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lundi 8 septembre 2014

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Première nouvelle : Croyez-vous au destin ?? de Roz Bouchon

Hier, ma petite sœur Océane a eu 25 ans. Nous avons passé la journée entourés de nos proches dans ma petite ville d’enfance. Je n’y mets les pieds que pour leur rendre visite aujourd’hui ! J’ai quitté le nid familial pour mes études vers la vingtaine. Et progressivement, tout ce qui me rattachait ici s’est éloigné de moi, à l’exception de mes parents, évidemment.

Nous avons passé une belle journée ; Océane était resplendissante enceinte de cinq mois ! Le soir venu, après ce doux moment familial, j’ai décidé de dormir sur place ce qui a rendu ma mère folle de joie ! Ce matin, en me réveillant dans mon ancienne chambre où je n’avais pas dormi depuis bien longtemps, une pointe de nostalgie m’envahit. Qu’il est loin le temps où je vivais ici ! Tout a tellement changé depuis !

J’ouvre les volets et je suis surprise de retrouver le paysage de mon enfance. Il n’a pas changé ! Les rayons du soleil me chatouillent le nez et une soudaine envie de me balader un peu dans cette ville que je ne connais plus me prend. Lavée, habillée, rassasiée, je sors donc me balader un peu à la recherche de souvenirs. Un peu avant midi, j’atterris dans le petit parc près du lycée et je m’assois sur un banc. Pas n’importe lequel : le banc caché sous le saule près de la petite mare. Il est un peu à l’écart et on y est tranquille pour lire.

Je retire de mon sac le magazine acheté dans le petit kiosque à l’entrée du parc et je le feuillette distraitement. Mes yeux se posent sur un de ces fameux tests ridicules dont le thème de la semaine est « Croyez-vous au destin ? » . Est-ce que je crois au destin ? Combien de fois avions nous débattu sur ce sujet avec mes amis … Chacun y allait de son petit avis fort de son expérience. Moi, je repense toujours à cette soirée où me semble-t-il, le destin a mis son nez dans mon petit train-train.

C’était il y a dix ans, un samedi soir qui ne devait pas être ordinaire mais, pas au sens où je le croyais. J’avais prévu de passer cette soirée avec ma meilleure amie Carole, son “chéri” depuis presque deux ans, Phil et surtout, le meilleur ami de celui-ci. Banalement à cet âge là, je le convoitais depuis quelques temps déjà mais n’avais jamais l’occasion de me retrouver en position de me rapprocher plus que ça de lui. Pour une fois, nous ne serions que tous les quatre. J’avais donc toutes mes chances de pouvoir espérer passer plus de temps avec lui et, qui sait, « plus si affinités » ! C’était clair et simple dans ma petite tête : j’allais tenter de sortir avec Fred et tout serait facile : nous formerions un couple de couples avec Carole et Phil et nous nagerions dans le bonheur. C’est beau les rêves à dix-huit ans !

Je me rendais donc à l’heure dite dans notre petit bar habituel, le genre de bar moderne, pas du tout rock’n’roll où on trouve essentiellement les “jeunes de bonne famille”, le genre où l’on va vêtu des dernières fringues à la mode, où l’on ne picole pas à outrance ! Depuis que j’étais en âge de sortir, c’était dans ce petit monde doré que j’évoluais avec mes amis.

Nous étions donc attablés depuis une bonne heure tous les quatre quand Carole m’a demandé de l’accompagner aux toilettes... Je n’étais pas dupe, elle voulait qu’on se fasse un petit débriefing typiquement féminin sur l’évolution à donner à la soirée pour que je puisse enfin conclure avec Fred (qui, soit dit en passant, ne semblait pas indifférent ). En rejoignant notre table, je tombe par hasard sur Jean, un gars dont j’avais fait la connaissance quelques mois plus tôt lors d’une soirée. Jean était quelqu’un de charismatique, imposant, plutôt beau garçon, au regard perçant, le genre de personne à qui on ne dit pas “non” ; il m’intimidait, moi la petite fille sage. Il faisait partie de ce que l’on appelait les “mauvais garçons”.

Que faisait-il ici, lui qui avait l’habitude de fréquenter les bars plus rock de la ville, lui qui avait la réputation de boire plus que de raison et de lever toutes les filles « faciles » du coin ? D’ailleurs, il faisait tache dans ce décor édulcoré. Nous nous saluons, nous discutons de tout et de rien. Il m’explique être venu ici retrouver son “chauffeur” ( à 25 ans, il avait déjà perdu son permis pour cause de conduite en état d’ébriété). Celui-ci devait le conduire à un petit festival rock qui avait lieu dans la ville voisine. Jean est vraiment impressionnant, le genre de personne qui effraie un peu car il pouvait avoir des réactions démesurées. Néanmoins, il avait toujours été gentil avec moi.

Il me propose de quitter ce bar “de bourges” (je reprends ses termes ) et de le suivre dans une “vraie” soirée . Je ne sais pourquoi mais je me sens flattée que ce bad boy me propose à moi de le suivre. Mais je suis venue avec d’autres projets ce soir donc je tente de refuser. Il insiste en me disant que ça me ferait du bien de voir un peu autre chose que ces gens « coincés », que j’ai besoin de découvrir le monde. Ma réaction est très paradoxale car à la fois, je suis blessée dans mon orgueil et en même temps, j’ai envie de lui prouver que je ne suis pas que cette petite fille de bonne famille. Je me dis finalement que je vais proposer à mes amis d’aller y faire un saut ! Cela peut être amusant après tout de changer un peu nos habitudes.

J’accepte donc la proposition de Jean, contente de le surprendre et lui dis de m’attendre deux minutes le temps de voir avec mes amis s’ils ont envie de venir aussi. Après tout, il est encore très tôt, et s’ils préfèrent rester dans le bar, je peux passer une petite heure à ce festival et revenir ensuite. J’espère malgré tout vraiment qu’ils vont accepter de m’accompagner car d’une, Jean m’effraie un peu quand même et de deux, l’ambiance d’un concert peut être propice à un rapprochement avec Fred (l’obscurité, le bruit qui nécessite d’être très proche pour discuter ...) ! Finalement, c’est même l’opportunité à saisir ! Pleine d’un nouvel enthousiasme, je fonce vers mes amis et je découvre que pendant les quinze minutes qui se sont écoulées depuis mon départ aux toilettes, un autre couple s’est installé avec eux à notre table. Je leur fais donc ma proposition mais ils viennent de commander une tournée et n’ont pas envie de bouger. Déçue, je me dis donc que je vais seulement faire un bref passage à ce festival et que je les retrouverai ensuite puisqu’ils ont l’habitude de faire la fermeture du bar.

Me voilà donc partie dans une voiture avec Jean, ce personnage troublant, et son pote le chauffeur, un inconnu. Seulement à ce moment là, je prends conscience de la situation : je vais me retrouver seule avec Jean que je ne connais pas beaucoup dans un genre de soirée où je n’ai jamais mis les pieds. Lui sera parmi des gens qu’il est habitué à côtoyer et va vite se lasser de la petite fille sage en retrouvant ses copains. Je me demande ce que je fais là, pourquoi j’ai quitté une soirée tranquille, qui me laissait croire que peut-être Fred et moi… L’angoisse commence à monter en moi mais je ne veux surtout pas le montrer à Jean. J’ai envie qu’il me voit autrement et de toute façon, nous sommes arrivés donc il est trop tard pour reculer .

Grâce à lui, heureusement, je ne paie pas mon entrée. Il fait chaud, il y a du monde mais pas les gens que je fréquente habituellement. J’évolue dans la grande salle avec Jean, qui lui, discute tous les trois mètres avec quelqu’un d’autre. Il essaie dans un premier temps de ne pas me délaisser mais discuter à plusieurs dans un groupe alors que se produit un concert sur scène n’est pas évident. Je me retrouve de plus en plus seule dans cet endroit et je me dis vraiment que j’ai réellement fais n’importe quoi. Je n’arrive pas à comprendre ma décision de quitter mon petit bar tranquille. Cela ne me ressemble pas. Tout ça parce qu’une fois de plus, je me suis montrée influençable. Certes, Jean possède une forte personnalité mais c’était facile de trouver une excuse. Pourquoi l’ai-je suivi ? Je n’ai maintenant qu’une envie, retourner d’où je viens et reprendre le cours de ma petite soirée ! Sauf que … sauf que le chauffeur à disparu, que Jean n’a pas de voiture et que je ne vois personne susceptible de me raccompagner … Mais dans quel bazar me suis-je fourrée ?

Ah ben il ne manquait plus que ça : Jean retrouve une de ses groupie… Elle glousse, se frotte à lui. Le message est clair : elle est « ouverte » et lui, fidèle à sa réputation, ne va pas manquer l’occasion de bien “ finir la soirée”. Bon, c’est de mieux en mieux…

La soirée avec Fred est gâchée. Alors maintenant, mon objectif est de pouvoir rentrer sereinement à la maison. Pourquoi n’a-t-on pas de téléphone portable comme dans ces séries américaines ? Tout serait plus simple !

Je commence à regarder autour de moi pour voir si je croise un visage connu… Rien de ce côté là. Je commence à stresser sérieusement car il fait froid dehors, je suis à cinq kilomètres de la maison et je crois bien que si je veux sortir de là, il va falloir que je rentre à pieds et seule en pleine nuit. Enfin j’aperçois deux copines de classe ! Nous ne nous fréquentons qu’au lycée habituellement mais, ce soir, nous allons faire plus ample connaissance je crois ! Alors que Jean visite les amygdales de sa future conquête, je décide donc de les rejoindre. Elles sont surprises de me voir là mais m’accueillent avec de grands sourires ! Nous commençons à bavarder et Axelle, celle que je connais le mieux car nous sommes dans les mêmes classes depuis la maternelle, m’explique avoir des vues sur le bassiste du groupe suivant (ce qui explique sa présence à ce festival ).

Elle me dit que son père vient la chercher après ce passage vers 23h30 et comme nous sommes presque voisines, il pourra me déposer. J’accepte volontiers, enfin soulagée. Finalement, je ne m’en sors pas si mal. Je vais regarder ce groupe pendant une grosse heure et ensuite, je pourrai rentrer à la maison. J’essaierai de retrouver une opportunité pour me rapprocher à nouveau de Fred prochainement et tout sera réglé. Comment ai-je pu être assez bête pour ne pas penser au trajet du retour avant d’accepter la proposition de Jean ? C’est comme si mon cerveau avait eu un raté. Cela ne me ressemble réellement pas ce genre d’irresponsabilité !

Puisque je suis là, que j’ai enfin trouvé un moyen de transport pour rentrer, je décide de profiter de la soirée avec mes copines ! Nous bavardons en attendant l’entrée en scène du fameux groupe local qu’Axelle est toute excitée de voir. Elle tente de s’intéresser à la conversation mais elle n’attend qu’une chose : le groupe ! Cette situation m’amuse et je me détends enfin. L’entrée en scène est imminente. Je suis curieuse de voir à quoi ressemble le fameux mec dont Axelle s’est éprise. Dès que le projecteur s’allume, je cherche très vite le joueur de basse. Je le repère facilement et observe ma copine se transformer en groupie.

C’est amusant de la voir comme ça, elle qui est plutôt du genre studieuse et calme habituellement ! Le chanteur du groupe entonne les premières notes alors que je me moque gentiment d’elle. Aussitôt, je me tourne vers la scène car la voix me transperce. Elle est originale, différente de ce que l’on entend habituellement mais surtout, elle me capte, me touche … Je lève les yeux et j’aperçois l’auteur de cette douce mélodie, tourné vers son guitariste ; il a tout du chanteur de rock habituel : jean vieilli mais vieilli naturellement, à la limite du papier cigarette, T-shirt gris anthracite et vieilles Dr Martens qui devaient être noires au départ, des cheveux bruns pas assez longs ou pas assez courts mais je ne distingue toujours pas son visage. Enfin, il se tourne et, sans que je ne sache pourquoi, à partir de ce moment là, je n’ai pas pu détacher mon regard jusqu’à la fin du concert pratiquement.

Nous étions quasiment au premier rang puisque Axelle ne voulait rien manquer du spectacle et j’étais donc obligée de lever la tête pour le regarder. Il n’était pas beau comme les minets que je croisais habituellement au bar mais il avait cette fameuse intensité dont on parle dans les romans, ce je ne sais quoi qui a absorbé toute mon attention dès que j’ai entendu sa voix et vu son visage. Plusieurs fois, j’ai surpris son regard sur moi ; hasard ?

Il est environ vingt-trois heures quand leur tour de scène se termine . Nous avons donc encore une demi-heure à tuer avant que le père d’Axelle n’arrive. Nous décidons de sortir prendre l’air. J’en ai bien besoin après la drôle de sensation ressentie tout au long du concert. En marchant, nous apercevons les membres du groupe entourés de quelques groupies un peu plus loin. Mon amie, qui connaît déjà le groupe, s’avance pour les saluer. Je la suis, non sans quelques palpitations à l’idée de m’approcher de celui qui m’a chamboulée quelques minutes plus tôt.

A ma grande surprise, au moment où nous approchons, il détache son attention des groupies et se tourne vers nous avec un léger sourire. Il est grand mais moins que l’impression que j’avais eu quand il était sur scène. Pourtant, il se dégage de lui cette force rassurante et chaleureuse ! Il salue Axelle directement puis elle fait les présentations. Dès les premières minutes, le courant est passé entre lui et moi ! Samuel était simple, drôle et à l’écoute ! Malheureusement cet échange ne dure que quelques minutes puisque mon amie aperçoit la voiture de son papa sur le parking. Peu importe, j’ai eu le temps d’apprendre que nous fréquentons le même groupe scolaire : je pourrai le revoir !

Enfin rentrée et couchée, je me suis mise à repenser à cette étrange soirée : si quelqu’un m’avait dit avant comment elle allait se dérouler, je ne l’aurais jamais cru ! Moi, Chloé qui quitte mes amis (et Fred) pour partir à l’aventure dans un festival où finalement, je vais rencontrer Sam ? Impossible, je me croyais bien trop amoureuse de Fred. Et pourtant, jamais mon cœur n’a palpité comme ça auparavant . Ni avec Fred, ni avec qui que ce soit d’autre d’ailleurs .

Depuis, chaque fois que je suis face à la fameuse question « Croyez-vous au destin ? », je repense à ce jour où j’ai vraiment la sensation qu’une force extérieure m’a poussée dans mes drôles de décisions ! Mais peut-on réellement en déduire que le destin existe ? Car depuis, je n’ai pas un seul autre exemple où cette sensation m’est réapparue.

Seule sur mon banc, je contemple les pigeons venus voir si quelques enfants n’auraient pas laissé tomber quelques miettes de goûter. Repenser à cette soirée m’a mise en émoi comme à chaque fois. Sam, qu’est-il devenu ? Comment sa vie a-t-elle évoluée ? Est-il marié avec deux enfants ? Est-ce qu’il mène toujours cette vie bohème de musicien ou a-t-il pris un chemin plus traditionnel ? J’évite toujours d’y penser. J’ai trop mal quand je repensais à notre séparation... Enfin surtout à la manière horrible dont ça s’est passé . Je préfère nettement me replonger dans notre belle histoire avec à chaque fois l’espoir de lui écrire une fin différente…

Les jours qui ont suivi cette soirée étrange, lui comme moi avons cherché à nous croiser dès que possible. Visiblement, l’attirance entre nous était réciproque. Deux mois plus tard, nous échangions notre premier baiser ! Nous avons passé cinq années de joie, d’amour, d’amitié aussi et de fous-rire ensemble ! J’insiste sur les fous rire parce que c’est bien notre complicité qui qualifiait le plus notre couple ! Avec Sam, je me sentais bien, naturelle, sans chichi, sans les artifices auxquels j’étais habituée.

Évidemment, notre couple a surpris : mes amis du “bar de la jeunesse dorée” (qui ne comprenaient pas vraiment ce que je lui trouvais ), mais surtout, mes parents qui, je dois l’avouer étaient déçus que leur petite fille modèle choisisse un petit gars “sans ambition” , qui ne brillait pas par son parcours scolaire, qui se distinguait par son look “différent”. Mais Sam et moi avons surmonté tout cela : mes parents récalcitrants, mon départ pour l’université, l’arrêt de ses études pour un boulot d’ouvrier qui lui permettait de joindre les deux bouts et de s’adonner à sa passion : la musique. Que de souvenirs heureux je pourrais citer quand je pense à lui … J’en suis toujours à me demander pourquoi cette séparation ? J’ai des semblants d’explications : les différences parfois vous rattrapent. Elles, mais aussi la jeunesse : à peine dix-huit ans et dix-neuf pour lui au début de notre histoire.

Nous nous sommes éloignés à un moment. Il avait du mal à s’intégrer à mon monde d’étudiants (il se dévalorisait lui qui avait toujours été en échec scolaire), j’avais du mal à jongler entre différents mondes alors les disputes ont commencé doucement, l’air de rien … Mais de plus en plus fréquentes. Je ne me réjouissais plus des moments passés ensemble comme avant car je savais qu’une fois sur deux, tout cela finirait par une dispute partie d’un incident anodin. Voilà ce qui arrive quand deux personnes qui s’aiment ne se trouvent plus : elles se déchirent par frustration ! Je commençais à me poser de plus en plus de questions, me demandant si mes parents n’avaient pas finalement raison. Je pense (même si nous n’en avons jamais parlé) que lui ressentait la même chose, se posait les mêmes questions. Mais je ne trouvais pas les réponses. Je savais que je l’aimais mais je n’avais rien connu d’autre donc est-ce que je pouvais être sûre que c’était ça le grand amour ? Je me disais qu’il faudrait qu’on se sépare un temps (une sorte de pause) pour y voir plus clair mais ce n’était jamais le bon moment. Et quand on doute depuis trop longtemps, l’inéluctable fini par arriver.

Ce matin là, je n’avais toujours pas trouvé de réponse à mes questions. Sam dormait chez moi depuis plusieurs jours car il était en vacances pour quinze jours. Quelques semaines plus tôt, nous nous réjouissions car mes examens approchaient et il allait pouvoir me soutenir et m’aider en étant à mes côtés tous les jours. Ensuite, quand j’aurai enfin achevé cette session du concours, il aurait encore une semaine de congés dont nous pourrions profiter ensemble. Mais rien ne s’est déroulé comme prévu. Je crois que j’en étais à un stade où je ne laissais plus rien passer à Sam, envahie de doutes et de questions. Et sûrement aussi de stress lié aux examens.

- Sam, j’en ai marre, tu as encore laissé ta tasse à café dans le salon. Ça te coûte quoi de la mettre dans l’évier voire de la laver ?

- J’allais le faire.

- Tu “ allais le faire” depuis combien de temps ? Parce que là, ça fait deux heures qu’elle traîne là.

- Me prends pas la tête dès le matin s’il te plaît, grogna-t-il.

- Dès le matin ? Mais il est treize heures là je te signale ! Je suis levée depuis sept heures moi ! Mais c’est sûr qu’on n’a pas la même notion du matin toi et moi… le piquais -je.

Il était en vacances depuis deux jours et avait repris allègrement son rythme de rockeur qui se lève à onze et se couche à trois heures du mat’ pour composer. Le tout en buvant quelques bières et en fumant quelques joints... Cela m’exaspérait au plus haut point moi dont les épreuves de concours approchaient. Il aurait pu faire un effort pour essayer de vivre au même rythme que moi pendant cette période difficile. Mais à vingt-cinq ans, il ne voyait pas les choses comme moi. Là où je construisais vraiment mon avenir et entrait dans la vie d’adulte, lui se comportait toujours comme un ado. Et évidemment après quelques bières et quelques joints, les réveils sont plus difficiles…

- Mais qu’est-ce que tu as en ce moment à être toujours sur mon dos ? J’essaie de te laisser de l’espace pour que tu puisses bosser et au lieu de ça, tu passes ton temps à vérifier le moindre de mes faits et gestes au lieu de réviser !

- Encore une fois, c’est moi la fautive ! C’est tellement plus facile pour toi de tout me coller sur le dos ! Et toi, tu ne te remets jamais en question ? Tu vas passer toute ta vie à rêver d’être une rock star que tu ne seras jamais ? Tu passes tes journées à ne rien faire si ce n’est me rajouter du boulot avec ta vaisselle sale et ton petit bazar partout ! Tu crois que je n’ai que ça à faire en ce moment ?

J’allais trop loin, je le savais mais je ne pouvais pas m’en empêcher. Toutes les questions que je ruminais en moi sortaient de cette mauvaise façon : de l’agressivité.

- OK Chloé, j’ai compris le message… Je me casse chez moi et je vais arrêter de perturber ton petit quotidien, répondit-il résigné et sans même chercher à me faire mal.

Il m’avait appelée par mon prénom. Il ne le faisait jamais. Il n’avait pas crié comme je m’y attendais. Il n’avait pas non plus essayé de me faire rire avec sa petite tête repentie comme il le faisait quand je m’emportais pour un rien. Tout à coup, tout cela m’a sauté au visage : je m’étais posé beaucoup de questions ces derniers temps, j’avais douté de nous mais je n’avais pas prêté attention au fait que lui non plus n’allait pas bien. Il fumait beaucoup de joints, passait bien plus de temps que d’ordinaire à essayer de composer quelque chose et n’aboutissait à rien. Je ne pouvais que me rendre à l’évidence, il allait mal. Et c’était à cause de moi. Je lui faisais du mal alors que je l’aimais. Je n’étais plus heureuse mais lui non plus !

Je devais lui rendre sa liberté pour qu’on aille mieux tous les deux. Mais irait-on mieux séparément ? Je ne pourrai le savoir qu’en essayant. Pendant que je réfléchissais à cela, je ne m’étais même pas rendue compte qu’il avait rassemblé les quelques affaires de toilettes qui lui appartenaient ainsi que sa guitare. J’étais en train de le laisser partir. Il attendait certainement que je le retienne mais je n’en étais pas capable après ce constat horrible : nous ne pouvions plus continuer comme cela. Il fallait qu’il se passe quelque chose et ce quelque chose allait être une séparation. Je ne voyais pas d’autres issues pour le moment.

Il m’a jeté un dernier coup d’œil avant de passer la porte sûrement dans l’espoir que je dise enfin un mot mais rien n’est sorti de ma bouche. Je l’ai juste regardé en essayant de lui dire “pardon”. Je ne sais pas s’il l’a compris ou non car je ne l’ai pas revu. Au départ, parce que j’avais besoin de temps pour réfléchir. Plus tard, parce que ma réflexion m’avait amenée à décider qu’il fallait que je vois d’autres choses, que je découvre le monde sans lui . Encore plus tard, parce que trop de temps était passé, qu’on s’habitue à vivre sans l’autre surtout dans des périodes de la vie où d’autres choses arrivent comme le début d’un premier job... C’était trop tard. Il n’avait pas cherché non plus à me recontacter ; j’en déduisais donc qu’il était plus heureux sans moi. La vie avance, les choses changent, les gens changent.

Je sursaute tout à coup en entendant un bruit derrière moi : un papa joue au foot avec ses enfants un peu plus loin et je ne les avais pas entendu arriver. Mes pensées m’ont emmenée loin ! Ça fait un moment que je ne m’étais pas remémorée cette séparation. J’avais trop de regrets. Des regrets parce que ce n’est pas comme cela qu’on met un terme à une si belle histoire… Pas sur une dispute futile qui cache des choses plus profondes. On en parle. Sam et moi n’avons jamais discuté de cela. Pourtant, nous étions de vraies pipelettes quand tout allait bien et en quelques semaines, le dialogue s’est rompu … comme ça... sans prévenir. Je suis amère car j’avais toujours ce sentiment de culpabilité qui m’envahissait quand je repensais à Sam : si j’avais réussi à lui dire ce qui me troublait, aurions-nous peut-être trouvé des solutions ensemble ? Je ne le saurai jamais malheureusement. Évidemment, j’ai vécu d’autres histoires qui m’ont apportée beaucoup, qui m’ont construite mais jamais une telle complicité, jamais je n’ai retrouvé non plus ce trouble ressenti lors de notre première rencontre. Je me cache derrière le fameux « c’est normal, c’était un premier amour, c’est plus fort parce que c’est nouveau » et j’évite autant que possible d’y repenser.

Est-ce d’avoir vu ma petite sœur rayonnante hier qui me plonge dans cet état de nostalgie aujourd’hui ? Soudain, un trouble m’envahit : je viens de voir la date sur le magazine. Le 17 mars... Je le sais évidemment puisque Océane est née le 16 et que c’était son anniversaire hier. Mais je n’avais pas fait le lien. Le 17 mars est la date de mon premier baiser échangé avec Sam et comme par hasard, où avait-il eu lieu ? Sur ce banc où l’on aimait se retrouver. Il jouait de la guitare, je l’admirais ou je chantais avec lui (bien que mes talents artistiques soient plus que discutables). Nous avions même gravé nos initiales avec un cœur autour comme font les ados amoureux ! Je me souviens de ce premier baiser …

C’était pendant la pause déjeuner du lycée. Cela faisait quelques temps que Sam et moi cherchions le moindre prétexte pour passer du temps ensemble et la veille, je lui avais demandé de m’aider à trouver des paroles pour une chanson destinée à l’anniversaire de ma sœur que nous fêtions en famille le 18 ! Elle allait avoir quinze ans et je voulais marquer le coup ! Nous avions donc convenu de manger un sandwich au parc et de profiter des premiers rayons du soleil et c’est là que nous avions enfin échangé notre premier baiser... Durant les cinq ans de notre relation, nous nous retrouvions chaque année le 17 mars pour un pique-nique au parc pour marquer le coup. Le mois de mars étant capricieux, nous avions terminé deux fois notre repas dans la voiture, interrompus par une averse ! Malgré cela, jamais nous n’avions manqué ce jour ! Chaque année, nous nous offrions un petit cadeau pour l’occasion. Pas grand chose car nos moyens de lycéens et étudiants ne nous permettaient pas de folie mais un petit geste symbolique. Sam avait pris l’habitude de me composer une chanson. J’avais gardé la cassette de la première composition où indirectement, il me déclarait sa flamme. Évidemment, aujourd’hui, je n’avais plus de lecteur cassette mais je la connaissais par cœur de toute façon.

Troublée par cette curieuse coïncidence et plongée dans ma nostalgie, je me penche pour voir si je retrouve les inscriptions gravées dans le bois. Un nouveau bruit de pas me fait sursauter et me sort de mes pensées. Avant même que je ne lève la tête, j’entends :

- Tu ne trouveras pas... »

Oh mon Dieu ! Cette voix...

- Sam …

- Salut Klo... Ils ont entièrement poncé et repeint ce banc l’été dernier... »

Je reste interdite. Que fait-il ici ?

- Tu vas bien, reprend-il face à mon silence ?

- Je… Oui... Je vais bien ! Je ne m’attendais pas… Et toi ? Que fais-tu là ?

 
- Je me ballade un peu... Je profite des premières belles journées... répond-il, évasif. 

Il n’a pas changé. Enfin si, il a pris quelques années (cinq exactement) et son visage est plus mature. La chaleur de son regard n’en ressort que davantage. Mais il est toujours lui, celui qui juste par sa présence me fait ressentir cette douceur. Dès qu’il a ouvert la bouche, tout est revenu ; tout ce que j’essaie de faire taire en moi depuis si longtemps... Il faut que je dise quelque chose...Mon silence dure depuis trop longtemps .

- Je suis contente de te voir... Que deviens-tu ?

C’est nul et banal … La conversation que j’aurais pu avoir avec n’importe qui. Pourtant, Sam est tout sauf n’importe qui...Tout le contraire de ce que je ressens en ce moment pour changer !

- Plutôt bien. J’ai un bon boulot, je suis en bonne santé, et aujourd’hui, j’ai la chance de te voir... dit-il d’un air amusé. 

Il est content de me voir… Il ne me déteste peut-être pas finalement.

- Je suis contente pour toi ! je réponds bêtement mais sincèrement. 

Nous avons bavardé futilement une petite demi-heure de choses et d’autres : nos boulots, nos amis, notre vie ...bref, tous les points que l’on aborde avec n’importe quelle personne que l’on n’a pas vue depuis longtemps. Soudain, mon portable sonne : ma maman m’informe que je suis attendue pour le déjeuner. Je me lève donc pour rejoindre le nid familial sans trop savoir comment lui dire au revoir. J’ai une fois de plus ce goût d’inachevé. Je ne suis pas préparée à le voir aujourd’hui devant moi, alors, me disant que nous aurons l’occasion de rediscuter prochainement, je lui donne mon numéro de portable. Cela me laissera le temps de réfléchir.

- Appelle-moi à l’occasion si tu as envie qu’on ait un peu plus le temps pour discuter ! Ça m’a fait vraiment plaisir de te voir !

- OK, ça marche ! Dépêche-toi de rentrer, le repas va être froid ! répond-il en m’embrassant sur la joue. 

Mais cela sonne faux. Instinctivement, je mis ma main sur mon visage, là où il a déposé son chaste baiser.

- Allez, file ! reprend-il me voyant interdite.

- Oui, j’y vais ! Prends soin de toi et à bientôt j’espère !

Je me retourne en direction du chemin de la maison. Je fais deux pas quand :

- Klo ! Attends… Tiens, écoute ça quand tu as cinq minutes !

Il me tend un boîtier contenant un CD. Cela doit être les dernières compositions de son groupe !

- OK, j’écouterai et si tu m’appelles, je te dirais même ce que j’en pense ! Allez, j’y vais cette fois.

Je pars dans la direction opposée en me dépêchant car mes parents vont vraiment s’impatienter. Sur le court trajet, je ne peux penser qu’à cette rencontre imprévue, à cette drôle de coïncidence. Le revoir me chamboule. Je n’ai rien oublié et je savais depuis longtemps qu’il garderait toujours une place privilégiée dans mon cœur mais le trouble que je ressens maintenant me rappelle le frisson de ma rencontre avec lui, le soir de ce fameux festival ! Sa voix si chaleureuse... tout est revenu comme un boomerang.

Sans m’en rendre compte, j’arrive devant la maison. Mes parents m’attendent effectivement pour passer à table. J’essaye de m’intéresser à la conversation mais en réalité, je n’ai qu’une hâte, sortir de table, m’enfermer dans ma chambre et écouter la douce voix de Sam. En moins d’une demi-heure, le dessert est avalé. Je prétexte être fatiguée et vouloir faire une petite sieste avant de prendre la route pour rentrer chez moi pour pouvoir m’éclipser plus vite.

Enfin seule, je prend le CD et le mets dans le lecteur. Tiens, il n’y a qu’une seule piste, bizarre ! Je m’affale sur mon lit et m’enroule dans la couette rassurante. La guitare folk commence à retentir. Ce n’est donc pas son groupe mais uniquement Sam qui a composé cette chanson. Dans un premier temps, je n’entends que la voix de Sam. Comme la première fois, je suis saisie par un trouble étrange et me laisse bercer par la douce mélodie. Après les quatre minutes que dure la chanson, je suis dans un drôle d’état : à la fois apaisée par sa voix si captivante et en même temps déchirée. Je n’ai qu’une seule envie être dans ses bras, sentir son odeur, l’entendre me fredonner cette chanson à l’oreille en me berçant. Je le veux. Je veux être avec lui.

C’est une évidence. Comment ai-je pu vivre sans lui si longtemps ? J’ai beau m’être voilée la face pendant toutes ces années, jamais je n’ai rien ressenti de tel avec quelqu’un d’autre. Les larmes coulent sur mes joues sans que je ne pleure réellement. Il y a à peine une heure, j’étais avec lui et je n’ai rien fait, rien dit … Et en plus, l’imbécile que je suis n’a même pas pris son numéro. Je lui ai juste donné le mien. Et s’il ne s’en servait jamais ?

J’appuie sur lecture instinctivement. Cette fois,je me concentre sur le texte. C’est en anglais et malheureusement, je suis loin d’être bilingue mais les quelques bases de mon niveau scolaire me permettent de comprendre certains mots, certaines phrases notamment dans le refrain. Cela dit grosso modo : « Je n’ai rien oublié... Je n’étais pas là par hasard... Rejoins- moi »

Je remets la chanson une troisième fois pour mieux saisir le sens. Et là, je comprends enfin . Je me lève en trombe et pars en courant comme une folle sans laisser le temps à mes parents de me demander où je vais. Sur le trajet, qui cette fois me paraît interminable, je ressasse les paroles . Elles disent qu’il vient chaque année le 17 mars sur ce banc… Qu’il espère qu’un jour, j’aurais la même idée que lui... Qu’il ne m’a jamais oubliée... Plus loin dans la chanson, il explique qu’il me laisse le temps, le temps de me construire sans lui mais qu’il n’espère qu’une chose, c’est que mon chemin me mènera à lui… qu’il a besoin de moi...

Je cours, comprenant enfin qu’il m’a laissée partir pour que je puisse me construire seule, sortir du carcan imposé par ma famille, laisser derrière moi les clivages liés à nos différences de milieu. Il m’a laissé le temps… Il m’a attendue… Les larmes coulent sur mes joues tout le long de ce trajet interminable… Pourvu qu’il soit encore là, pourvu qu’il m’ait attendu quelques minutes de plus… J’entre enfin dans le parc, le traverse le plus vite possible. Moi qui ne cours jamais, je ne suis même pas essoufflée, portée par une sorte de force intérieure inexpliquée… Je prends le dernier virage, je vais enfin savoir s’il m’a attendue…

Je m’arrête quelques secondes pour retarder un peu l’échéance. Il me faut encore passer ce dernier buisson pour savoir… Je prends une grande inspiration, mon cœur bat la chamade mais je suis prête, prête à lui donner autant que ce qu’il m’a donné, prête à l’aimer plus fort encore...

Enfin, je fais les quelques pas nécessaires les yeux fermés. Je sais que dès que je les ouvrirai, la vérité éclatera … Je vais compter jusqu’à trois pour me donner du courage... Un... pourvu qu’il soit là… Deux...Mais s’il n’est plus là, comment vais-je faire sans lui maintenant que je sais ? Trois... J’ouvre les yeux. Le banc est vide. Mais à quoi je m’attendais ? Avais-je réellement cru qu’il allait passer deux heures à m’attendre après toutes ces années ? Je me sens vide.

Soudain, la fatigue de ma folle course me rattrape. Mes jambes flageolent. Je m’accroche au banc pour m’asseoir et pleurer. J’ai encore une fois tout fait à l’envers. Pourquoi n’ai-je pas pris son numéro ce matin ? Après quelques minutes, je sors enfin de ma bulle et j’ouvre les yeux. Mon regard balaie le banc. Des inscriptions gravées un peu partout... des couples qui vivent sûrement ce que l’on a vécu il y a dix ans .. Je voudrais pouvoir leur dire de faire attention... de ne pas tout gâcher comme je l’ai fait.

Sam m’a dit ce matin que la notre n’était plus là depuis cet été. C’est un signe, signe que j’ai laissé passer trop de temps .Je tourne machinalement les yeux vers l’endroit où elle aurait dû se trouver et je la découvre… Ou plutôt, je découvre la même K + S dans un cœur mais toute fraîche… Il l’a gravée après mon départ. Voilà que mon cœur se remet à battre la chamade. Un bruit d’eau arrive jusqu’à mes oreilles. Je tourne la tête vers la petite mare. Il est là... assis dans l’herbe au bord de l’eau faisant de ricochets. Instinctivement, je me lève, m’approche et m’entends dire :

- Moi non plus je n’ai rien oublié... 

Il se retourne brusquement. Ses yeux se posent sur les miens. Il se lève, s’approche de moi lentement et s’arrête deux pas devant moi . Nous nous regardons. Il ne bouge pas et je comprends qu’il attend enfin un signe de ma part. Je fais un pas timide pour me rapprocher complètement de lui. Nos deux corps se touchent presque et je lève la tête vers lui. Il lève la main et essuie les larmes qui n’ont pas cessées de couler. Le contact de sa main sur ma peau est tellement apaisant. Comment ai-je pu m’en passer si longtemps ? Je ne veux plus perdre une seule minute de ma vie sans lui ! Alors, je prends sa main, la pose sur mon cœur et j’approche mes lèvres des siennes. Je les effleure timidement. Je sens sa main se crisper sur moi à mon contact. Il inspire bruyamment comme pour mieux me sentir et là, il me plaque contre lui et m’embrasse profondément comme s’il voulait m’aspirer, comme si c’était la dernière fois qu’il pouvait le faire. Quand enfin il semble trouver un apaisement, il s’écarte de moi et me chuchote : 

- Tu n’imagines pas combien de fois j’ai rêvé ce moment… Chaque année, j’arrivais ici, ma chanson sous le bras, rêvant de te trouver là . Et ce matin, tu étais là, enfin... après toutes ces années... 

Il m’entraîne vers le banc où nous nous asseyons . Je ne peux plus parler, j’arrive juste à le regarder, à le sentir, à broyer sa main dans la mienne pour être sure que tout cela est bien réel .

Le magazine est encore là, ouvert à la même page : « Croyez-vous au destin ? » ! C’est encore plus clair maintenant : oui, j’y crois, oui, oui, oui ! Qui sinon m’a conduite à ce festival dix ans plus tôt ? Et qui m’a, ce matin encore, guidée jusqu’à ce banc ?

FIN

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