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lundi 14 juillet 2014

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Le dernier banquet, de Colleen McCullough


Date: 2 juillet 2014
Collection: Suspense
Edition: L’Archipel
Genre: policier
Prix: 22,00 €

The prodigal son (2012)

Présentation de l’éditeur

Janvier 1969. La quiétude d’Holloman, petite ville du Connecticut, est troublée par une série de meurtres.

La première mort violente intervient lors d’un dîner de retrouvailles. Un fils de famille retrouvant son père qu’il n’avait jamais connue, s’écroule, mort. La seconde lors d’un gala de charité. La présence de poison dans les veines des deux victimes amène tout d’abord le détective Carmine Delmonico à orienter son enquête vers la communauté scientifique de la ville. D’autant qu’une toxine mortelle a été dérobée à l’université de Chubb.

Le docteur Jim Hunter, un scientifique de renom, fait partie des premiers suspects. N’était-il pas présent lors des deux meurtres ? Mais le fait qu’il soit noir, marié à une blanche, et victime de plusieurs scandales, n’en fait-il pas le coupable idéal ? À une époque où les moyens d’investigation de la police sont limités, Delmonico devra s’armer de patience. Et surtout faire preuve de bon sens en commençant par se poser les bonnes questions, dont celle-ci : à qui profitent ces meurtres ?

Avis de Marnie

Même si la quatrième de couverture raconte parfaitement les événements du début du roman, nous sommes très loin de nous attendre à ce qui va vraiment se dérouler. Adeptes des thrillers, donc du rythme et de l’action, ou même du suspense psychologique, cette intrigue n’est pas pour vous. Et pourtant, ce polar est impressionnant.... inattendu et impressionnant.

Colleen McCullough connue pour son best-seller qui a fait le tour du monde les oiseaux se cachent pour mourir, sans oublier son très émouvant Tim (premier rôle de Mel Gibson dans l’adaptation...) ou encore les dames de Missalonghi... soit ses succès féminins australiens des années 80, s’est donc essayée au polar. Celui-ci est donc le troisième qui met en scène son flic américain Carmine Delmonico... très très aidé il faut l’avouer par une très bonne équipe et une épouse futée au caractère bien trempé.

Notre auteur est âgée de 75 ans... australienne visiblement influencée par ses propres lectures. Et voilà que cela commence comme un Agatha Christie : une soirée en petit comité dans une petite ville universitaire conservatrice du Connecticut. Un des convives a tué... quel est l’assassin ? Nous nous disons que Colleen McCullough a placé cette intrigue en 1969, pour ne pas avoir à se prendre la tête avec les progrès scientifiques, et ainsi gentiment mener son scénario à l’ancienne. Et l’on se dit à part soi, que tout cela est aussi très gentiment dépassé.

Or, s’il n’y a qu’un défaut à ce roman, c’est le nombre de personnages... Franchement, quelques fois, nous avons du mal à savoir qui est qui. En fait, le talent de l’écrivain va se situer bien au-delà d’une intrigue simpliste sans grands rebondissements. Elle a deux points forts : l’étude de caractère des personnages principaux et l’approfondissement du contexte, soit le racisme, traité avec un regard "actuel". Donc, pas de manichéisme... Nous avons l’impression qu’elle s’est saisie du film oscarisé, plein de bons sentiments, Devine qui vient diner ? de Stanley Kramer, sorti en 1967, et qu’elle ose aller beaucoup plus loin, et montrer comment le vécu réaliste de la mixité raciale au quotidien va peu à peu empoisonner un couple et ses proches.

Ce sujet est alors traité de façon complexe, même dérangeante... Colleen McCullough reprend alors son sujet de prédilection, l’évolution de la femme, et sa place dans la société en 1969. Ici, elle met en scène quatre trentenaires brillantes, fortes, toutes à leur façon, aucune n’étant pourtant égales socialement aux hommes qui les entourent, que ce soit la policière "agressive" qui doit prouver à tous ce qu’elle vaut, ou l’épouse de Delmonico qui élève leurs deux enfants, Millie, une scientifique blanche qui ronge son frein depuis des années, les portes lui étant fermées elle qui a eu le malheur "social" d’épouser un brillant universitaire noir, ou encore une femme qui a utilisé ses charmes pour épouser un riche hommes d’affaires.

Toute la richesse et l’intérêt de l’histoire, c’est cette interaction, les conséquences de ces règles sociales, ce contexte très nuancé, observé avec un regard actuel sur cette époque, une bonne analyse aussi de ce milieu universitaire où la politique, les services, les dotations, et les retours d’ascenseur que l’on se fait "entre connaissances"... milieu fermé, étouffant, où tout le monde connaît tout le monde et il devient très difficile d’incriminer quelqu’un lorsque l’on est proche de toute sa famille.

Au final, un roman sombre... pessimiste et cruel. Une très bonne surprise !

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