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mardi 27 mai 2014

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Le dernier tigre rouge, de Jérémie Guez


Date: 3 avril 2014
Collection: Grands Détectives
Edition: 10 / 18
Genre: roman historique
Prix: 6,75 €

Présentation de l’éditeur

Mars 1946. L’acheminement des troupes françaises vers l’Indochine s’accélère. Tous les navires disponibles sont chargés d’amener les militaires français vers l’Asie du Sud-Est pour reprendre cette zone capturée par les Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale. Parmi les premiers partants : les régiments de la Légion Etrangère. Jamais, depuis la création de ce corps d’exception, la Légion n’a été composée d’un ensemble si hétérogène : anciens nazis, résistants de tous les pays d’Europe et mercenaires du monde entier. On y trouve aussi bien des blancs-becs formés à la hâte à Sidi-Bel-Abbès que des vétérans, des professionnels de la guerre qui ont combattu aux quatre coins du monde…

Encore meurtri par la mort de sa femme enceinte et par son expérience de résistant, Charles Bareuil ne peut pas reconstruire sa vie en France. Il cherche le combat pour oublier sa lâcheté et son manque d’engagement des premières heures. Charles s’engage donc pour la Guerre d’Indochine au sein du 3e Régiment Etranger de la Légion. Mais cette guerre absurde va rapidement devenir une guerre personnelle pour Charles, lorsqu’il décide de mener son enquête sur un mystérieux tireur d’élite servant derrière les lignes ennemies… qu’il soupçonne d’être un ancien camarade passé du côté Viet Mihn.

Avis de Marnie

Il est peut-être inutile de rappeler que Jérémie Guez a gagné en 2013 pour son roman Balancé dans les cordes, tout à fait dans la mouvance de sa précédente oeuvre, Paris la nuit, deux très courts romans, ayant donc en commun la descente aux enfers de leurs héros, victimes d’une société indifférente, lancés dans une plongée suicidaire, avec Paris en toile de fond. Le style, le vocabulaire en forme de coup de poing intensifiaient cette violence et cette colère impressionnante.

Il semble donc étonnant que Jérémie Guez publie dans les Grands Détectives de 10 / 18, un roman un peu plus long (seulement un peu !) sur la guerre d’Indochine... Cela parait très loin de son univers habituel, et pourtant, ce roman exprime une fois encore une réflexion froide sur la violence, les motivations de ceux qui l’utilisent. Peut-être qu’il est un peu tiré par les cheveux d’avoir publié ce roman noir dans la collection Grands Détectives, il y a quelque part un peu plus du film les duellistes de Ridley Scott (tiré du roman de Joseph Conrad "the Duel") que de la poursuite véritable d’un homme obsédé par la traque d’un autre.

Nous retrouvons donc les mêmes thèmes chers à Jérémie Guez, le choix de la violence, du meurtre, et la culpabilité de donner la mort... revisités ici au début de la guerre d’Indochine. D’un côté, un légionnaire du côté français, et de l’autre un français également mais du côté communiste. Tous les deux ont des raisons bien précises pour s’être engagés, qui n’ont rien à voir avec de l’idéalisme. Le regard de Jérémie Guez est toujours aussi fasciné que révolté sur ce déchaînement de violence, qui vient de tous côtés.

L’auteur montre ainsi le paradoxe à se retrouver sous les ordres d’un homme que l’on aurait assassiné seulement deux années auparavant... des hommes qui doivent donner leur vie au combat pour protéger leurs frères légionnaires, mais qui sont chargés de tirer sur eux sans état d’âme s’ils s’avisaient de vouloir déserter, des hommes qui pour quelques uns ne parlent même pas votre langue. Les voici dans un pays où ils ne comprennent pas les habitants : langage, coutumes, traditions, idéaux, nourriture, état d’esprit...

Ceux qui chercheront un contexte complexe avec les forces en question, les enjeux économiques, politiques et humains, seront déçus, l’arrière-plan ébauché plutôt qu’approfondi est au service du propos, pour mieux comprendre les états d’esprit de nos deux "héros". Chacun cherche quelque chose qu’il ne comprend pas, habité par un maelström d’émotions qu’ils ne parviennent pas à analyser : revanche, oubli, haine de ceux qui ont tué leurs proches, solitude extrême, volonté de prendre leur destin en mains. Ils ont surtout en commun la culpabilité du survivant, sauvés par hasard, ils sont habités par une souffrance qui s’exprime à travers cette violence.

Le style est toujours le même, sauf qu’ici il s’adapte au contexte. Mais le regard est glacial et distancié comme pour mieux faire ressortir à certains moments ces émotions dans des explosions qui laissent le lecteur pantelant. Toujours autant de talent !

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