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vendredi 20 juin 2014

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La fille du bourreau, de Oliver Pötzsch


Date: 4 juin 2014
Collection:
Edition: Editions Jacqueline Chambon
Genre: policier historique
Prix: 22,61 €

Présentation de l’éditeur

En 1659, dans la petite ville bavaroise de Schongau, un jeune garçon est repêché, mourant, dans le Lech. Sur son épaule est maladroitement tatoué un signe de sorcellerie. On accuse aussitôt la sage-femme Martha Stechlin, que son métier amène à connaître les simples et les mystères de la vie – ce qui suffit aux yeux de beaucoup à en faire une adepte de Satan. Le bourgmestre et ses conseillers voudraient qu’on brûle immédiatement la sorcière pour rétablir le calme dans la ville et ordonnent donc au bourreau Jakob Kuisl de soumettre Martha Stechlin à la question. Mais celui-ci, convaincu de son innocence, va tout tenter pour la sauver, aidé par Simon, un jeune médecin, et par sa fille Magdalena. D’autant que les événements tragiques se succèdent : deux autres garçons sont assassinés et une fillette enlevée. L’hystérie envahit peu à peu les habitants de Schongau tandis que le diable, sous l’apparence d’un boiteux doté d’une main de squelette, rôde dans la ville.

Ce superbe roman plonge dans les noirceurs et les infinies ressources de l’âme humaine, et fait vivre avec une grande véracité des hommes du xviie siècle terrorisés par les croyances irrationnelles. Oliver Pötzsch campe en Jakob Kuisl une magnifique figure de bourreau, brutal et humaniste, savant et rustre.

Avis de Marnie

Roman policier allemand... qui se déroule en Bavière, en 1659, à la fin de la guerre de 30 ans... oh la la, oh la la, serait-ce austère ? Ennuyeux ? Lourd ? Et ce n’est pas la couverture qui joue la carte très classique "intello" qui va arranger l’impression de départ. Or, dès que nous commençons cette histoire... soulagement, plaisir, enthousiasme pour un lecteur qui lit cette intrigue comme un page-turner, avec des atouts essentiels : rythme, vocabulaire totalement à notre portée, personnages emblématiques et pittoresques, un suspense digne de ce nom, de l’action, du danger, et des héros charismatiques et attachants, le tout orchestré avec une efficacité... oui efficacité moderne.

Oliver Pötzsch s’est plongé en fait dans les archives, les livres d’Histoire, à la recherche de Jakob Kuisl, son aïeul, descendant de cette longue et emblématique lignée de bourreaux du sud de l’Allemagne. S’il invente cette intrigue, il reste au plus près des "vrais" personnages de son histoire, de l’atmosphère où la peste, la malnutrition, les pillages, les procès pour sorcellerie, ont plus tué de civils que la guerre de trente ans, dont la Bavière, jadis aux mains d’une bourgeoisie prospère, est sortie ruinée. Il campe donc un décor saisissant (mais sans aucune digression historique... pas l’ombre d’une dérive didactique ici !), une atmosphère de paranoïa et de menaces venues du pouvoir "lointain", mais aussi du Diable dès qu’un événement reste sans explication raisonnable.

Heureusement qu’il y a un glossaire au début du roman, parce que les personnages foisonnent dans cette intrigue aux ramifications et aux conséquences complexes... et contradictoires. Les hommes et femmes ont des opinions et des réactions de leur temps (ainsi on sauve l’enfant à naître en laissant mourir la mère, sans aucun cas de conscience...), le bourreau a des scrupules pour torturer et tuer une innocente, mais torturer à l’aide d’instruments n’entraîne pas d’état d’âme de sa part... Les gens hurlent à la sorcellerie mais la veille venaient encore demander des philtres d’amour ou de se faire soigner par les herbes. Nous suivons le quotidien de cette petite ville dirigée par des bourgeois, qui tente de renaître après avoir été durement éprouvée.

Si le travail du bourreau est estimé, sa famille et lui-même sont toutefois mis au ban d’une société qui a ses codes, ses classes. La fille du bourreau ne peut se marier qu’avec un autre bourreau... Ils sont nécessaires, estimés dans leur travail, mais pas fréquentables ! Tout ce petit monde voit d’un mauvais oeil (il y a de la diablerie là-dedans !) arriver les méthodes modernes, et notre jeune médecin, Simon Fronwieser, a bien du mal à faire accepter sa manière de soigner. Magdalena nous offre un très beau portrait de femme qui tente de se libérer d’un destin tout tracé. Quant à l’intrigue par elle-même axée sur des meurtres d’enfants, elle est émouvante à souhait ! Avec verve, humour et à l’aide d’un langage souvent familier, les dialogues sont aussi alertes que le déroulement de l’enquête.

Une surprise réjouissante et passionnante !

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