Accueil du site > Coups de coeur > Billet d’humeur > Le libraire, le ministre et le lecteur

vendredi 18 juillet 2014

Partager :

facebook

twitter

Publicité :

Le libraire, le ministre et le lecteur

Un beau jour, le libraire rendit visite à sa ministre.

Il lui dit : « Vous devez défendre notre profession qui agonise,

écrasé par le géant d’outre-atlantique, qui, à coup de folles remises,

de frais de transport gratuit, nous réduit à la ruine alors que le livre n’est pas

une marchandise !

Certes, j’en fais moi-même commerce mais si je vends c’est par obligation,

la culture, comme vous, est ma seule préoccupation.

Sus aux profiteurs nord américains qui la méprisent et n’y font pas

attention. »

Gonflée d’une juste colère, la ministre pondit immédiatement une loi,

qu’elle fit voter en toute hâte, en pesant de tout son poids.

Finies les remises indues et la gratuité des frais d’envoi.

Boutons hors de France l’ogre américain comme il se doit.

Le lecteur, qui avait été un peu oublié dans tout ce foin,

découvrit un beau matin

que sa commande avait augmenté soudain.

Rusé, il réfléchit et tout de go se dit :

« Vais-je abandonner mes habitudes par le ministre honnies ?

Vais-je retourner voir mon libraire et acheter mes livres auprès de lui ?

Que nenni !

Les frais de port restent à 0,01 centimes, cela reste un cadeau.

La remise de 5% disparaît ? Je ne paierai qu’un euro de plus sur un grand

format de 20 euros.

Irais-je chez mon libraire, en transport en commun ou en auto,

ce qui est fort coûteux pour m’entendre dire que mon ouvrage sera là bientôt,

peut-être demain, ou la semaine prochaine ou qu’il faudra attendre le prochain bateau ?

Non, lecteur rusé je suis, je ne suis pas un gogo.

Peut-être achèterai-je chez un autre vendeur en ligne, celui-là bien français !

Miraculeusement épargné par la colère du libraire et son ministre laquais

Ou alors je me tournerai vers les nouvelles technologies et par le biais

de l’électronique, retrouverai ma liberté de lecture et de prix, non mais !

Le lecteur, rassuré, ouvrit son ordinateur, sur le champ

Prêt à commander en ligne encore longtemps.

Moralité : A vouloir protéger le libraire qui est aussi un marchand

et la culture, qui n’en demande pas tant,

on en oublie le lecteur qui n’a que faire de tout ce vent

et essaiera de lire autant

que le vendeur soit libraire ou en ligne du moment

qu’il a son précieux livre éternellement.

Mots clés de l'auteur :

Mentions Légales | Nous contacter | Plan du site | SPIP | Creative Commons License | © Blue-moon.fr : 2009 - 2016