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jeudi 1er mai 2014

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Interview d’Emma Cavalier

Blue-moon : Les lecteurs ne vous connaissent pas encore très bien, vous êtes une auteure discrète. Que pouvez-vous nous dire de vous ?

Emma Cavalier : J’ai trente-sept ans, je suis une parisienne convaincue, je mène une vie de couple et de famille très heureuse et lorsque je ne suis pas en train d’écrire, je me consacre avec passion à mon métier de bibliothécaire. Je rêvais d’écrire depuis toute petite et même si ça m’est arrivé un peu plus tard que je ne l’avais imaginé, c’est l’une de mes plus grandes joies dans la vie !

BM : Vous avez commencé votre carrière en publiant Le Manoir qui avait déjà marqué les esprits et puis, après plusieurs années sans sortie de roman, vous avez publié La rééducation sentimental et L’Eveil des sentiments. Si le premier s’inscrit dans un érotisme bdsm marqué les deux autres sont peut-être plus « grand public ». Le ressentez-vous comme cela ? Est-ce un tournant dans votre écriture ou retrouverons-nous cette veine du Manoir dont une suite est en cours d’écriture je crois ?

EC : La rééducation sentimentale est une trilogie que j’ai entreprise après avoir discuté avec mon éditeur, qui avait eu un vrai coup de cœur pour le Manoir mais reconnaissait qu’il s’adressait à un public plutôt restreint, à cause de la sexualité particulière qu’il évoque. Nous avons donc élaboré le projet de La rééducation sentimentale ensemble dans l’espoir que les lectrices et les lecteurs se sentiraient plus touchés, se reconnaîtraient dans les personnages. Tandis que le Manoir relève du conte de fées, la trilogie de la Rééducation est très ancrée dans le quotidien, avec des personnages que vous pourriez croiser tous les jours dans la rue. Je considère cela comme un genre différent, intéressant à explorer, mais je reviendrai à des choses plus intenses avec la suite du Manoir, en effet.

BM : Vous êtes une femme dans un monde littéraire qui a toujours compris des grands auteures féminines comme Anaïs Nin, Françoise Rey, Régine Deforges et bien d’autres. Vous sentez-vous proches de ces auteures, d’une entre elles ?

EC : Ma gratitude est infinie envers ces femmes qui ont ouvert la voie et sans qui le type de livres que j’écris ne pourrait probablement même pas exister. Bien sûr, je voudrais saluer tout particulièrement Régine Deforges qui nous a quittés récemment, pas seulement pour son travail en tant qu’écrivain mais aussi en tant qu’éditeur. Sans oublier d’autres auteures qui ont marqué la fin de mon adolescence et contribué à construire ma sensibilité érotique : Violette Leduc, Vanessa Duriès, Pauline Réage.

BM : Pensez-vous que l’érotisme au féminin est différent de l’écriture d’un homme ?

EC : Je ne suis pas certaine que ce soit encore vrai aujourd’hui. L’écriture érotique a beaucoup évolué et le clivage ne se situe plus autour du genre. Certains hommes écrivent des textes d’une grande sensibilité alors que des femmes peuvent écrire des choses assez "trash". Aujourd’hui tout est possible, c’est cela qui est génial !

BM : Que pensez-vous de l’émergence de tout un courant érotique, sous forme de romance ou autre ? Est-ce un bon moment pour ce genre sans doute plus confidentiel il y a encore quelques temps ?

EC : Il ne fait aucun doute que la "vague" cinquante nuances a ouvert la voie à toute une production de romance érotique qui tranche un peu, en fait, avec ce qu’était la littérature érotique en France auparavant. Certains considèrent que c’est une chance, d’autres une malédiction... Personnellement je m’y retrouve plutôt bien car cela correspond au genre que j’aime écrire.

BM : Vos deux derniers romans font partie d’une trilogie. Etait-ce prévu depuis le début ? Pourquoi une trilogie ?

EC : J’ai tendance à investir beaucoup dans mes personnages et il arrive souvent que j’aie du mal, une fois écrit le mot "fin", à résister à la tentation de reprendre la plume. Quand j’ai achevé La rééducation sentimentale, je savais que cette fin, ainsi que certaines portes laissées ouvertes dans le roman, se prêterait bien à l’écriture d’une suite. Ensuite le projet de la trilogie a pris forme, avec trois histoires qui correspondent à trois âges de la vie, et qui posent la question du sentiment amoureux et de la façon dont il évolue avec le temps.

BM : Que nous réserve à ce propos le troisième tome qui est en cours d’écriture ? Et avez-vous d’autres projets ?

EC : Ce troisième tome sera centré sur un couple qu’on entrevoit dans La rééducation sentimentale et qu’on retrouve ensuite dans L’éveil des sentiments : Étienne et Valérie. Je n’en dirai pas plus pour l’instant  ! Mes autres projets incluent la suite du Manoir, lui aussi devenu une trilogie sur le tard...

BM : Dans vos romans, les héroïnes sont toujours à une croisée des chemins sentimentale, sexuelle voire professionnelle. Est-ce que tout va de paire ainsi dans la vie ? Pensez-vous que comme dans le domaine professionnel, il faut trouver sa voie pour s’épanouir sexuellement ? Est-ce que cela vous paraît plus compliqué pour une femme que pour un homme ?

EC : Oui, je suis convaincue que s’épanouir sexuellement requiert un cheminement complexe, de même que trouver la personne avec qui partager sa vie ou construire une carrière professionnelle. Il faut d’abord apprendre à se connaître soi-même et cela n’a rien d’évident. Et ensuite il faut avoir beaucoup de chance et savoir la saisir quand elle se présente !

BM : Les deux héroïnes de vos derniers livres sont très différentes mais que partagent Valentine et Camille ? Quelle leçon nous donnent-elles ?

EC : Il n’y a pas de morale, si ce n’est que toutes les femmes sont différentes et qu’il n’existe pas une formule magique unique pour les séduire. Camille a besoin de se sentir prise en main pour avoir confiance en elle. Valentine, au contraire, est une jeune femme qui sait exactement ce qu’elle veut. Leur différence d’âge est aussi importante pour expliquer certaines de leurs réactions. Plus jeune, Valentine est moins réfléchie et moins tolérante, mais plus curieuse et aventureuse que Camille. Leur point commun, c’est le souhait de pouvoir s’assumer en tant que femmes, dans tous les aspects de leur vie.

BM : Pensez-vous que les femmes ont aujourd’hui conquis leur liberté sexuelle dans notre pays ?

EC : A mon avis, il y a encore beaucoup de tabous et d’idées reçues qui gouvernent la façon dont les femmes "devraient" se comporter sexuellement. Personnellement, je trouve très triste le discours actuel qui tend à banaliser l’adultère, à en faire quelque chose de normal, comme s’il était impossible de trouver l’épanouissement à l’intérieur du couple. Si on était aussi libre qu’on le prétend, on aurait moins de difficultés à tenter des expériences nouvelles en compagnie de son(sa) chéri(e) officiel(le) !

crédit photo : Patrick Imbert.

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