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mercredi 10 septembre 2014

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Troisième nouvelle : Passion d’un tueur, de Véronique

CHAPITRE I

- Putain, Derreck, qu’est-ce que tu fous ?

Derreck sursauta.

- Merde, Camille ! Que fais-tu là ?

- Je suis rentré plus tôt. J’avais fini ce que je devais faire et je m’ennuyais de mon mec. J’ai appelé au commissariat, car je pensais t’y trouver. Ton collègue m’a dit que tu avais pris ta soirée. Je suis rentré à la maison et bien sûr, je ne t’y ai pas trouvé. Il ne m’a pas fallu beaucoup de temps pour comprendre où tu étais. Franchement, j’aurais mieux fait de rester où j’étais. Pour voir ça ! cracha-t-il.

- Cam, je…

Le jeune homme ne lui permit pas de poursuivre.

- Pourquoi l’as-tu fait tout seul ?

- Je suis désolé, bébé, mais je m’emmerdais, et je l’avais à disposition.

- Tu t’emmerdais ? Bordel, Derreck ! Je ne suis même pas parti 24 heures !

- Ouais, mais je me sentais seul.

- Si tu te sentais si seul que ça, tu aurais dû retourner au travail ? Non ! Il a fallu que tu penses à toi avant de penser à nous deux. Il ne t’est pas venu à l’esprit de te dire, « et si j’attendais Camille ? » Non, tu as fait l’égoïste. Je me demande pourquoi je suis encore avec toi !

- Calme-toi, Cam. Ça n’est pas si grave que ça.

- Pas grave !

Le jeune homme était hors de lui.

- Nous nous étions promis que nous ferions toujours ça tous les deux. Tu me l’avais promis, Derreck ! cria le jeune homme.

- OK, j’ai fait une connerie, excuse-moi. Allez, bébé, viens, j’ai envie…

- Ça sera sans moi. Tu n’as qu’à procéder comme tu le faisais avant que nous nous rencontrions.

- Camille, allez, tu vas m’aider à le faire disparaitre et…

Camille regarda son petit ami avec rancune, se tourna vers le corps mort sur la table en métal et cracha dessus.

- Tu te démerdes avec ! Moi, je me casse !

- Camille, attends !

Derreck lâcha le couteau qu’il tenait encore dans ses mains et couru après le jeune homme. Il avait déjà remis son casque de moto et il s’apprêtait à monter sur sa Kawasaki Z 750.

Derreck le retint par le bras avant qu’il ne tourne la clé pour la démarrer.

- Je suis désolé, Camille. Allez, bébé, tu ne vas pas partir comme ça ?

- Si ! Je suis déçu, Derreck. Vraiment, déçu ! Je pensais que nous deux, c’était comme les trois mousquetaires, comme les cinq doigts de ma main. Tu… m’as trahi, Derreck. Je ne suis parti qu’une journée et tu m’as trahi.

- Camille, viens avec moi. Nous allons faire comme d’habitude. Tu aimes ça !

Camille lui jeta un regard qui aurait fait frémir le plus dur des tueurs. D’ailleurs, Derreck se recula légèrement. Le jeune homme en profita pour se dégager de la poigne de fer de son ami, démarra sa moto et disparut dans la nuit.

Derreck se passa la main dans ses cheveux blonds mi-longs.

Il retourna en trainant des pieds dans l’usine désaffectée qu’il avait trouvée des années auparavant et qui lui avait permis d’exorciser ses pulsions les plus sombres. Il se posta devant la table en fer et sans même faire attention au corps allongé dessus, il se mit à avoir peur. Et si le jeune homme ne lui pardonnait pas ? Il avait fait le con, mais, putain, était-ce une raison pour que Camille le prenne comme ça ?

OK ! Il lui avait promis de ne plus jamais « travailler » sans lui. Mais quatre heures plus tôt, il était tellement en manque de son petit ami qu’il avait dû se trouver un dérivatif.

En accomplissant des gestes appris par cœur, il alluma la grande cheminée qui se trouvait dans la pièce. En quelques minutes, le feu à l’intérieur donnait des idées sur ce que devait être l’enfer. Là où il terminerait sûrement, pensa-t-il.

Le travail fut laborieux. Il fallait couper le corps, morceau par morceau, et le jeter ensuite dans le feu. Il le faisait sans remords, à peine conscient de ses mouvements, fluides et précis. Le type était un salopard fini. Violeur récidiviste, il avait réussi à échapper à la prison pour vice de procédure. Et pourtant, avec ses collègues, ils avaient réuni assez d’indices et de preuves pour l’envoyer sur la chaise électrique.

Quand il découpa la tête, il cracha dessus.

- Voilà, tu ne feras plus de mal à personne, dit-il tout haut en la jetant dans la cheminée.

Il passa ensuite le jet d’eau partout. Les détritus qui trainaient sur le sol furent emportés dans les caniveaux en direction des usines d’épuration de la ville. Après avoir vérifié que le feu n’était pas prêt à s’éteindre, il revint à la dure réalité. Il allait devoir retrouver Camille et faire amende honorable.

En montant dans sa voiture, il ne put s’empêcher de repenser à leur première rencontre. Inspecteur de police depuis huit ans, il avait depuis longtemps compris comment marchait le système. Les mecs un peu rusés, ou ceux qui avaient de bons avocats pouvaient sans problème passer à travers les mailles du filet. Il s’était donné pour mission de débarrasser la société de tous ces salauds : les assassins, les proxénètes, les violeurs. Son aversion pour ces gens-là ne venait pas de son travail, non ! Elle était déjà bien enfouie en lui, et ce depuis ses onze ans.

Il était né d’une mère droguée et prostituée, qui avait refusé de l’abandonner à la naissance. Il n’avait donc pas eu la chance de pouvoir être adopté par une famille aimante qui l’aurait protégé des vicissitudes de la vie. Quand elle se faisait arrêter pour racolage sur la voie publique, il était alors confié à des familles d’accueil. C’est dans l’une de ses familles que son destin avait basculé. Il allait avoir onze ans une semaine plus tard. Il y était arrivé en toute confiance, il en était ressorti presque mort.

Il fut tout d’abord très bien reçu. Le couple avait l’air sympa et les enfants ne le snobèrent pas. Il avait bien vu le regard du chef de famille souvent posé sur lui, mais sans en avoir peur. Il était un enfant plutôt facile à vivre et qui faisait facilement confiance. Ses cheveux blonds, ses yeux bleus lui donnaient l’apparence d’un petit ange. Il n’aimait pas décevoir les gens, et faisait toujours tout pour que le peu de temps qu’il vivait dans ses familles, se passe bien. Il en avait fait une dizaine peut-être depuis qu’il était né. Rien dans sa vie ne l’avait préparé à vivre ce qui allait suivre.

Le père de famille profita de l’absence de sa femme et de ses deux enfants pour lui faire vivre l’enfer. Celui de la bible devait être plus doux en comparaison. Il l’avait attiré dans la cave, où après s’être jeté sur lui, attaché à une poutre en fer, les bras en l’air, il l’avait torturé et violé. Quand il en eut fini avec lui, il était remonté dans la cuisine. Derreck, à demi conscient l’avait entendu appeler les services sociaux pour prévenir qu’il s’était enfui. Son violeur allait redescendre pour le terminer, quand sa femme et ses enfants étaient rentrés plus tôt que prévu. Le fils ainé, étonné de voir que la cave était ouverte, était descendu avant que son père ait pu l’en empêcher. Il était remonté en hurlant. Son hystérie avait alerté les voisins qui appelèrent la police. Les flics qui le trouvèrent ne purent s’empêcher de jurer devant le spectacle qu’il offrait. Ses jambes, ses bras avaient été cassés en plusieurs endroits, il avait la mâchoire brisée (difficile de crier ainsi) et il avait été violé avec une telle violence que son anus saignait sans discontinuer. Les médecins avaient réussi à réparer son corps, mais pas son esprit. Il avait été brisé et rien ni personne ne saurait le réparer. Il ne vivait plus qu’avec une obsession : tuer celui qui avait fait ça.

Pendant les années qui suivirent, il réussit à cacher aux psys tout ce qu’il aurait aimé faire à son violeur, et tout ce dont il rêvait de faire aux personnes comme lui. À dix-huit ans, il passa les tests pour entrer à l’académie de police. Après deux ans, il sortit inspecteur de police. Il fut intégré dans un commissariat et y fit rapidement ses preuves. Là-bas, ils l’appelaient le pitbull, car il ne lâchait rien quand il était sûr de la culpabilité d’un suspect.

Sa première mission officieuse fut de retrouver son tortionnaire. Il était sorti de prison au bout de dix ans de détention. Il habitait dans un hôtel minable où il passait son temps à picoler. Sa seule obligation était de contacter son contrôleur judiciaire une fois par semaine.

Pendant l’une de ses journées de repos, Derreck le coinça alors qu’il sortait d’un bar. Une petite piqure dans le cou pour l’endormir et il le grimpait dans son van. Il avait déjà repéré l’usine. Elle était abandonnée depuis des dizaines d’années, située très à l’écart de la ville, et personne n’y mettait jamais les pieds. Il avait aménagé, dans une salle qui servait pour bruler les déchets, une table en fer, son matériel qu’il planquait dans une cavité en hauteur, un jet d’eau et des cordes. Il avait également testé la cheminée qui eut l’air de soupirer d’aise quand il l’alluma la première fois.

Quand son tortionnaire s’était réveillé, il avait lu la peur dans son regard. Et quand il commença à lui casser un bras, puis une jambe, après lui avoir arraché la langue, le type savait qu’il était mort.

Il n’avait pas eu besoin de se présenter, l’autre l’avait parfaitement reconnu. Il avait éprouvé une telle satisfaction en accomplissant tous ses actes qu’il s’était surpris à bander. Cela ne lui était encore jamais arrivé. Après l’avoir tué en lui plongeant un couteau dans le cœur, il s’était masturbé au-dessus du corps. Sa délivrance avait été inoubliable. Et il savait qu’il recommencerait.

Depuis, grâce à son travail, il repérait les criminels laissés en liberté pour ensuite les emmener dans son paradis à lui : l’usine.

Il avait fait connaissance de Camille trois ans plus tôt, il avait alors trente ans. Il n’aurait jamais pensé que quelqu’un puisse lui faire de l’effet. À part quand il se libérait au-dessus des corps sans vie, il n’avait jamais réussi à avoir une érection. Il avait tout essayé. Les femmes, les hommes. Sa queue restait définitivement molle malgré les efforts que certains s’étaient appliqués à faire.

Avec son collègue, avec qui il n’entretenait que des rapports de travail, ils avaient été appelés dans l’une des résidences de l’un des quartiers les plus riches de la ville. Monsieur et madame Dreviaux venaient d’être cambriolés. Vu les systèmes de sécurité de la maison et les deux gardes placés à l’entrée, il ne fallut pas longtemps à Derreck et à son collègue pour soupçonner un proche. Il avait convoqué toutes les personnes qui se trouvaient dans la maison, dans le salon des Dreviaux. Au moment du soi-disant cambriolage, il y avait la cuisinière, le jardinier, la femme de ménage, les deux gardes de l’entrée.

Le jeune Camille, il n’avait alors que vingt ans, était arrivé plus d’une demi-heure après la convocation. Il avait les cheveux rouge et vert coiffés à la punk, les yeux exorbités et sanguinolents, une moue boudeuse sur un visage fin, mais pâle. Et pour la première fois de sa vie, alors que le gamin n’avait rien de séduisant, il avait bandé encore plus fort que lors de ses activités nocturnes. Rompant toutes les règles en vigueur, il avait demandé à parler seul à seul avec le garçon. Son collègue n’avait pas protesté. Il le connaissait assez pour savoir qu’il ne faisait rien par hasard.

- Alors, Camille… c’est ça ? commença-t-il quand ils furent seuls dans le salon.

- Ouais, lui avait-il répondu en se vautrant dans un fauteuil.

- Lève-toi, lui ordonna-t-il.

- Aller vous faire voir, inspecteur de mes deux.

Derreck ne s’était pas énervé. Il s’était approché du môme, l’avait arraché du fauteuil sous ses cris de protestation, et il avait embrassé ses lèvres roses et sensuelles. Camille ne chercha même pas à protester. Il avait entrouvert la bouche pour permettre à la langue inquisitrice de venir jouer avec la sienne. Le jeune homme lui avoua plus tard qu’il n’avait jamais rien ressenti d’aussi excitant. Leur baiser se termina avec la gorge de Camille emplie par sa queue. Cela avait été si bon qu’il rebandait rien que d’y penser.

Ensuite, il l’avait relevé, l’avait attrapé par le col de son affreux tee-shirt et lui avait soufflé.

- Écoute-moi bien. Je sais que c’est toi le petit marrant qui a ouvert le coffre de tes parents. Et crois-moi, mon collègue le sait également. Alors voilà ce que nous allons faire si tu ne veux pas passer par la case prison. Tu vas tout remettre à sa place.

- Mais…

- Il n’y a pas de mais. Tu vas monter dans ta chambre, tout remettre en place et ensuite nous appelons tes parents. Tu vas t’excuser et comme ils t’aiment, ils retireront leur plainte.

- Inspecteur, je…

- Derreck, pas inspecteur.

Il l’embrassa rapidement sur les lèvres.

- Ensuite, tu vas te comporter comme un bon fils. Tu vas couper tes cheveux, c’est vraiment trop crade, tu vas jeter la came que tu planques sous une latte dans ta chambre…

- Comment savez-vous ça ?

- Tu as les ongles noirs, bébé. Et je ne crois pas que tu fasses des travaux manuels, je me trompe ?

- Non, répondit Camille dépité.

- C’est bien ce que je pensais ! Je veux que ce soir, tu m’attendes devant chez toi, à vingt heures. Je t’emmènerai à mon appartement et je vais te baiser toute la nuit. Tu es d’accord avec ça ?

Il sentit la réponse de Camille à son corps qui se tendait.

- OK ! Tu y vas maintenant ! Et n’oublie pas ce soir, vingt heures, devant chez toi.

Tout se passa comme Derreck l’avait dit. Les parents de Camille retirèrent leur plainte et ils les laissèrent ensuite gérer leurs problèmes familiaux. Son collègue lui donna un coup dans l’épaule pour le féliciter pour son efficacité.

Le soir, il faillit ne pas reconnaitre son futur amant. Il avait coupé ses cheveux et fait une coloration brune. Il avait troqué son jean troué taille basse, par un pantalon en lin et son tee-shirt bardé d’une tête de mort, contre une chemise en soie bleu roi. Il l’avait trouvé bandant en punk, mais habillé ainsi, il avait dû se retenir pour ne pas jouir dans son pantalon. Son visage boudeur avait disparu pour laisser la place à un autre, souriant.

- Je te plais comme ça, inspecteur ? avait-il demandé en montant dans la voiture.

- oui, bébé, tu me plais. Tu vas t’en rendre compte assez rapidement. Tu es prêt, j’espère ?

- Plus que prêt, oui.

Comme il l’avait promis à Camille, il lui avait fait l’amour une bonne partie de la nuit. Le jeune homme n’était pas vierge, mais n’avait pas non plus une grande expérience du sexe anal ! C’est lui qui avait exigé une pause, il n’en pouvait plus. Derreck aurait bien continué, car il avait des années de sexe à rattraper. Et le petit cul de Camille était si serré, si chaud.

Il lui permit de se reposer quatre heures avant de le reprendre à nouveau.

Leur liaison durait depuis trois ans maintenant. Ce n’était d’ailleurs plus une liaison, mais une relation sérieuse, avec présentation officielle à la famille, aux collègues de Derreck, aux amis de Camille. Ils vivaient ensemble depuis deux ans, après que papa et maman Dreviaux leur aient acheté un appartement.

Les parents de Camille vouaient à Derreck un véritable amour, car il avait réussi à remettre leur fils dans le droit chemin. Camille avait définitivement abandonné les drogues, l’alcool et il avait repris ses études avec sérieux. Il faisait ses stages dans l’entreprise de son père et c’est cette raison qui l’avait obligé à partir.

Six mois après leur installation ensemble, Camille avait tout découvert sur ses activités nocturnes. Il avait été étonné que son homme éprouve le besoin, alors qu’il était en repos, de partir de chez eux sans lui expliquer où il allait. Il n’avait rien dit, mais la troisième fois, il l’avait suivi. Il avait assisté à la scène de l’enlèvement. Il s’était ensuite caché dans un recoin de l’usine, et avait vu Derreck torturer et tuer l’homme sur lequel il avait jeté son dévolu. Il s’était montré au moment où son amant allait donner le coup de couteau fatal.

- Tu as besoin d’aide ? lui avait-il seulement demandé.

Derreck eut la peur de sa vie. Il sursauta si violemment que le coup qu’il s’apprêtait à porter finit dans l’épaule du type. Il s’était retourné, le cœur battant à cent à l’heure et l’impression d’une catastrophe imminente. Mais son amant avait eu une réaction qui l’avait laissé sans voix pendant quelques instants. Il s’était approché de lui, l’avait enlacé et embrassé amoureusement.

- Merde, Camille, que fous-tu là ?

- Je croyais que tu voyais quelqu’un d’autre, alors je t’ai suivi. Je n’aurais jamais pensé que tu t’adonnais à ce genre d’activité. Pourquoi, Derreck ?

- Parce que j’en ai besoin, que cela me permet de me défouler de toutes les frustrations de mon boulot !

- Tu le fais souvent ?

- Je te l’ai dit, quand je n’en peux plus. Moins depuis que je vis avec toi, si tu veux tout savoir.

- Qui est cet homme ?

- Personne, un cloporte, un cafard. Il tue les petites vieilles pour leur piquer leurs économies. Il a toujours un bon alibi, et nous n’arrivons pas à le coincer.

- Il était peut-être innocent ?

- Non, crois-moi, bébé, il n’était pas innocent. Aucun des mecs que j’ai butés n’était innocent.

Le jeune homme ne dit rien. Il regardait le type gémissant sur la table et qui devait penser qu’il allait le sauver, car ses yeux le fixaient intensément.

- Tu vas me dénoncer ? demanda Derreck, inquiet.

- Tu m’en laisseras la possibilité ?

- Oui ! répondit Derreck sans réfléchir. Jamais je ne pourrais te faire de mal.

Camille avait alors souri.

- Et moi, je ne supporterais pas de te voir dans le couloir de la mort. Nous sommes liés, maintenant.

Derreck l’avait embrassé avec passion et son excitation atteint un sommet rarement atteint. Camille l’avait repoussé légèrement.

- Tu devrais le finir, chéri, dit-il en regardant l’homme qui gémissait de douleur et de rage en se rendant compte qu’il n’allait pas être sauvé.

Quand ce fut fait, Derreck lui avait fait l’amour avec vigueur. Le jeune homme avait posé ses mains sur la table en ne se souciant pas du sang qui les recouvrait ni du corps devant lui et Derreck s’était déchainé derrière lui. Camille avait éjaculé sur le cadavre, pendant que son amant, enserré à l’intérieur de son canal étroit, se libérait en criant.

Ils s‘étaient alors promis de toujours faire ça tous les deux. Derreck n’avait jamais renié sa promesse, jusqu’à ce soir. En rentrant dans l’après-midi au moment de sa pause, il s’était senti… abandonné. Il avait essayé de se raisonner, mais l’impression d’étouffement, qu’il ressentait toujours avant sa rencontre avec Camille, était revenue, si forte, qu’il savait qu’il devait faire quelque chose. Sans plus réfléchir, il était sorti pour traquer sa proie.

Il savait où trouver ce type, car il le surveillait depuis deux semaines. Ils avaient décidé de mettre fin à sa vie le vendredi suivant.

Mais pourquoi Camille était-il revenu avant l’heure aussi ?

Dans l’immédiat, il devait retrouver son amant. Où avait-il pu aller ?

Il fit tout d’abord les bars qu’ils fréquentaient ensemble, ensuite les boites où Camille avait l’habitude d’aller avant leur rencontre. Il ne vit sa moto nulle part. En désespoir de cause et par ce qu’il ne savait plus où chercher, il rentra chez eux. La moto de Camille était garée à son emplacement habituel.

Une fois à l’intérieur de l’appartement, il se déchaussa, retira ses vêtements, et avant d’aller rejoindre son ami, il prit une douche dans la deuxième salle de bains. Il ne voulait pas que l’odeur de la mort vienne les déranger dans une conversation qui allait être épique.

Dans leur chambre, Camille était adossé à ses oreillers et l’attendait.

- Salut, Cam.

Son amant ne lui répondit pas.

- Écoute Camille, je sais que j’ai fait le con, je suis désolé, d’accord ?

- Non, je ne suis pas d’accord. Je ne suis pas d’accord du tout ! Comment as-tu osé le faire sans moi ?

Il se leva et Derreck ne put s’empêcher de réagir quand il le vit vêtu d’un simple boxer.

- Que veut dire pour toi une promesse ? Moi, j’ai fait tout ce que tu m’as dit. J’ai changé de vie pour toi. Je suis devenu le bon petit garçon à mes parents. J’ai repris mes études. Je travaille comme un dingue et tu le sais. Je n’ai jamais rien dit sur tes horaires débiles de flic. Je ne dis rien ni ne fais rien quand tu passes parfois deux jours sans rentrer. Je sais que c’est ton boulot et que tu l’aimes. Je ne suis jamais sorti m’amuser, moi ! Je t’ai attendu bien sagement à la maison. Et toi… toi ! Je ne suis pas parti une journée entière et tu me trahis. J’aurais presque préféré que tu me trompes, Derreck !

- Tu sais bien bébé que je ne bande que pour toi.

- Je ne sais rien du tout. Si je n’étais pas rentré ce soir, est-ce que tu m’aurais dit ce que tu as fait ?

Devant son silence, Camille prit un verre posé sur sa table de chevet et le jeta violemment sur le sol.

- Voilà ce que j’en fais de ta déclaration ! J’en ai marre d’avoir l’impression d’être le seul à m’investir dans notre couple. En fait, tu es un vrai étranger pour moi. Tu ne m’as jamais parlé de toi, de ta vie avant nous, de ton enfance. Je crois que tu ne tiens à rien ni à personne.

- C’est faux, Camille, je tiens à toi.

- Vraiment ? Si tu tenais vraiment à moi, tu ferais plus attention à mes désirs et à mes envies. Tu ne te poses jamais la question de savoir si je n’ai pas envie de temps en temps d’être celui qui mène la danse. Nous ne faisons que ce que toi tu veux !

- Tu n’es pas comblé ?

- Ce n’est pas la question. Je voudrais juste que tu me poses la question de temps en temps. Je voudrais avoir l’impression d’être autre chose pour toi que celui dans lequel tu fourres ta queue. Ce que tu as fait ce soir prouve bien que tu n’attends rien de moi. Je ne sais plus si j’ai envie de continuer.

Derreck se détourna de son compagnon et balança violemment son poing dans le mur. Il ne ressentit même pas la douleur. Elle était déjà trop profondément ancrée en lui, dans son cœur. Seul Camille arrivait à la lui faire oublier, alors, s’il le quittait…

- Nous pouvons nous installer sur le lit, je vais te parler. Tu t’adosses aux oreillers et moi, je me mettrais contre toi. Je ne veux pas voir ton visage quand…

Camille ne dit rien, mais fit ce qu’il lui demandait. Après avoir calé son dos contre le torse du jeune homme, Derreck inspira profondément et il commença à lui raconter :

Sa mère, les familles d’accueil, la dernière, et son tourment dans cette cave sentant le moisi, l’urine, la sueur, la peur et la mort.

Ses années d’errance affective où il fuyait tout contact. Son premier crime, et l’excitation qu’il avait ressentie.

Et puis, sa rencontre avec un jeune garçon qui lui avait fait entrevoir un monde d’amour, d’amitié, de passion, d’une vie à deux.

Camille ne l’interrompit pas, mais son bras se resserra autour de sa taille au fur et à mesure de son récit. À la fin, le jeune homme plongea son visage dans son cou, et Derreck sentit ses larmes.

Le silence était là entre eux. Mais, pas un silence pesant et écrasant, non. Un silence qui réunissait deux cœurs qui s’aimaient, qui s’étaient trouvés, qui s’étaient reconnus.

- Je t’aime, Derreck. Je ne te quitterai pas. Je veux juste que tu saches que tu peux tout me dire, que je serai toujours là pour t’écouter.

- Merci, bébé.

Sa voix était rauque, émue. Il toussa pour la faire revenir. Il n’avait jamais été sur le point de pleurer comme il l’était maintenant.

- J’aurais dû te parler avant, mais j’avais peur que tu me rejettes. Tu sais à quel point je suis tordu, je t’ai entrainé dans mon monde ! Mais je voulais que tu ignores à quel point j’avais été brisé. Je pensais qu’en te tenant éloigné de mon enfance sordide, tu ne saurais jamais comment je pouvais être disloqué au fond de moi.

- Tu n’es pas brisé, chéri. Si tu l’étais vraiment, tu serais passé à côté de moi sans me voir. Non, il reste encore des morceaux entiers. Et j’aime tout en toi, ce qui va et ce qui ne va pas. Ne me cache plus rien, s’il te plait. Et si un jour je dois repartir, ne fais rien. Appelle-moi ! Je trouverais bien quelque chose pour te changer les idées.

Derreck se redressa, se retourna et l’embrassa passionnément. Il avait envie de lui comme jamais. Et quand enfin, il se retrouva à l’intérieur de son amant, quand il commença à se mouvoir, quand il s’entendit crier de plaisir, il savait qu’il aimerait Camille jusqu’à la fin de sa vie. Qu’il était la montagne sur laquelle il pouvait s’accrocher sans avoir peur de tomber !

- Je te le promets, Camille, haleta-t-il entre deux coups de reins. Jamais plus je n’agirai sans toi. Et si tu le veux, j’arrêterais complètement.

- Tais-toi Derreck ! cria le jeune homme. Vas-y plus fort. Ah !! Oui ! Comme ça ! Plus tard, alors que le jour commençait à poindre, Camille se mit à rire.

- Que t’arrive-t-il ?

- Je suis heureux. J’ai vraiment cru te perdre hier soir. Dis, nous le referons, n’est-ce pas ?

Derreck sut parfaitement de quoi parlait son amant.

- Tu le veux ?

- Oui. J’aime que nous soyons des sortes de justiciers. J’aime savoir que nous punissons des êtres sans âme et inhumains. Et j’aime savoir que cela te fait du bien.

Derreck sourit.

- Oui, nous allons le refaire. J’ai d’ailleurs le candidat idéal. Il a violé huit très jeunes filles. Elles avaient à peine quatorze ans. Tout le monde le sait, mais personne n’a encore réussi à le prouver. Et d’ici que nous y arrivions, il aura encore le temps de détruire beaucoup de jeunes vies. Il….

FIN

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