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lundi 12 mai 2014

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Seuls les vautours, de Nicolas Zeimet


Date: 14 mai 2014
Collection: Toucan Noir
Edition: Editions du Toucan
Genre: Suspense
Prix: 17,10 €

Présentation de l’éditeur

"Un petit village de l’Utah en 1985, avant internet, la téléphonie mobile et les techniques modernes d’investigation scientifique. Shawna, une fillette de cinq ans, disparaît brutalement un matin. Tout le village se mobilise. Non seulement les quelques policiers du poste local mais aussi le médecin, un journaliste et bien sûr les enfants. Des enfants et des adolescents qui ont l’imagination fertile et qui racontent d’étranges histoires. En suivant les destins croisés d’une dizaine de personnages, l’enquête progresse, les haines et les attirances se cristallisent alors que des découvertes bien réelles mènent à des événements qu’on croyait définitivement sortis des mémoires. Certains, en tous cas, auraient bien voulu les oublier… "

Avis de Marnie

Inclassable... Superbe et inclassable que ce roman d’un français Nicolas Zeimet, qui parvient à restituer la fameuse petite ville américaine de l’ouest américain, comme si vous y viviez. Il prend comme prétexte une enquête "classique" soit la disparition d’un enfant et se met à mêler tous les clichés des séries américaines que l’on aime tant, avec cette vision du pire, du meilleur, de l’Amérique à la Stephen King, mais en y ajoutant son propre imaginaire. Personnellement, mes passages préférés sont en fait un très bel hommage au roman Stand by me où l’on voit un groupe d’enfants partir à la recherche du cadavre d’un autre enfant...

Cela commence directement par la disparition de cette petite fille et sa mère qui va aussitôt la rechercher. Quatre pages où elle fait le tour de ce petit coin habité perdu au milieu de l’immensité des montagnes de l’Utah. C’est ce sentiment qui perdurera pendant tout le roman : une sensation d’étouffement dans un village loin de tout où chacun dissimule des secrets, qui révélés bout à bout auraient évité bien des drames. La seule différence avec un roman écrit par un américain, c’est que si Nicolas Zeimet évoque la religion mormone pour expliquer le comportement de ses personnages, il n’y a aucun questionnement "spirituel", que ce soit dans l’introspection de chacun ou même dans leurs discussions.

Tout est très bien pensé, tous est soigné. Pas de détail inutile. Nicolas Zeimet nous offre une parabole continuelle entre le bien et le mal, l’american dream, ses désillusions et ses cauchemars, des voisins constamment présents dans le malheur mais prêts à médire sur vous, générosité et égoïsme, attention et indifférence... amitié et trahison, une religion qui prône la tolérance et entraide alors que se déchaîne la violence, les abus de pouvoir et les règlements de compte personnels. Pour mieux mettre en scène le repli sur soi-même, l’étroitesse d’esprit de cette petite ville, l’auteur a situé cette intrigue en 1985, avant "les experts", le téléphone portable et internet.

En jouant sur une large gamme d’émotions (des larmes au rire, remords, amour, tendresse...) qui entraînent l’empathie du lecteur, toute une galerie de personnages va évoluer sous nos yeux. C’est là que se situe alors le mélange des genres qui ici est plus que réussi : deux adjoints d’un shérif incapable et borné qui doivent jouer à "Roméo et Juliette" car ils n’ont pas la même religion, une institutrice victime d’une amnésie "post-traumatique" qui n’arrive plus à surmonter ses phobies, son amant un journaliste acculé car il doit faire vendre "à tout prix" son journal, qui se met soudain à déterrer certains secrets, l’inquiétant "cinglé" du village, un adolescent en pleine révolte qui sonne très fureur de vivre et sa petite amie qui protège sa virginité.

Il y aussi un petit garçon mal dans sa peau bien plus terrifié par une gamine agressive d’un an plus âgée, que par la menace d’un serial killer en liberté, sans oublier le fameux petit copain "petit gros" très Goonies, le médecin du village qui décide selon sa conscience de dissimuler les secrets des autres, une jeune femme dont le mari puis la fille disparaissent et qui ne parvient plus depuis des mois à reprendre pied dans l’existence... et bien sur les autres habitants, fermiers de ce petit coin. Tous ces personnages attachants, nuancés, se croisent, se heurtent, s’entraident, entre malentendus et révélations, chacun focalisé sur ses propres manquements, ses aspirations... avec le destin qui s’en mêle !

Ce livre est bouffé de références toutes plus "nostalgiques" les unes que les autres, même si l’auteur parvient à se les réapproprier et à leur donner une vie propre et profondément émouvante pour son intrigue, sans tomber dans l’accumulation de stéréotypes. Si donc on pense à Stand by me, il y a aussi de l’american graffiti (adapté pour la télévision en série familiale Happy days). En fait, Nicolas Zeimet se situe dans l’esprit de l’extraordinaire qui surgit dans le quotidien d’êtres normaux, leur façon de gérer cette crise qui menace de faire effondrer le sol sur lequel ils sont solidement implantés.. Pas de satire politico-sociale et financière de l’Amérique profonde, pas de cinéma d’Arthur Penn... mais plutôt un écrivain qui a voulu écrire (toute comparaison gardée) son Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur !

Certains pourront dire qu’il n’y a pas l’ombre d’une surprise en arrivant au final, sauf que certains rebondissements ne sont pas si attendus que ça... et que l’identité du serial killer n’a en fait aucune importance. Ambitieux au nombre des genres mêlés, de la romance au drame le plus noir... avec constamment l’Utah traité ici comme un personnage, soit un bon gros pavé, qui revisite ses classiques. Une totale et impressionnante réussite !

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