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mardi 9 septembre 2014

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Deuxième nouvelle : My sexy neighbor, de Fannie Lardet

Irina

Ce matin, alors que je suis en plein rêve érotique je sens une langue me lécher doucement le coup puis remonter sur mes joues, la sensation aurait pu être agréable mais cette langue est vraiment grande et baveuse, c’est là que je me réveille.

- Oh Hulk c’est dégoutant !

Là vous vous demandez surement quel est cet homme à qui je donne ce petit nom plutôt prétentieux ?! Je vais vous décevoir, Hulk n’est autre que mon chien. Un beau bouvier bernois de 60 kg, ça fait maintenant cinq ans que je l’ai adopté et que nous vivons dans mon nouveau chez moi : Nice.

Au décès de mes parents il y a 5 ans j’ai hérité en plus de notre maison familiale à Nantes, de ce joli petit appartement que j’ai rénové moi-même dans un style très contemporain. J’ai un grand salon ouvert sur la cuisine et le bar qui me sert de table à manger, dans des tons blanc cassé et beige. Avec mon grand canapé marron et mon tapis rouge à poil long, je me sens chez moi.

Ce petit bijou se situe juste au-dessus d’un bar dansant très branché : le Burn, où je travaille en tant que responsable et serveuse. A l’époque j’avais besoin de changement et avec la perte de mes parents, je ne me voyais pas vivre dans notre grande maison, seule qui plus est car je suis fille unique. J’ai alors épluché les annonces d’emploi avant de tomber sur cette offre en or et j’ai bien vite déménagé. Pour combler le vide de ma famille j’ai donc adopté Hulk à la SPA. D’abord craintif car il avait été violenté par son ancien propriétaire, il est devenu au fil des années complétement à l’aise et démonstratif avec moi.

Je me lève, encore dans le coltard et Hulk sautille joyeusement autour de moi. Je lui sers ses croquettes et il se jette dessus. Je file sous la douche pour me réveiller et enlever la bave dégoutante de mon visage. Je me rappelle en entendant des bruits sourds de meubles que l’on déplace que c’est aujourd’hui que mon nouveau voisin ou voisine doit emménager. J’irai probablement me présenter avant de prendre mon service à 18h j’espère qu’il sera plus sympa que Mr Harold. Mr Harold, mon précédent voisin est un petit vieux de 75 ans, antipathique et insupportable. J’ai été vraiment heureuse lorsqu’il m’a annoncé partir vivre chez son fils. Bon débarras.

La journée passe très vite entre le ménage, les courses et la promenade du chien j’arrive tout juste chez moi avant 18h, je passe en vitesse mon uniforme, short en jeans et débardeur noir avec le logo du Burn inscrit en rouge, j’y ajoute mes chaussures fétiches : mes Doc Martens fleuries et je me regarde rapidement dans le miroir sur pied histoire de vérifier ma tenue. Je suis brune avec de grands yeux verts et un corps plutôt bien proportionné grâce à mes joggings quotidiens. En fermant la porte de chez moi j’avise celle de mon voisin de gauche puis regarde ma montre, 18h10. Bon bah ce sera pour une prochaine fois, je suis à la bourre. J’arrive devant le Burn et c’est sans surprise que je trouve Will, le barman qui m’attend ! Je l’embrasse rapidement et ouvre le bar. Will est un beau blond de 22 ans, les yeux bleus et un physique de surfeur. Depuis deux années qu’il travaille au Burn notre clientèle féminine a explosé. Elles viennent toutes pour voir ce Don Juan qui est devenu peu à peu mon meilleur ami.

- On va parler de ton retard ou… ?

- Absolument pas, lui répondis-je avec le sourire. Ça va ? T’as passé une bonne journée ?

- Oui la petite rousse d’hier était vraiment délicieuse. Ça m’a requinqué !

Pendant que Will installe les tables et que je coupe les citrons et la menthe il me raconte sa nuit débridée et la manière dont il a réussi à se débarrasser de sa rousse ce matin. Après avoir entendu son histoire je m’étrangle.

- Attends tu lui as dit quoi ?

- Bah que finalement je préférais les brunes. Mais je l’ai remerciée de s’être dévouée pour que je puisse comparer. Je suis un gars poli moi ma mère m’a enseigné les bonnes manières.

- Mon dieu Will t’es vraiment infâme.

Alors que des groupes de clients s’installent dans la salle, j’allume la musique avant de terminer ma discussion avec Will.

- Ouais c’est un peu ce qu’elle m’a répondu aussi avec une bonne claque en prime mais au moins, après, j’étais tranquille. Quoi ? Ne me regarde pas comme ça Irina, alors que je lui faisais les gros yeux. Pourquoi je m’embarrasserais à être délicat et gentil alors qu’il me suffit de claquer des doigts pour avoir une nouvelle nana dans mon lit ?

Je reste bouche bée après cette question, je ne sais même pas quoi lui répondre mais ma solidarité féminine prend vite le dessus.

- Pour ne pas être un con fini pour commencer ! M’énervais-je, tu traites les femmes comme de la merde Will.

Je commence à faire le tour du bar en me dirigeant vers les tables les plus proches quand Will me crie par-dessus la musique avec un air moqueur.

- Toi la petite sainte il est urgent que tu tires un coup. Tu deviens cynique.

Je le fusille du regard alors que le rouge me monte aux joues. Je regarde autour de moi et je suis soulagée, car à première vue personne n’a entendu sa remarque. Je me tourne vers lui et lui fais un doigt d’honneur. Oui, je sais ce que vous vous dites : pas très classe hein. Mais à ce moment-là c’est tout ce qui me vient. Personne n’est parfait, je suis juste un peu soupe au lait.

- Je suis volontaire moi, j’adore l’idée de dévergonder une petite sainte.

Je me retourne vivement pour voir à qui appartient cette voix. C’est un homme que je n’avais encore jamais vu au bar car si ça avait été le cas je m’en serais souvenue. Grand d’au moins une tête de plus que moi ce qui est plutôt rare étant donné mon mètre soixante-quinze. Il est accoudé au bar et me regarde avec un petit sourire en coin qui s’agrandit lorsque je rougis encore plus. J’en oublie ma répartie quand je vois ces beaux yeux aussi noirs que ses cheveux. Je continue honteusement mon inspection en passant sur ses épaules musclées et sur ses pectoraux qui tendent son tee-shirt noir. Je descends jusqu’à voir le renflement en haut de son jean et je passe ma langue sur mes lèvres. Miamm ! Quand je me rends compte du tableau que ça doit être : moi en train de l’observer, sans gêne, sous toutes les coutures, je relève brusquement la tête pour voir qu’il ne sourit plus. Ses traits semblent tendus par le désir à moins que je ne me trompe. Il faut vite que je me reprenne.

- Qu’est-ce que je vous sers ? Lançai-je d’une petite voix.

Le mystérieux inconnu semble aussi reprendre ses esprits et avec lui son petit sourire arrogant.

- Une bière s’il te plait.

- Blonde ? Brune ?

Il regarde un moment mes longues boucles noirs puis me répond avec son sourire en coin :

- Brune. Elles ont toujours plus de gout.

Je pars comme une flèche, troublée et émoustillée par ce sous-entendu, prendre les autres commandes et reviens vers Will pour lui transmettre les différents cocktails. L’inconnu s’est assis au comptoir du bar et m’observe tirer sa bière. Je le sers et l’encaisse rapidement et ne peux m’empêcher de lui poser la question qui me brule les lèvres.

- Vous êtes de passage ?

- Non, mais je viens d’emménager juste au-dessus. D’ailleurs j’ai vu qu’il n’y avait que deux appartements vous savez si mes voisins sont cool ? Car je suis plutôt… du genre bruyant.

Je dois avoir l’air complétement idiote car je le regarde avec la bouche ouverte sur un « Oh ». Ce mec devant moi, cette bombe est mon nouveau voisin ? Eh bien voilà qui va radicalement me changer de ce bon vieux Mr Harold. Je souris à la pensée de Mr Harold. Je m’efforce de me reprendre et lui réponds franchement.

- Bienvenue alors ! Oui je connais bien vos voisins dis-je avec humour en lui tendant la main. Irina, c’est moi votre voisine. Et pour ce qui est du bruit, je suppose que si c’est trop je n’hésiterai pas à venir vous dire de baisser le son.

Il eut l’air surpris mais me fit un grand sourire et effleura ma main plus qu’il ne la serra.

- Chris ! Attention Irina, je serais tenté de mettre la musique à fond pour te voir.

Je lâche sa main sous le choc des mots qu’il vient de prononcer et coupe court à la conversation par un simple :

- Bonne soirée.

Je fais tout pour être bien occupée durant le reste de la soirée, même si je ne peux m’empêcher de garder mon nouveau voisin à l’œil. Plus tard, je crois le voir quitter le bar en compagnie d’une jolie blonde et éprouve une pointe de jalousie. Qu’est-ce que tu croyais ? Qu’il allait te faire la cour toute la soirée ? Idiote. Lorsque l’heure de la fermeture approche et que tous les clients sont partis, je ferme le bar avec Will et rentre chez moi les jambes lourdes d’avoir piétiné toute la soirée. Comme souvent je préfère faire mon jogging après mon service vers 1h du matin. L’obscurité pourrait m’effrayer mais ça n’a jamais été le cas. La nuit m’apaise, tout est calme, silencieux et avec Hulk je tire mon chapeau à celui qui oserait m’attaquer.

En rentrant je me fais couler un bon bain chaud, j’y ajoute du sel de bain et du bain moussant Tagada, j’adore cette odeur. Je me glisse dans mon bain délicieusement bouillant et relâche mes muscles. Je suis entre conscience et inconscience lorsque des gémissements attirent mon attention. Je regarde le mur en face de moi et affiche un air choqué. Bon sang, ce doit être la petite blonde de tout à l’heure avec Chris, je ne suis pas experte mais aucune femme ne crie comme ça ! Enfin sauf les stars du porno bien sûr. Le comique de la situation s’impose à moi et je suis prise d’un long fou rire bruyant. Quand il m’a dit qu’il était bruyant je ne pensais pas à ce genre de bruit. Je me suis de toute évidence trompée. Et pendant que les cris de la jeune femme redoublent d’intensité je ne peux m’empêcher de rire de plus belle. Hulk pousse la porte de la salle de bain, sans doute intrigué par mon éclat de rire et écoute, aux aguets. Lorsque la blonde « jouit » ou fait semblant à mon avis, on dirait qu’on égorge un cochon et Hulk se met à aboyer contre le mur. Je pleure de rire et renvoie le chien dans le salon pendant que je sors de mon bain. Dans mon petit short en coton et ma brassière rose, je me réfugie sur le canapé devant la série "How I meet your mother" avant de m’endormir, exténuée.

Le lendemain je suis réveillée par des coups frappés à ma porte, je regarde l’heure sur l’horloge de la cuisine : 10h. Ce doit être Ines. Je me lève toujours en pyjama et ouvre la porte. Comme à son habitude elle débarque chez moi comme une tornade. Alors que je me dirige vers la cafetière elle a le temps de nourrir Hulk et de ranger le salon. Lorsqu’elle se tourne vers moi je bois ma première gorgée de café.

- Ah ça y est, t’as vu cette fois j’ai attendu que tu aies bu ton café pour parler ! Comment ça va ? Ca été hier au boulot ? En fait je le sais déjà, j’ai eu Will au téléphone et il m’a raconté que tu avais fait une rencontre au bar. Un homme ! Raconte-moi tout et vite ! Est-ce qu’il est canon ? Will n’a pas été capable de me donner des détails à part : grand et brun. Quel nul.

J’ai le tournis. Non seulement elle parle vite mais vous avez vu la longueur de ses phrases ? Je décide de l’embêter un peu.

- Bien, bien, en quelque sorte et complètement.

- Irina Manon Fontaine ! Tu vas faire l’effort de développer pour ta meilleure amie ou je te botte les fesses. Allez !

Je souffle longuement avant de me lancer car je sais qu’elle n’abandonnera pas.

- Je passe directement au sujet qui t’intéresse. Je la vois jubiler le menton caler contre ses mains, plus attentive que jamais. Je lui raconte tout, de notre bref conversation au bar à l’épisode de la baignoire hier soir. Quand je termine nous sommes toutes les deux en train de rire aux éclats.

- Bon sang Irina il faut que je le voie, tu crois qu’il repassera au bar ?

- J’en sais rien moi ! Et toi raconte toujours avec Léa ?

Ines travaille au bar avec moi depuis mon arrivée ici et nous avons lié une amitié solide. Elle est petite comparée à moi avec son mètre soixante, blonde avec ses cheveux courts qui mettent en valeur la finesse de son visage. Depuis que je la connais, elle est bi, elle navigue entre les deux selon ses coups de cœur mais jusqu’ici ça n’a jamais duré.

- Non c’est fini, elle s’est lassée de moi je suppose.

- Oh ma biche ne t’inquiète pas. Une de perdue dix de retrouvées.

- Ouais… Allez file te laver et t’habiller on va faire du shopping avant le service.

La journée passe à toute vitesse et après avoir déposé tous les sacs chez moi on entreprend de se mettre en uniforme. Cette fois en plus de mon short et mon débardeur de rigueur, je décide d’y ajouter un beau sautoir et des talons compensés qui mettent mes longues jambes en valeur. Ines me regarde avec un grand sourire avant de me lancer d’un air de conspiratrice :

- Canon ! On dirait qu’il y en a une qui est pressée de revoir Chris ! me dit-elle en insistant bien longuement sur « i » de Chris avec sa voix de téléphone rose.

- Oh c’est bon tais-toi on y va, en plus c’est vendredi il va y avoir du monde.

- C’est ça fais l’autruche dit-elle en rigolant.

C’est dans le couloir bras dessus bras dessous que l’on croise Chris avec un gros sac de courses dans chaque main. Ines lance un : - Beau gosse. Je lui donne un coup de coude tandis qu’il lève la tête et nous voit. Son regard se pose rapidement sur mon amie puis sur moi. Je frissonne et il le voit car il sourit avant de me détailler des pieds à la tête. Quand je recroise son regard ses yeux sont encore plus noir. En arrivant près de lui, je le salue rapidement et m’enfuie en prétextant qu’on est en retard.

- Pourquoi t’as fait ça Irina ? Il te dévorait du regard. J’en connais une qui va bientôt passer à la casserole.

- Justement ! C’est le genre de mec à ramener une fille différente tous les soirs j’en suis sûre. Et je n’ai pas besoin d’un type comme ça dans ma vie.

Ines ne répondit rien à cela et très vite le bar fut bondé. La soirée passa vite sans nous laisser une minute de pause jusqu’à ce que l’heure de la fermeture arrive.

- Tu passes boire un verre à l’appartement ma belle ?

- Demande à un aveugle s’il veut voir ! Dit-elle en rigolant. J’ai mal partout.

- Allez, viens mamie on y va.

Deux heures plus tard et autant de bouteilles de vin rouge je lui fais « chut » du doigt et lui dit d’écouter. Hulk se met à aboyer comme un fou en entendant les cris d’extase de mon cher voisin et de la petite blonde de l’autre côté du mur. Ines explose de rire et je la suis. Mais ses cris sont bien vite suivis par d’autres biens plus agressifs de la part de la jeune femme. Même si on ne comprend pas leur conversation on entend ensuite une porte claquer puis c’est le calme plat.

- Saperlipopette ça chauffe on dirait. Au moins avec cette engueulade tu peux être sûre que le champ est libre maintenant. Pourquoi elle partirait en pleine partie de jambes en l’air ? Tu crois qu’il lui a claqué le popotin sans permission ? Ou qu’il a fini trop vite ?

Après quelques fous rires supplémentaires Ines rentre chez elle et je vais au lit de bonne humeur.

Le lendemain, je suis réveillée par des coups frappés à ma porte d’entrée. Encore ? Ines doit avoir des choses croustillantes à me raconter. Je me lève les cheveux en un chignon ébouriffé, j’ai au moins changé de pyjama : j’ai un petit shorty en coton noir avec les bords en dentelle et une brassière noire et dentelle assortie. Je vais ouvrir la porte d’entrée sans regarder et vais me servir un café d’un pas traînant, pas encore bien réveillée.

- Deux matins de suite ma biche qu’est-ce qui t’arrive ?

Un silence inhabituel me répond puis j’entends un bruit sourd. Je me retourne brusquement pour voir Hulk les deux pattes avant sur les épaules de Chris en train de lui lécher la joue. Le fou rire me prend quand Chris me demande un peu affolé.

- Tu pourrais m’aider avec ça ? Dit-il en désignant Hulk. Putain il a de la force ce clébard.

C’est tellement comique de voir mon voisin grand et musclé capituler devant mon chien que je ris de plus belle.

- Hulk ça suffit, au panier ! Dis-je entre deux éclats de rire.

Le chien file au panier d’un air satisfait en se léchant les babines.

- Merci. C’est pas que j’ai peur hein, mais il est plutôt impressionnant, Hulk hein ?

- Bah il porte bien son nom.

En me disant ça il m’observe et se tait en me fixant puis en avançant vers moi avec un air dangereusement sexuel. Lorsque je me rends compte de ma tenue je lâche un :

- Oh putain !

Puis fais mine d’aller dans le salon chercher un peignoir mais Chris est sur mon chemin. Et comme il avance vers moi de deux pas je recule d’autant et me retrouve prise au piège contre la cuisinière. J’ai soudain très chaud, il me fixe en me détaillant avant de se fixer sur ma cicatrice. Une grosse cicatrice rose et boursouflé qui court du haut de mon nombril au-dessous de mon sein droit. Il lève la tête et me regarde dans les yeux comme pour y chercher les réponses aux questions qu’il doit sûrement se poser.

Ce qu’il ne sait pas c’est que cette cicatrice est mon plus gros complexe car en plus d’être hideuse, elle me rappelle sans cesse l’accident et la mort de mes parents.

- Je vais aller me couvrir si tu veux bien me laisser passer s’il te plaît.

Mais il ne bouge pas jusqu’à ce qu’il voit mon malaise et là quelque chose change dans son regard, je crois y lire de l’inquiétude ? Je dois me tromper mais il s’écarte. Je m’empresse de filer au salon et d’enfiler mon peignoir rose pilou ce qui le fait sourire.

- Désolé je croyais que c’était une amie, tu voulais quelque chose ?

- C’est ce que j’ai cru comprendre. En fait, je passais car ton chien aboie le soir et ça me…

- Ça te… déconcentre ? Dis-je en souriant.

Il me regarde surpris puis semble gêné en me demandant.

- Tu m’as entendu ?

- Toi non mais ta copine est, comment dire… disons qu’elle s’exprime de manière assez bruyante et agaçante. Je pense que Hulk croit qu’on agresse quelqu’un, c’est pour ça qu’il aboie.

Je m’attendais à tout sauf à le voir exploser de rire à s’en tenir les côtes.

- Ok t’es du genre direct comme nana hein ?

- Bingo nous avons un gagnant !

- Et Cindy n’est pas ma copine c’était juste une fille comme ça.

- Je vois. Je parie que t’es le genre de type à coucher à tout bout de champs sans s’embarrasser de sentiments. Ça t’est déjà arrivé de passer une soirée avec une femme sans coucher ?

- Pour quoi faire ? C’est ce que je veux et elles aussi alors je vois pas où est le hic.

- Ouais. Bref. C’est pas mes oignons, je suis sûre que tu serais pas capable de t’y tenir en plus. Maintenant je vais aller profiter de ma journée de congé et prendre un bon bain si tu permets.

- Tu paries ? Viens dîner chez moi ce soir, vu que tu es de congé. Et je te prouverai que je ne suis pas l’animal avide de sexe pour qui tu sembles me prendre, dit-il en souriant.

- Quoi ? Non je ne vais pas chez toi.

- Pourquoi ? Oh je vois, tu as peur de ne pas pouvoir résister à mon charme c’est ça ?

Oui c’est exactement ça ! Je vois bien tes bras musclé me soulever pour me… Stop ! Ce mec un vrai danger. Dis non !

- Absolument pas. Aller trouve quelque chose, trouve une excuse. C’est que j’ai Hulk… Ouais bon c’est pas terrible mais c’est mieux que de lui avouer la vérité.

- On peut faire ça chez toi alors pas de problème, je m’occupe du plat et toi du dessert ?

- Euh…

- Super on dit 20h alors à tout à l’heure ma petite sainte.

Sur ce, il part et ferme derrière lui. Mais comment me suis-je mis dans une situation pareille ? Rien qu’à l’idée de passer la soirée chez moi avec lui, une vague de chaleur monte en moi pour se concentrer dans mon bas ventre. Oh bon sang je suis fichue ! Il faut que je trouve une occupation qui n’implique pas trop de contact. Un film ! Oui, parfait on va regarder un film.

Je décide de la jouer cool sans rien changer à ma façon d’être. Je fais ce que j’avais prévu pour aujourd’hui c’est-à-dire bouquiner en écoutant de la musique, un peu de ménage avec le dernier Pharrell Williams à fond puis je m’attelle au dessert, un bon clafoutis aux cerises. Après la promenade d’Hulk, il est déjà 19h, je vais donc me changer. J’opte pour un jean slim noir et un top bordeaux assez simple à manche courte et j’accompagne ma tenue de mes magnifiques et confortables chaussons avec deux grosses têtes de chiens au bout. Classe hein ? C’est Will qui m’a offert ses chaussons pour Noël et depuis je ne les quitte plus.

Des coups sont frappés à ma porte. Je respire un bon coup et je vais ouvrir à Chris en espérant finir cette soirée indemne.

Chris

J’ai un sentiment bizarre, comme quand j’étais à l’école et que la maîtresse venait récupérer mon devoir. Je suis sur le point d’être jugé et pourtant j’ai hâte. Je suis devant chez Irina avec mon plat dans une main et une rose blanche dans l’autre lorsqu’elle vient m’ouvrir tout sourire.

- Salut, entre.

- C’est sûr ? Ta bête ne va pas me manger tout cru ? Dis-je pour détendre l’atmosphère.

- Euh non je crois qu’il a mangé ce matin ça devrait aller.

Elle a l’air très sérieuse et je commence à flipper un peu. Ma tête fait l’aller-retour entre le monstre qui m’observe langue pendante et Irina qui est prise d’un fou rire.

- Si tu voyais ta tête c’est trop marrant.

- Je vois pas ce qu’il y a de drôle !

- T’inquiète pas y a pas plus gentil que Hulk. Il ne te fera rien, je te protégerai promis dit-elle en rigolant de plus belle.

Je ne sais pas si je dois être vexé ou amusé donc je décide de changer de conversation. J’entre chez elle et lui demande où je peux poser mon plat. Elle me guide vers le bar de sa cuisine et je remarque qu’elle a tout préparé. Le couvert est mis avec une jolie décoration et une petite bougie d’ambiance. Ça me plaît qu’elle ait pensé à moi en préparant cela. Je me tourne vers elle après avoir déposé mon plat au centre de la table et lui donne ma rose. Elle rougit et je vois qu’elle apprécie. J’ai toujours la même impression quand je la regarde, je la trouve belle avec ses grand yeux vert pétillants de joie et sa bouche charnue que j’aimerais embrasser. Je la détaille en appréciant ses formes et je l’imagine déjà nue à me supplier de la prendre. Chaque chose en son temps me dis-je. Jusqu’à ce que je tombe sur ses pied et là c’est l’hilarité qui prend le dessus.

- Sympa les chaussons ! Me moquai-je.

Pour toute réponse elle me tire la langue. Cette fille me plaît ! On s’installe à table et j’attends avec inquiétude qu’elle commente mon poulet basquaise. Cela fait peu de temps que je me suis mis à la cuisine alors j’ai choisi une valeur sûre. Je vois qu’elle finit sa première bouchée et je suis suspendu à ses lèvres.

- Miamm ! C’est super bon c’est toi qui as cuisiné ?

Yessss ! Elle aime ! Je suis le meilleur ! Laissez passer l’artiste s’il vous plaît j’ai pas galéré toute la journée pour rien !

- Oui mais c’est pas grand-chose. Quoi ? Je la joue modeste et alors ?

Le repas se passe vraiment bien, j’avais craint qu’on n’ait pas grand choses à se raconter mais finalement elle me parle de son arrivée à Nice, de ses amis : Ines la petite blonde que j’ai croisé dans le couloir l’autre jour et Will le barman du Burn. Je joue le jeu et lui parle un peu de moi de mon ancien travail : militaire. Elle paraît étonnée mais n’insiste pas quand elle voit que je ne veux pas en parler. Je parle ensuite de mes parents et mes deux sœurs. Quand je lui parle de ma famille je vois ses yeux briller et je me jette à l’eau en lui renvoyant la question.

- Je suis fille unique, mes parents étaient vraiment géniaux. Voyant que je hausse un sourcil elle poursuit :

- Ils sont décédés dans un accident de voiture il y a cinq ans.

Super, appelez-moi boulet !

- Oh je suis désolé, ça n’a pas dû être évident.

- Oui c’est sûr.

- Et cette cicatrice ? Quoi ? Temps qu’à paraître curieux autant y aller franco. Elle parait hésiter à m’en parler mais me répond quand même et je ne sais pas pourquoi j’ai un pincement au cœur.

- Un accident de voiture.

- Je vois. Un rapport avec l’accident de tes parents ?

- Oui.

Une réponse simple, honnête mais je sens qu’elle ne veut ou ne peut pas m’en dire plus donc je n’insiste pas. Nous poursuivons le repas et elle me demande de la resservir. Ça fait plaisir de voir une fille avec de l’appétit, c’est rare, cela change des autres. Mais cela fait quelques jours déjà que j’ai compris que cette fille était différente.

- On prend le dessert devant le film ?

- Carrément. Tu veux qu’on regarde quoi ?

- Je sais pas t’as qu’à regarder sur l’étagère et choisir un Blu-ray pendant que je prépare les assiettes.

Je me dirige vers l’étagère et reste médusé par le choix des films. Non mais sérieux entre l’intégrale de Twilight, l’Age de glace et toute les saisons de Grey’s anatomy j’avoue que je suis un peu perdu. Finalement c’est Irina qui choisit et nous regardons l’Age de glace. Si j’étais sceptique au départ, au bout d’une demi-heure et deux parts de ce clafoutis succulent je m’aperçois que je passe une super soirée. Je ne regarde pas vraiment le film, mais plutôt Irina qui est absorbée par l’histoire. Son rire est communicatif et je me sens bien, ici, avec elle.

Je passe discrètement le bras sur ses épaules et cale son dos contre mon torse. Je la sens moins concentrée et je lui caresse doucement le bras de bas en haut, elle a la chair de poule. Ça me plaît, elle est réceptive. Je sens que je commence à être à l’étroit dans mon jean et à ce moment elle me regarde. Avec ses yeux brillants de désir. Je lève ma main libre pour lui caresser la joue. Je passe mon pouce sur ses lèvres qu’elle entre-ouvre légèrement pour mordre puis lécher rapidement mon pouce. Oh putain ! Je m’imagine très nettement cette magnifique bouche autour de ma queue ! Doucement mec.

Je m’approche lentement de son visage en la regardant dans les yeux et je fais ce que j’ai eu envie de faire depuis que j’ai posé mon regard sur elle. Je l’embrasse, d’abord délicatement en effleurant ses lèvres puis je prends de l’assurance et les lèche par à-coups, jusqu’à ce qu’elle vienne jouer avec ma langue. Je ne me suis jamais senti aussi comprimé dans mon caleçon.

Je l’allonge doucement sur le canapé avant de me reprendre. Je romps notre baiser et je la regarde en souriant. Elle a le feu aux joues et semble avoir du mal à refaire surface.

- Pourquoi tu arrêtes de m’embrasser ?

- Même si j’en ai très envie, je ne voudrais pas perdre mon pari.

- Le pari, c’est de ne pas baiser le premier soir mais tu peux m’embrasser.

- Le truc c’est que si je continue à t’embrasser je vais te baiser ici et maintenant.

Elle reste sans voix et je lis l’envie dans ses yeux. Je baisse le regard et je vois ses tétons pointer sous son soutien-gorge fin, je baisse la tête, pince délicatement un de ses tétons entre mes dents. Elle gémit avant de se tordre le coup pour regarder je ne sais où avant de me fixer un grand sourire aux lèvres.

- Il est plus de minuit donc techniquement tu as gagné ton pari.

Avec ses joues roses et son air coquin, je ne résiste pas.

- Oh. Alors dans ce cas princesse indique-moi ta chambre. Lui dis-je avant de la prendre dans mes bras en l’embrassant.

Elle ne pèse rien pour moi et son corps chaud m’excite plus que jamais. Nous nous retrouvons rapidement dans sa chambre. Je ferme la porte d’un coup de pied et la pose sur son lit avant d’enlever mon tee-shirt puis mon jean et mes chaussettes. Je me retrouve en caleçon moulant devant elle et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle semble apprécier. Je viens en rampant au-dessus d’elle sur le lit mais elle me fait un croche-patte et je me retrouve sur le dos et elle assise à califourchon sur mes hanches. En continuant à me regarder elle enlève son top puis son soutien-gorge. Elle est magnifique.

- Parfaite !

Elle me sourit et je m’assois sur le lit pour la serrer contre moi. Peau contre peau c’est juste le nirvana mais il faut que je sois en elle vite sinon je vais péter un câble.

- Couche-toi et laisse-moi faire ma belle.

Elle ne bouge pas mais je suis trop excité pour être patient. Je la bascule sur le dos et je commence à lui défaire son jean. Dans un même mouvement, je me débarrasse de son jean et de son string noir en dentelle. Je la regarde dans les yeux puis baisse mon regard sur tout son corps en m’arrêtant sur sa chatte.

- C’est ça que tu regardes ? En disant ça elle écarte largement les cuisses et je peux voir à quel point elle mouille pour moi. Ça te plaît ? Tu veux que je me caresse pour toi ? Oh putain je ne vais tenir longtemps, cette femme me retourne complètement.

- Une autre fois ma belle. J’en peux plus d’attendre.

- Viens alors dit-elle en se redressant et en me caressant par-dessus le boxer.

Saperlipopette !

- Attend je vais prendre un préservatif dans mon jean.

Je me dépêche et en moins d’une minute je suis nu et le préservatif est enfilé sur ma bite, je suis prêt. Je monte sur le lit et ne peux résister à l’envie de la goûter, j’embrasse doucement ses lèvres puis son clitoris avant de la lécher comme si ma vie en dépendait. Elle gémit doucement et se déhanche contre mon visage, je la sens près du point de non-retour alors j’introduis deux doigts en elle tout en léchant et en suçant son clitoris. La réponse n’est pas longue à venir, elle râle de plaisir et son corps est pris de convulsions. Je ne lui laisse pas le temps de reprendre ses esprits et je la pénètre durement. Putain que c’est bon ! Elle est si chaude, si mouillée ! Elle lâche un petit cri de plaisir et nos regards se rencontrent.

- Oh Chris ! Tu es dur comme la pierre, c’est bon !

Je m’arrête et prend le temps de l’embrasser fougueusement.

- Tourne-toi Irina.

- Non.

- Non ?

Ma bite tressaute à l’intérieur de sa chatte en signe de protestation. J’ai l’habitude d’être obéi mais cette femme ne fait rien comme les autres. Elle se lève du lit et je me vois déjà privé de sexe pour la soirée mais elle se dirige vers son petit bureau dans un coin de la pièce elle envoie tout valdinguer par terre et s’assoie tout au bord les cuisses relevées et bien écartées. Elle se caresse doucement avant de me regarder avec un petit sourire en coin puis elle me dit :

- Qu’est-ce que tu attends soldat ?

Dans la seconde je suis entre ses cuisses avant de la prendre furieusement. Au bout d’un moment je sens l’orgasme monter et je vois qu’Irina est toute proche elle aussi. Je soulève une de ses jambes sur mon épaule et passe une main entre nous pour lui caresser le clitoris et mets toutes mes forces dans ces derniers coups de boutoir. Elle crie de plus en plus fort et finit par me mordre à la base du cou quand elle jouit. C’est l’élément déclencheur pour moi et je me vide pendant ce qui semble paraître des heures.

Son corps se détend et elle tombe sur moi. En souriant je la prends dans mes bras et après m’être débarrassé du préservatif, je me dirige vers le lit où je me couche, son corps lové contre le mien.

- Wow !

- Merci princesse wow toi aussi.

- Repos soldat.

Elle rigole puis s’endort. Je sens mon cœur se gonfler et je fais de même peu après, ne pouvant pas résister à la douce chaleur de son corps qui m’appelle. Une chose est sûre : c’était la meilleure soirée de ma vie.

Irina

Cela fait maintenant trois mois que nous sommes ensemble, Chris et moi, et je peux le dire en plus de le trouver vraiment canon je suis complètement et irrémédiablement amoureuse de lui. Au fil des mois, même Ines et Will l’on adopté. Enfin surtout Will qui est content de trouver une présence masculine quand il passe à l’appartement.

Aujourd’hui est un grand jour, j’ai pris une grande décision. Je lui prépare une soirée surprise en amoureux et à la fin du repas je vais lui demander d’emménager avec moi. Je pense, enfin j’espère qu’il dira oui. Ces trois derniers mois n’ont pas toujours été évidents, même si 90% du temps c’est génial ! Il ne faut pas se leurrer, nous avons eu quelques disputes, notamment sur le fait qu’il ne s’ouvre pas complètement à moi comme je le fais avec lui. Mais cela, nous pouvons y remédier avec de la confiance et du temps, j’en sais quelque chose. Et vu sa façon de me regarder, comme si j’étais la chose la plus précieuse qu’il ait jamais eu, il n’y a pas de raison qu’il refuse.

Je passe donc ma journée de congé à tout planifier. L’idée, c’est de le surprendre après son jogging. Sur ce coup-ci on s’entend bien : lui aussi aime courir le soir. D’habitude nous courrons ensemble mais ce soir je vais prétexter une migraine, ce qui me laissera une heure pour tout mettre en place dans son appartement. Je vais me cacher dans sa chambre en petite nuisette sexy que j’ai achetée exclusivement pour l’occasion. Je suis certaine qu’il va adorer, après une entrée en matière dans la chambre et probablement une douche, nous irons chez moi où le dîner sera prêt. Et je lui poserai la question.

J’attends bien sagement devant la télé qu’il vienne me voir avant son jogging comme il le fait tous les soirs. J’entends toquer à la porte puis il entre. Oui, nous avons échangé nos clés aussi, pas besoin de vous dire que j’ai sauté de joie toute seule pendant au moins une heure quand c’est arrivé !

- Salut ma belle, dit-il avant de se laisser tomber sur le canapé à côté de moi. Ummm ça sent bon c’est quoi dans le four ?

- C’est une surprise ! Je ne cours pas avec toi ce soir j’ai mal à la tête, je vais rester tranquille ok ?

- Oh. Ok tu veux que je reste avec toi ?

- Non ça va t’inquiète pas, tu peux aller courir je ne vais pas me sauver, dis-je en rigolant.

- Pas avant d’avoir eu mon bisou. Viens par ici femme !

Je crie alors qu’il me tire par les jambes pour que j’arrive à son niveau.

– Je t’ai eu !

Il est couché sur ses avant-bras juste au-dessus de moi et l’ambiance joueuse au départ se réchauffe. Mais après un baiser enflammé il se lève, me fait un clin d’œil et s’en va. Bon c’est partie ma fille une heure top chrono !

Durant l’heure qui suit je m’active, je coupe le four et laisse le dîner à l’intérieur pour qu’il reste chaud. Je mets la table avec de belles bougies et des pétales de rose savamment disposées, puis je file me changer. J’enfile ma petite nuisette et me regarde dans le miroir pour en juger l’effet. Elle est noire avec des motifs en dentelle qui laisse entrevoir ma peau. Le dos est fermé par des rubans en satin bordeaux profond. Parfait !

Je me dépêche d’aller chez lui et je me cache derrière la porte de sa chambre. Pendant que je l’attends, je fais le check-up des choses que j’avais à faire, tout semble bon. J’entends la porte d’entrée s’ouvrir et Chris parler avec quelqu’un au téléphone. Je ne comprends pas ce qu’il dit mais je me prépare et me serre bien droite contre le mur derrière la porte. Quelques instants plus tard, Chris raccroche et entre dans sa chambre. Il est dos à moi et c’est le moment que je choisis pour le surprendre en lui faisant une petite blague, c’est avec un « Bouh » que je veux effrayant que je lui saute sur le dos en serrant mes bras autour de son coup pour pouvoir me tenir.

C’est à partir de ce moment que tout se gâte. Je le sens se tendre et au même moment il me fait passer par-dessus ses épaules et je percute durement le sol sur le dos. Un cri de terreur et de douleur m’échappe, juste avant que ses grandes mains m’enserrent la gorge, me coupant la respiration. Je panique et essaie de me débattre mais il est trop fort et pèse de tout son poids sur moi. Je commence à manquer d’oxygène, je vois des milliers de petits points blancs obstruer ma vision et à cet instant j’entends des grattements et des aboiements de chien. Hulk !

Il a dû entendre mon cri de l’autre côté du mur, dans un dernier effort je cherche les yeux de Chris mais quand je les trouve enfin, pleins de haine et de colère, il est déjà trop tard. Je me sens partir et relâche le peu d’oxygène qu’il me reste encore. Juste avant que ma vision ne devienne floue, je crois voir une expression d’horreur dans les yeux de Chris mais je ne suis plus capable de penser, je n’ai plus peur non plus je me sens juste vide et molle. Et puis plus rien, le noir complet.

Mon corps est lourd et j’ai la sensation qu’une enclume est sur ma gorge. Si c’est la mort ça craint je vous le dis ! Puis, j’entends un bip régulier exaspérant, je sens une forte odeur de désinfectant et je comprends vite. L’hôpital ! J’émerge peu à peu et entends des chuchotements, en ouvrant les yeux je vois Chris discuter à voix basse avec une infirmière. Je veux les prévenir que je suis réveillée mais lorsque j’essaie de parler, rien ne sort de ma gorge. Pire, j’ai l’impression d’avoir avalé un piment, ma gorge me brûle et je tousse de douleur ce qui a au moins le mérite d’attirer leur attention. L’infirmière accourt me voir, vérifie je ne sais quoi puis m’explique que je vais être aphone quelques jours. D’abord je ne comprends pas et alors, je me souviens. Mon regard bascule vers Chris mais il ne me regarde pas. Je remercie l’infirmière, prends le carnet que je viens de remarquer et je lui demande par écrit de nous laisser.

J’attends qu’il lève les yeux pour me fixer et quand il le fait mon cœur manque un battement. Je ne l’avais jamais vu comme ça, il a l’air abattu, ses yeux sont cernés et il est blanc comme un linge. Je lève le bras pour l’atteindre mais il recule et s’assoit sur le fauteuil où je ne peux pas l’atteindre. Puis il prend la parole et les larmes me montent aux yeux.

- Tu dois te poser beaucoup de questions et je suis conscient que je te dois des explications alors je vais faire vite. Hier soir en allant courir j’ai reçu un appel, c’était un ancien collègue de l’armée. Il… Il m’a annoncé que notre adjudant-chef est mort lors d’une attaque-suicide en Afghanistan la semaine dernière.

En entendant ça, une larme roule sur ma joue en pensant à la douleur que ça a dû lui causer. Quand il reprend la parole, sa voix tremble sous le coup de l’émotion.

- Je… Tout ça a fait remonter beaucoup de souvenirs difficiles. J’ai pris ma retraite il y a un peu moins d’un an car j’ai perdu presque toute mon équipe lors d’un raid et… Je ne vais pas t’embêter avec tout ça. Depuis mon retour, je souffre de troubles de stress post traumatique. Et hier soir quand tu m’as sauté dessus j’ai paniqué, avec la discussion au téléphone et tous mes souvenirs, je me suis senti en danger et… Je ne me cherche pas d’excuses, je sais que c’est entièrement ma faute et je me sens tellement minable quand je pense à ce qui aurait pu t’arriver.

Les larmes lui viennent et de le voir si malheureux, mon cœur se fendille alors qu’il reprend des sanglots dans la voix.

- C’est Hulk. C’est ton chien qui m’a fait réaliser que je n’étais pas sur un champ de bataille et quand j’ai vu tes yeux… Quand j’ai vu la terreur dans tes yeux j’ai compris où j’étais, ce que je faisais. Tu ne bougeais plus, je t’ai serré dans mes bras, j’ai… j’ai cru que je t’avais perdue. Et j’ai senti ta respiration contre ma poitrine alors j’ai appelé les secours puis j’ai appelé Ines. Je suis tellement désolé Irina, te blesser était la dernière chose que je voulais. Je… je suis désolé Irina je peux plus continuer. Je préfère qu’on arrête là tous les deux.

J’accuse le coup, je suis surprise, je ne m’attendais pas à ça. Je prends vite le crayon et j’écris : « NON » et je lui montre en le regardant méchamment. Il sourit tristement et m’assène le coup fatal.

- Je ne te demande pas ton avis Irina. C’est fini. J’ai appelé Ines, elle devrait arriver.

Puis il s’en va. Comme ça. C’est comme un coup de massue mon cœur se brise cette fois et je pleure non pas de tristesse mais de colère. Je ne sais plus où j’en suis. Je suis fatiguée, j’ai mal et je me sens tellement seule. Même l’arrivée de mon amie ne change rien, je ne l’écoute pas de toute façon. C’est comme si j’avais mis mon corps sur pause. Et je ne sais pas combien de temps ça va durer.

Quatre jours, c’est le temps qu’il m’a fallu pour retrouver ma voix. Enfin même si j’avais eu de la voix, elle ne m’aurait pas servi à grand-chose. Je suis restée enfermée chez moi à me lamenter sur mon sort et maintenant que j’en prends conscience, je me déteste. Je n’ai jamais été du genre à me plaindre ou à m’apitoyer, c’est pourtant ce que je fais en permanence depuis ma sortie de l’hôpital. Il faut que tu te reprennes !

Et en me disant ça je pense à Chris. S’il croit que je vais le laisser décider de notre avenir sans m’en mêler, il se met le doigt dans l’œil ! Je lance le plan « récupération de mec » dès aujourd’hui. Il est très simple je vous explique. Tout d’abord, faire des recherches sur les troubles de stress post traumatique, ensuite aller le voir et lui montrer qu’on peut surmonter ça ensemble et enfin vous connaissez tous la fin : ils furent heureux et firent pleins de bébés patati patata.

Après des recherches j’en apprends plus sur ces troubles et surtout sur les différents traitements, j’imprime une dizaine de documents. En allant les chercher dans le bureau je passe devant mon grand miroir dans le couloir et j’en profite pour m’observer. J’ai mauvaise mine, mes cheveux sont gras et emmêlés, sans parler du fait que je porte le même jogging depuis quatre jours. Je remarque aussi que j’ai encore des traces de doigts violacées autour de la gorge. Bon ! Une douche s’impose si tu veux le récupérer ma fille ! Après un récurage intensif, j’enfile un jean avec une petite chemise en soie blanche. Pour finir j’ajoute un petit foulard autour de mon cou pour cacher les dernières marques de notre soirée catastrophique. Allez GO !

J’ai le cœur qui bat à cent à l’heure, je suis devant chez Chris et j’attends patiemment derrière la porte armée de mon petit dossier « Sauvons Chris » lorsqu’il m’ouvre. Son expression se durcit quand il voit que c’est moi.

- Putain Irina qu’est-ce que tu fais là ?

Sympaaaa ! Bon tu t’attendais à quoi aussi ? La dernière fois que tu l’as vu il t’a laissé en plan comme une vieille chaussette trouée.

- Je peux entrer cinq minutes s’il te plaît ? Tu me dois bien ça Chris.

Il soupire mais m’ouvre la porte et j’entre avant qu’il ne change d’avis. Il m’examine de haut en bas avant de me demander comment je vais. Je remarque qu’il est sincèrement inquiet pour moi, du coup, je m’adoucis et m’apprête à lui répondre que je vais bien quand une voix féminine se fait entendre. Une petite brune entre dans le salon vêtue en tout et pour tout d’une microscopique serviette éponge.

- Tu me présente ton amie Chrisounet ?

- Qu’est-ce que… Chrisounet ? Tu te fous de ma gueule ?

- Attends Irina je vais t’expliquer ! Commence-t-il, mais je le coupe violemment.

- Va te faire foutre Chris ! Quelle conne je suis franchement. Ah tiens en passant, dis-je avant de lui balancer mon petit dossier à la tête.

Et je pars en claquant la porte. Je me réfugie vite chez moi et je m’écroule sur le canapé en tapant dans les coussins. J’entends des coups frappés à ma porte. Je ne réfléchis même pas, je me précipite pour ouvrir et avoir l’occasion d’en remettre une couche. Mais au lieu de trouver Chris, c’est la petite brune qui a eu le temps de s’habiller qui est sur mon pallier. Je commence à fermer ma porte mais elle la bloque avec son pied, je m’apprête à lui dire le fond de ma pensée lorsqu’elle me dit :
- Attend s’il te plaît c’est pas ce que tu crois !

- Oh pitié t’as rien de moins cliché ? Quoi ? T’es plombière et t’as pris une petite douche pour vérifier la tuyauterie ?

- Je suis Mathilde !

Voyant que je ne comprends pas où elle veut en venir et que je commence à m’impatienter elle précise : la petite sœur de Chris.

- Sa sœur ? Mathilde ?

Alors que tout s’assemble dans ma tête je réalise à quel point j’ai merdé. Oh putain la boulette !

- Excuses acceptées. Maintenant, si je peux entrer et te convaincre de récupérer mon frère qui est une vraie épave depuis quatre jours ce serait super.

Finalement Mathilde est géniale. On s’entend à merveille et après deux heures de discussion, elle m’a donné plusieurs conseils utiles. Elle m’explique notamment que son frère est une vraie tête de mule et que si je veux qu’il revienne vers moi je dois lui laisser un peu de temps. Je serais bien restée à discuter toute la journée avec elle mais malheureusement elle doit rentrer chez elle.

Au bout d’une semaine je commence à mettre en doute les conseils de Mathilde, je n’ai aucune nouvelle de Chris et quand je le croise il fait comme si je n’existais pas. Jusqu’à ce dimanche soir. Alors que je suis devant la télé avec mon pot de glace et Hulk la tête sur mes jambes j’entends frapper à ma porte puis une seconde plus tard, Chris entre sans que j’ai le temps de me lever. Il est tellement beau que je reste bouche-bée. Ses cheveux sont encore mouillés et il ne porte que son jogging, me laissant tout le loisir de contempler son torse musclé. Je suis tellement ébahie que je n’ai pas bougé du canapé, je l’observe pendant qu’il prend la parole.

- Je sais que je suis un con fini et que je suis à moitié dérangé ok ? Mais je deviens complètement fou sans toi Irina. J’ai lu les documents que tu m’as donnés, merci de te soucier de moi, même après ce que je t’ai fait. D’ailleurs, j’ai commencé à me faire suivre par un psychologue. On m’a déjà fait prendre des antidépresseurs quand j’ai quitté l’armée mais ça n’a pas été efficace et je pense savoir pourquoi. Car à ce moment-là je n’avais pas de motivation, pas de but ni de raison d’aller mieux. J’en ai un aujourd’hui et c’est grâce à toi, bébé. Je veux être l’homme sur qui tu peux compter et je veux pouvoir te protéger sans te mettre en danger dès que tu me fais une surprise. Alors je sais que j’ai sérieusement merdé mais je te veux Irina, à un point que tu n’imagines même pas. Je t’aime tellement putain pardonne moi pour ce que je t’ai fait et je ferai tout pour guérir et prendre soin de toi.

Je suis en larmes mais je m’en contre-fous, j’envoie valdinguer mon pot de glace et je cours me jeter dans ses bras. Lorsqu’il me serre contre lui et que j’inspire son odeur, je me sens chez moi.

- Bon sang ce que tu m’as manqué imbécile.

Nos retrouvailles sont parfaites. Je crois qu’on fait l’amour dans toutes les pièces de l’appartement. Au début, nous sommes maladroits et pressés par le désir et le manque, puis au fur et à mesure nous prenons notre temps pour se redécouvrir et s’aimer.

Je l’aime tellement que cela me fait mal ! Pourtant je ne veux pour rien au monde me débarrasser de cette douleur. Jamais.

Epilogue

Je me réveille comme tous les matins depuis six mois dans les bras de Chris.

- Salut bébé ça va ?

Je lui réponds un « oui » d’une voix encore enrouée de sommeil ce qui le fait rire. Il m’embrasse sur le front avant de se lever. Je veux me rendormir mais j’entends du bruit venant de la cuisine, des objets qui tombent, des bruits de couverts… ça m’intrigue, du coup je m’étire comme un chat et m’apprête à me lever quand Hulk pousse la porte de la chambre pour venir sauter sur le lit. Je lui fais un câlin mais quand je passe ma main sur son collier je sens un bout de papier sous mes doigts.

Je tire et remarque que c’est un post-it qui dit « Est-ce tu crois à la petite souris ? Je crois qu’elle est passée pour toi. ». C’est quoi ce délire ? J’adore les surprises ! Alors je balance mon oreiller et là. Oh mon dieu ! Je prends le petit écrin dans ma main et je l’ouvre doucement avec la boule au ventre. C’est un diamant ! Un putain de diamant ! Je lève les yeux pour voir Chris un genou à terre au pied du lit.

- Irina, pour une fois que je te laisse sans voix, dit-il avec un rire nerveux. J’ai une question à te poser. Veux-tu devenir ma femme ?

Je me jette à son coup en pleurant et riant à la fois. Je ne cesse de répéter le même mot encore et encore « oui ! ». Je ne sais pas si on aura des enfants, je ne sais pas non plus si on vieillira ensemble mais une chose est sûre : j’aime Chris plus que tout et je compte bien profiter de son amour et de tous nos moments de bonheur tant que cela durera.

FIN

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