus classique, je suis un grand fan de Des fleurs pour Algernon de Keyes. En polar, le Serment des Limbes de Grangé m’a pas mal remué, de même que Daemon de Suarez. Et je pense qu’inconsciemment, je m’inspire aussi des mangas qui ont bercé mon enfance/adolescence, comme les chevaliers du zodiaque pour l’aspect épique, Kimagure Orange Road pour l’aspect romantico-neuneu, etc ;)

B.M. D’où vous est venue l’idée de cette série et bien sur de votre héros (ou anti-héros) John-Fitzgerald surnommé Fitz ? Comment avez-vous trouvé son prénom un peu spécial (celui d’un président américain mythique...très loin de la relative réussite de notre Fitz).

J’avais envie d’écrire sur un univers que je connaissais bien, celui de la nuit, avec un personnage dont je pouvais prévoir les réactions parce qu’elles me correspondaient. On dira que j’ai joué la facilité ! Quant à Fitz, je trouvais ça amusant de voir à quel point un prénom original pouvait influer sur des conversations ou des rencontres, de manière positive comme négative. Je suppose que c’est aussi une manière de me moquer un peu des parents qui donnent un nom extrêmement particulier à leurs enfants (je suis tombé sur une « Aubépinette » en dédicace) sans réfléchir à la vie qu’ils auront.

B.M. Comment définiriez-vous le caractère de Fitz ? Il est différent suivant le milieu dans lequel il évolue : les soirées où il deale, ses sorties avec ses amis, ses nuits amoureuses, et ses déjeuners du dimanche midi chez ses parents qui ignorent tout de sa source de revenus. L’aviez-vous en tête ainsi avant de commencer à écrire où bien au fur et à mesure que les intrigues se déroulent, son caractère s’affine ? N’est-il pas au final très solitaire ? Et ma seule question qui sera « critique » : n’est-ce pas un peu facile d’en faire un gentil dealer, qui a des principes ? Ne l’excusez vous pas un peu quelque part ?

Fitz est un touche-à-tout, un parfait dilettante. Il n’est particulièrement bon en rien, mais possède assez de recul et d’autodérision pour se sortir de situations insolubles. Il est surtout complètement insouciant et vit au jour le jour sans se soucier du futur. Intellectuellement, il sait qu’il ne pourra pas jouer les équilibristes pendant cent ans, mais il s’en moque.

Pour le volet drogue, c’était à l’origine un artifice pour le faire rentrer facilement dans les soirées VIP de Paris. La cocaïne, comme toutes les autres drogues, a un effet addictif certain, et je déconseille à tout le monde d’en prendre (sérieusement, hein, ce serait une belle connerie). Mais si les gens touchent aux drogues, c’est aussi parce qu’ils y trouvent des mérites – sans quoi personne ne prendrait le risque. Dans le cas de la cocaïne, il s’agit de l’aspect festif. Ça n’empêche pas Fitz de savoir qu’il trempe dans une belle merde, et d’essayer parfois de réguler la consommation de ses amis.

B.M. : L’amitié entre Fitz, Deborah et Moussah est fondamentale dans cette série. Vous jouez avec ce thème : évolution fluctuante (amitié amoureuse entre Fitz et Deborah par exemple). Et pourtant lorsque commence le premier roman, « les talons hauts rapprochent les filles du ciel », il est le dealer et ses deux clients sont devenus des « copains »... c’est le danger, leur transgression (la drogue qu’ils ont en commun) aussi qui va les lier ou d’autres sentiments ? Et enfin... Bob le hacker prend une place de plus en plus importante (une idée géniale en plus !). Là encore, voici une « amitié » qui débute par une histoire d’argent entre eux deux...

Pour moi, les difficultés forgent l’amitié. Sauvez la vie à quelqu’un, faites-vous sauver la vie, et ce sera justement, comme le dit l’expression, « à la vie à la mort ». Le fait d’enquêter ensemble, de prendre des risques ensemble, de souffrir ensemble, ça a tendance à exacerber tous les sentiments. Ceci dit, en-dehors de Moussah, Fitz n’a aucun ami masculin. Il est beaucoup plus à l’aise dans un registre de séduction que dans celui de la véritable amitié – ce qui d’ailleurs peut l’amener à certaines remises en questions dans le troisième tome. Et justement, en parlant du hacker…

B.M. Dans le troisième, « Mais je fais quoi du corps ? », un peu plus sombre et profond que les deux précédents, Fitz réalise soudain que ses deux amis ont une « vraie » vie parallèle qu’il ne partage pas avec eux et cela le dérange même s’il ne s’attarde pas trop sur le malaise ressenti. Aviez-vous pensé en écrivant le premier tome, que cela évoluerait ainsi ?

Je ne savais pas si j’allais faire une série ou un tome unique, donc j’ai laissé des éléments à développer sans trop me soucier de ce qu’ils allaient devenir. C’est ça qui me passionne quand j’écris, me surprendre moi-même, découvrir de nouveaux détails, avancer sur des chemins que je n’avais pas explorés. Je suis totalement incapable d’écrire un synopsis et de m’y tenir à 100%.

B.M. Les femmes de vos romans ont toutes un aspect inquiétant du « roman noir », on ne peut pas parler de femme fatale pour chacune, mais elles sont le plus souvent très fortes, calculatrices, bien plus matures que lui, et surtout très décidées : elles savent ce qu’elles veulent et font tout pour l’obtenir, contrairement à Fitz qui rechigne à s’engager dans la vie. Là-encore en aviez-vous conscience en écrivant ??

Ce n’est pas difficile d’être plus mature que Fitz, qui est au degré zéro de l’adolescence ! Mais oui, j’ai essayé de décrire des femmes fortes, sûres d’elles, parce que c’est quelque chose que je vois tout autour de moi. C’est plus intéressant de caster des personnages qui ont une vraie énergie plutôt que la potiche qui va passer son temps à gémir et se plaindre. Par ailleurs, comme Fitz, je me suis toujours mieux entendu avec les filles qu’avec les garçons.

B.M. Passons à l’aspect policier. S’il y a vraiment beaucoup d’humour et de légèreté dans vos trois histoires (un peu moins pour la dernière où il semble que les désillusions de Fitz le rendent plus mature), je trouve que vos intrigues sont de mieux en mieux construites (rythme soutenu, péripéties qui s’enchaînent), et le final est bien ficelé et assez surprenant. Avez-vous des références pour ces idées de scénario ? Comment cela vous vient-il en tête ? Pensez-vous à certains films ?

Déjà, merci pour le compliment ! D’habitude, je n’ai jamais de référence pour le scénario, sans quoi j’ai l’impression de faire un remake. Maintenant que j’y réfléchis, aucun des trois romans policiers n’a bénéficié d’une influence quelconque (peut-être les Morsures de l’Aube, de Benacquista, pour le premier). Par contre, je sais que l’idée de ma saga du Boucher a pris forme après avoir vu le film Taken, et que j’ai étoffé ma série Young Adult après avoir vu une rétrospective de Grease au cinéma !

B.M. Le contexte est intéressant : les différents milieux où Fitz évolue. Vous mettez en scène et égratignez les nuits parisiennes, avec certains quartiers de Paris (et d’autres où il ne mettra jamais les pieds)... tout comme vous clamez que Fitz ne peut traverser le périphérique. Il est ainsi obligé de fréquenter la banlieue dans le troisième tome, ou encore, c’est comme ses fournisseurs plutôt dangereux dans des endroits déserts et sombres. Vous élargissez dans le dernier avec la finance et la politique. Que souhaitiez-vous que le lecteur pense de ces critères ?

Fitz est un parisiano-parisien pur jus, convaincu que la capitale est le plus bel endroit du monde. Dès les premières pages du premier tome, il offre son credo sur l’importance de l’emplacement pour un appartement. Là encore, je pense avoir insufflé une partie de mon opinion, ou en tout cas celle que j’avais lorsque j’étais plus jeune. Paris intra-muros et à mon sens un paradis pour les célibataires : activités en tous genre, nombre de boîtes et de bars incalculable, clubs sportifs… Mais pour en profiter, il faut deux conditions. D’une part, avoir un peu d’argent (sans quoi les prix prohibitifs vont vous rebuter) et d’autre part habiter dans un endroit bien desservi, sans quoi on est obligé de prendre le dernier RER ou le train de banlieue et d’abandonner les amis qui partent en soirée.

Bien entendu, j’ai exagéré le trait en Fitz jusqu’à le rendre insupportablement snob. Pourtant, à chaque fois qu’il franchit les limites de son univers, il a l’honnêteté d’admettre lorsqu’il s’est trompé, lorsqu’il a été victime de préjugés.

B.M. Pouvez-vous nous parler de votre prochain roman ? La suite des aventures de Fitz, j’espère ? Une petite révélation ?

J’essaie de donner à chaque roman son ambiance propre. Le premier se déroulait dans les brumes parisiennes avec une histoire de serial killer. Le second sous les paillettes avec un kidnapping. Le troisième était une chasse à l’homme. Pour le quatrième, dont le synopsis est déjà écrit, je suis parti sur une histoire à la James Bond.

Bien entendu, Fitz étant ce qu’il est, tout ne se passe pas aussi bien qu’Au Service de Sa Majesté…

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