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jeudi 11 septembre 2014

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Quatrième nouvelle : Toi et moi, de Elise Chabaille

Harry ne voulait pas y aller. Il ne l’avait pas vu depuis longtemps, il lui manquait mais il ne pouvait se résoudre à s’y rendre : c’était bien trop dur pour lui. Il ne pensait qu’à leurs derniers moments passés ensemble, bons et mauvais souvenirs à la fois. Tout s’entremêlait dans sa tête : la douleur, la joie, l’incompréhension … Une multitude de sentiments l’envahissaient, il n’avait qu’une envie : pleurer, mais il se voulait fort.

Il savait qu’il irait, seul, il ne voulait pas qu’elle l’accompagne, il devait lui parler en « tête-à-tête ». Il lui raconterait tout à son retour, ils étaient là l’un pour l’autre maintenant mais il voulait se retrouver rien qu’avec lui.

Mais avant de se lancer, il se rappela de ce jour où tout avait changé.

1 an et demi auparavant …

C’était un jour comme les autres, rien ne pouvait prédire ce qu’il allait se passer. Harry avait rendez-vous avec Zack et sa fiancée Jessica.

Il était son meilleur ami depuis l’enfance, jamais ils ne s’étaient perdus de vue. Ils avaient fréquenté la même école et s’étaient suivis jusqu’au lycée. L’université les avait « séparés », ils ne suivaient pas la même filière mais ils avaient décidé de se louer un studio tous les deux. Ils s’adoraient, partageaient tous leurs secrets, ils avaient fait les quatre-cent coups ensemble mais savaient aussi être sérieux quand il le fallait. On ne les avait jamais vu se disputer. Les problèmes, ils les réglaient ensemble, posément.

Harry avait toujours été le séducteur tandis que Zack était le bad boy. Ils aimaient sortir, boire et s’amuser comme tous les jeunes de leur âge mais ils connaissaient leurs limites, quoi que Harry les dépassait par moment ce qui agaçait quelque peu Zack mais il ne lui en voulait pas. Ce qui l’embêtait le plus c’est quand Harry ramenait des conquêtes chez eux pendant que lui se concentrait sur ses partiels. Zack était plutôt du genre fidèle, quand il était avec une fille, il lui était dévoué corps et âme. C’était le seul « hic » à son côté rebelle, le seul côté que Harry ne comprenait pas, ils étaient jeunes, il fallait en profiter pour lui. Zack disait souvent qu’ils n’avaient pas les mêmes priorités :

- Case-toi mec !!! Arrête de jouer, lui disait-t-il. Tu dois être l’homme d’une seule femme.

Il plaisantait souvent avec sa phrase choc mais il le laissait vivre sa vie comme il l’entendait, après tout il n’était pas son père.

Un jour, Zack rencontra Jessica en boîte de nuit. Le feeling était de suite passé et les deux amoureux ne se quittèrent plus. Harry fut un peu jaloux au début, il perdait son meilleur ami au profit d’une demoiselle. Mais Jessica fut vite intégrée à leur « groupe » après un dîner organisé par Zack afin de les présenter l’un à l’autre. Malgré cette relation très passionnelle, Zack n’en oubliait pas son « pote », il lui accordait toujours du temps, ils s’accordaient des moments ensemble, « entre mecs », ça leur faisait du bien.

Au bout d’un an, Zack et Jessica décidèrent de s’installer ensemble. Harry le prit du bon côté et se dit que de toute façon c’était inévitable, il ne pouvait rien dire, il voyait bien à quel point ils s’aimaient. Tout ce qu’il demandait, c’était de ne pas être oublié. Ils instaurèrent un jour « ZH » par semaine, un jour qu’ils ne passaient que tous les deux et Harry restait dîner avec le couple. Jessica adorait cette relation amicale, elle y voyait un amour fort, vrai et surtout fraternel. Oui Harry et Zack se considéraient comme des frères.

Zack et Jessica étaient mariés depuis deux ans maintenant, ils envisageaient de fonder une famille, Zack rêvait de ça depuis toujours, Jessica était plus réservée à ce sujet et pensait qu’ils avaient encore le temps mais ils en parlaient. Ce jour-là, ils allaient fêter leur anniversaire de mariage au restaurant avec le témoin du marié : Harry bien sûr. Mais lui était resté célibataire, il ne trouvait pas chaussure à son pied au grand désespoir de Zack qui attendait d’être à son tour témoin. Il voulait tellement le bonheur de son ami. Mais ils s’étaient mis d’accord : jamais Zack ne devait jouer les entremetteurs, Harry se trouverait sa moitié seul. Et pourtant, Zack avait fait de nombreuses connaissances avec les amies de Jessica, certaines, il en était sûr, auraient pu plaire à Harry. Mais non, jamais il ne lui avait présenté les amies de sa femme.

Ils passaient un bon moment tous les trois. Zack parlait beaucoup de son projet de bébé, il voyait déjà le parrain Harry avait son ou sa filleul(e), il avait des idées plein la tête concernant l’aménagement de la chambre, des prénoms en pagaille (mais il était en désaccord avec Jessica à ce sujet, il savait qu’ils arriveraient à s’entendre à la fin)… c’était son rêve, il ne pouvait s’empêcher d’en parler :

- Je veux une fille en premier, je voudrais bien l’appeler Satyana mais Jess préfère Kalee.

- On arrivera bien à se mettre d’accord d’ici là. Si c’est un garçon, ce sera Aïdan ou Carter. Je veux quatre enfants mais là non plus Jess n’est pas d’accord. En fait, on n’est pas fait pour s’entendre (il se tournait vers elle et lui dit « Je rigole mon Amour »). J’imagine déjà la chambre que je lui ferai, ce sera ma petite Princesse ou mon petit Prince, mon p’tit bébé à moi … Et ça sera pareil pour les trois (clin d’œil à Jessica) autres qui suivront.

Cela faisait rire Harry, il n’avait pas imaginé son ami ainsi, le garçon rebelle qu’il avait connu défiant toutes les lois du système scolaire prêt à devenir papa. Mais il savait qu’il serait le meilleur père au monde, ses enfants ne manqueront de rien et il savait aussi que la chambre dont il rêvait serait parfaite : Zack était un artiste, il saurait quoi faire pour transformer une pièce vide en un endroit agréable et magique pour enfants.

A la fin du repas, Harry leur proposa d’aller faire un tour à la fête foraine qui se tenait non loin de là. Le couple était d’accord, Zack voulait juste sortir un peu de liquide et demanda à passer d’abord par la banque.

Mais ce n’était pas le moment de faire un saut par le guichet. Quelques secondes après avoir passé la porte, des braqueurs entrèrent à leur tour. Tout le monde avait peur, ils s’étaient tous couchés à terre à la demande des trois personnes cagoulées. Il ne devait rien se passer de mal si tout le monde obéissait à leurs ordres. Mais il y avait un problème, que même eux n’avaient pas imaginé. Ces trois jeunes étaient racistes et Zack était noir. Maintenant, ils ne voulaient plus que l’argent, ils voulaient aussi s’amuser. Une fois leurs sacs rempli de billets, ils décidèrent qu’il fallait emmener un otage avec eux, « au cas où » … Évidemment, leur choix fut vite fait. Ils demandèrent à Zack de se lever et de les suivre. Personne ne comprenait ce qui se passait, personne ne l’avait vu venir. Ils pensaient tous que le calvaire était fini, il ne dura pas longtemps mais assez pour traumatiser les personnes présentes.

Et en une fraction de secondes, les ravisseurs disparurent avec leur proie. Jessica resta bouche bée, elle ne réalisait pas encore ce qui venait de se dérouler sous ses yeux. Elle recouvra ses esprits quand Harry se releva d’un bond et voulu leur courir après. Elle le rattrapa de justesse et l’empêcha de faire cette bêtise. Elle lui fit comprendre qu’il valait mieux ne pas tenter le diable et appeler la police. Mais Harry n’avait pas confiance dans les forces de l’ordre, il voulait retrouver son ami et plus vite que ça. Mais il ne fit rien, il resta aux côtés de Jessica pendant de longs jours, se demandant ce qu’endurait son frère. Il ne dormait plus, Jessica pleurait souvent, ils perdaient espoir.

Un coup de téléphone les sortit de leur angoisse : Zack était à l’hôpital, la police avait réussi à mettre la main sur les braqueurs et à libérer le jeune homme. Ils foncèrent là-bas où on leur demanda d’attendre. Ils voulaient prendre de ses nouvelles mais il était encore tôt. Ils étaient partagés entre la joie, le doute, la peur. Que c’était-il passé ? Comment allait-il ? Comment allaient-ils surmonter tout cela ensemble ? Tant de questions leur traversaient l’esprit.

Quelques heures passèrent et ils furent autorisés à lui rendre visite. Zack n’avaient plus qu’eux au monde, ils se disaient qu’il serait soulagé de les voir. Mais ils ne virent qu’un homme dévasté, renfermé sur lui-même, le regard dans le vide. Jessica fut la première à s’approcher, doucement, de son mari. Il ne bougea pas, on aurait dit qu’il ne la voyait même pas, ne la sentait pas lui caresser le visage, lui passer la main dans les cheveux pour le rassurer, lui dire qu’il était sauvé, qu’elle était là, qu’elle serait toujours là.

Elle se voulait positive, lui faire comprendre que c’était fini, qu’il était en sécurité mais il ne réagit à aucune de ses attentions. Il en fut autrement pour Harry. Quand il voulut le prendre dans ses bras, ému de le retrouver, il se trouva face à un mur qui le bloqua net. Le regard furieux, Zack le regardait droit dans les yeux, il ne voulait pas de sa présence à ses côtés. Harry ne comprenait pas, que lui avait-il fait ? Il ne voulait pas abandonner, il lui dit qu’il était lui aussi présent pour lui, qu’il ferait tout pour que son retour à la maison se fasse dans les meilleures conditions. Rien n’y faisait, Zack ne voulait pas de lui dans sa chambre d’hôpital. Harry n’insista pas, il partit.

- Ne le prends pas mal. Ne t’éloigne pas trop s’il-te-plaît, ton ami aura forcément besoin de toi, j’en suis sûre, le rassura-t-elle.

Mais Jessica avait tort. Les jours qui suivirent sa sortie d’hôpital, Zack ne parlait pas, il ne faisait que crier la nuit pourtant il ne dormait pas beaucoup. Il ne mangeait pas non plus beaucoup, il ne voulait rien faire, rien dire. Les médecins n’avaient remarqué que des blessures superficielles sur son corps, des traces de brûlures, des coupures peu profondes … Il s’agissait plus d’un problème psychologique. Personne ne savait ce qu’il s’était passé pendant son absence, seul Zack pouvait leur révéler mais il n’avait pas l’air de le vouloir. Il était évident que quelque chose s’était fermé en lui et qu’il était possible que plus jamais il ne redevienne le même qu’avant.

Puis, il recommença à parler, à manger, à dormir comme un quelqu’un de normal. Harry avait voulu lui téléphoner, passer le voir … Il refusait tout ce qui venait de lui. Harry voulait comprendre, pourquoi lui refusait-il son aide ? Mais même Jessica ne savait pas, elle ne savait rien des pensées de son fiancé, il ne lui avait encore rien raconté de ce qui lui était arrivé, il ne faisait que lui dire qu’il souffrait, qu’il voulait oublier. Elle ne savait pas trop quoi lui répondre à part que tout rentrerait dans l’ordre, qu’elle l’aimait, qu’elle serait toujours là pour lui, qu’elle ne le laisserait plus jamais seul. Il n’avait pas l’air d’écouter, d’y croire.

Une nuit, Jessica se réveilla, elle ne sentait pas la présence de Zack à ses côtés. Elle le chercha dans toute la maison, l’appela mais n’eut aucune réponse. Elle paniqua et appela Harry. Il se mit à sa recherche de suite. Il alla à tous les endroits où ils avaient l’habitude d’aller auparavant. A 5 heures du matin, il le vit, assis seul sur un banc du parc. Il tenta une approche et fut surpris de voir que Zack ne se renferma pas, il ne bougea pas et le regarda même droit dans les yeux. Il pleurait, il semblait perdu, paniqué. Harry essaya à nouveau de le prendre dans ses bras mais Zack eut un mouvement de recul. Il se leva brusquement, se mit à faire les cent pas, les larmes coulaient de plus belle sur son visage. Il s’arrêta net, pris sa tête entre ses mains et hurla sur son ami :

- Tout ça c’est de ta faute !!!

L’incompréhension se lisait sur le visage de Harry :

- Pourquoi ? Pourquoi me dis-tu ça ? Pourquoi me fais-tu ça ? Je veux comprendre, je ne saisis pas, je n’ai rien fait, explique-moi.

- C’est toi qui a voulu aller à cette stupide fête foraine, sans ça rien ne se serait passé. Jamais plus je ne pourrai te regarder sans penser à cette journée, je ne peux plus, c’est trop dur.

- Ne dis pas ça, lui répondit Harry, les larmes aux bords des yeux. Je ne veux pas te perdre, pas pour ça, je n’y suis pour rien, ce n’est pas de ma faute, jamais je n’ai voulu ça pour toi.

Mais les dernières paroles de Zack ne furent pas pour le rassurer :

- C’est trop tard Harry, je t’ai rayé de ma vie le jour où je t’ai revu à l’hôpital. Je te demanderai de nous laisser tranquilles Jessica et moi. Je n’arriverai pas à oublier si tu restes près de moi. Quand je te vois, je les vois, je ne peux plus avancer avec ces images. Je ne vais pas te dire que j’en suis désolé, je ne le suis pas, je ne veux même pas te faire comprendre ce que je ressens, je ne veux rien te dire de plus, juste je te demande de me foutre la paix.

Harry n’en revenait pas : Zack s’éloignait de lui, il marchait vite, il savait qu’il voulait partir le plus vite possible, ne plus le voir, ne plus sentir sa présence. Leur première et seule dispute. Harry se sentait désemparé, il aurait souhaiter lui poser tant de questions mais il voulait aussi respecter ce que son meilleur ami lui demandait. Des larmes coulèrent le long de ses joues aux souvenirs de leur amitié, des moments passés ensemble. Il ne pouvait pas effacer tant d’années en un claquement de doigts comme venait de le faire Zack. Il se résignait à ne plus jamais entendre parler de lui.

Jusqu’à …

6 mois plus tard …

Il était midi, Harry ne faisait rien, il était en vacances. Il s’ennuyait, il n’avait jamais été aussi triste et seul. Toute cette histoire avec Zack l’avait anéanti. A part la fameuse rengaine « métro, boulot, dodo », sa vie était tombée dans le néant. Il allait se faire réchauffer vite fait une pizza pour dire de ne pas mourir de faim quand son téléphone émit une sonnerie, celle de ses textos. Il n’en revenait pas :

- Besoin (envie ?) de te parler, t’es libre ?

Oui, c’était bien lui. Un message de son ami, il était ravi, un sourire se dessinait sur ses lèvres. Il répondit de suite :

- Évidemment, toujours pour toi. Où et quand ? Je suis en repos, c’est quand tu veux.

La réponse ne se fit pas attendre :

- Viens à la maison si tu veux. Jessica n’est pas là, elle est à l’hôpital (elle taffe), on pourra parler tranquillement.

- Vers 14h ?

- OK, je serai là à 14h, merci.

Il attendait patiemment que l’heure arrive, il avait hâte de le revoir, de discuter, peut-être même de savoir. Il ne savait pas comment cela allait se passer, comment serait l’état de Zack (avait-il changé ?). Peut-être aurait-il les réponses à ses questions ?

Il était devant chez lui à 14h pile mais il hésitait à sonner. Il n’eut pas besoin de le faire, Zack l’avait vu arriver et était venu lui ouvrir. Il paraissait moins abattu que la dernière fois qu’il l’avait vu mais il avait quelque peu changé : maigri, mal rasé on voyait encore le vide en lui mais une bonne partie plus joyeuse avait l’air d’être revenue, ce qui le rassura un peu.

- Entre, finit-il par lui dire. Comment vas-tu ?

Le temps s’était arrêté. Il lui posait la question comme s’ils s’étaient quittés en bons termes, comme si de rien n’était, comme si rien ne s’était passé, ils étaient toujours amis. Au départ, cela lui sembla bizarre mais il voulut faire de même, pour le moment, oublier tout cela et retrouver son ami.

- On fait aller mais le plus important, comment toi tu vas ?

- Viens, on s’assoit, tu veux un café, quelque chose ?

- Un café, pourquoi pas, merci mais j’ai besoin de savoir si tu vas bien.

- Ça peut aller. J’arrive, je vais faire le café, on a tout le temps de discuter, ne t’inquiète pas, Jessica est de garde aujourd’hui.

Harry ne savait pas vraiment comment réagir, devait-il entrer dans le vif du sujet ? Laisser faire Zack et voir s’il allait en parler ? Il ne comprenait pas trop la réaction de son ami, d’ailleurs l’étaient-ils encore ? A première vue oui mais en se rappelant les dernières paroles de Zack sa réponse penchait vers le non.

Quelques minutes passèrent et Zack revint s’asseoir en face de Harry et déposa les cafés sur la table basse du salon.

- Je suis content que tu ais accepté de me voir. Je n’étais pas sûr que tu viendrais, je veux dire, ça s’est mal passé la dernière fois qu’on s’est vus.

- Oui c’est vrai, lui répondit Harry, mais je ne voyais pas pourquoi j’aurais refusé de venir. C’est toi qui m’a effacé de ta vie, pas moi. J’ai été surpris de recevoir ton message, surpris mais ravi, je ne m’y attendais pas du tout, ce fut une belle surprise.

Le sourire de Zack l’émut, il se dit que tout n’était pas perdu, que tout pouvait redevenir comme avant. Il continua :

- Je voudrais te poser quelques questions sur ce qui s’est passé il y a six mois. Tu veux bien ?

- OK, maintenant je suis prêt à t’en parler. La blessure est encore profonde et donc bien présente mais si je t’ai demandé de venir c’est pour une bonne raison non ?

- Merci, mais si tu trouves que je vais trop loin ou si tu ne te sens pas de répondre, dis-le moi, je ne veux pas qu’on recommence comme lors de notre dernière rencontre. Cette situation m’a aussi détruit, pas comme toi évidemment, mais j’ai été affecté par ton absence et ta décision de mettre notre amitié aux oubliettes. Je t’avouerai que je n’ai toujours pas compris pourquoi tu m’avais tout remis dessus, les choses se seraient quand même passées comme ça, tu le sais ?

- Je suppose oui, ça devait être écrit quelque part. je t’en ai voulu et rendu responsable parce qu’il fallait bien un coupable ! Je devais focaliser ma colère sur quelqu’un, ça a été toi, tout ça parce que tu as voulu aller à cette fête foraine mais c’est moi qui ai souhaité sortir de l’argent, pas toi. J’y suis allé fort mais je voulais oublier leur visage, je voulais me défouler sur quelqu’un. Je t’avoue que je n’ai pas été tendre en paroles avec toi quand j’en parlais avec Jessica, mais, honnêtement, ça me permettait d’oublier et d’essayer de passer à autre chose mais j’ai toujours su que je faisais ça égoïstement, juste pour pouvoir mettre un visage familier sur cet accident.

- Je pense que nous aurions pu en parler, toi et moi, tu aurais pu me gueuler dessus, me frapper, faire ce que tu voulais mais c’était injuste. On a toujours été là l’un pour l’autre, on a toujours su discuter calmement. Je n’avais plus mon meilleur ami en face de moi cette nuit là, tu étais un étranger.

- Une partie de moi est partie ce jour-là, je pense avoir changé. Je me méfie de tout et de tout le monde. J’ai peur de tout, je n’arrive plus à sortir, je n’ai pas repris le travail. Tout ça me hante encore, je ne sais pas quand je verrai le bout du chemin mais je dois encore travailler sur moi pour oublier, essayer de faire comme s’il n’y avait rien eu, j’ai beaucoup de mal, c’est dur pour moi. Je fais encore des cauchemars, oui même après six mois. Je ne veux pas qu’on m’en parle, je dois être celui qui commence la discussion à ce sujet sinon je me mets en colère. Nous nous disputons beaucoup Jessica et moi parce qu’elle pense que je ne me confie pas assez. Elle a voulu que je vois un psy, j’ai refusé ! J’ai déjà du mal à en parler à ma femme ou à toi maintenant, ce n’est pas pour en parler avec un inconnu, tu comprends ?

- Oui, je suis d’ailleurs content que tu m’en parles.

- Tu sais, j’ai peur qu’elle ne me quitte, qu’elle n’arrive plus à comprendre pourquoi, par moments, la nuit je me réveille en criant, pourquoi je dois rester seul quelques instants selon mon humeur, pourquoi je pleure encore, pourquoi quand elle me touche j’ai un mouvement de recul. J’ai peur qu’elle ne comprenne pas que ce n’est pas contre elle, juste je ne réagis pas de suite que c’est elle, je suis ailleurs et je pense que quelqu’un essaie de m’attraper pour m’emmener. Parfois, je suis à bout, je veux en finir, ne plus penser à ça. Il n’est plus question de bébé pour le moment, ça me fait mal mais elle pense que ce n’est pas le moment, je dois d’abord exorciser mes démons. Mais la peur est toujours présente, je ne peux plus rien faire, je n’arrive vraiment pas à passer à autre chose, à profiter des moments avec ma femme, je ne côtoie plus personne, ma vie est un enfer, j’ai trop changé, je ne me reconnais plus moi-même.

- Lui as-tu raconté ce qui s’était passé exactement pendant ces quelques jours pour toi ? Elle aurait pu t’aider, médicalement parlant j’entends. Veux-tu m’en parler ?

- Je reste vague quand elle me questionne, dès que j’essaie de parler, je me bloque, les images reviennent. Tu ne peux pas savoir à quel point je suis malheureux. C’est aussi pour ça que je t’ai envoyé un message, je voulais renouer le dialogue avec toi, essayer de reprendre ma vie là où on l’avait laissée tous les trois. Je veux retourner en arrière, revivre comme avant sans crainte ni douleur. Je ne veux plus être dépendant de cette peur, j’en ai marre de me droguer aux médicaments pour ne pas sombrer dans la folie, la dépression. Et je pense que je bois un peu trop.

Il sourit mais son sourire était crispé, nerveux. Harry voyait bien qu’il retenait ses larmes, que son ami était anéanti. Zack repris :

- Tu veux vraiment que je t’en parle ?

C’est toi qui vois... Je ne veux pas te forcer, mais peut-être que ça te ferait du bien et qu’après ça tu pourras en parler plus ouvertement à Jess. Cela te libérera et ta vie reprendra un cours normal.

- OK, en même temps je pense que je te le dois bien.

L’expression de son visage changea, Harry voyait que son ami n’était pas à l’aise. Il allait lui dire qu’il n’était pas obligé de se confier à lui mais Zack commença à parler :

- Je n’ai pas compris ce qui se passait au début, je pensais juste qu’ils voulaient quelqu’un pour sortir de la banque et une fois éloignés qu’il me relâcheraient, on n’avait pas vu leur visage, on n’aurait pas pu les reconnaître. Nous avons roulés quelques heures, ils m’avaient bandé les yeux à peine entrés dans la camionnette (il me semble que c’était une camionnette ???). Je n’ai jamais su où nous étions, je ne reconnaissais rien, je n’entendais rien, j’essayais de ne pas avoir peur, je ne pensais pas que ça allait durer aussi longtemps, tout du moins pour moi ça a duré longtemps, je ne sais même pas combien de temps j’ai été absent et, en fait, je ne veux pas le savoir. Ils m’ont attaché à une chaise. Ils me parlaient, je ne voulais pas répondre, pas relever, je les regardais droit dans les yeux, leur montrer qu’ils ne m’atteindraient pas, que je serais plus fort qu’eux, quoi qu’il arrive ! Mais c’est plus facile à dire qu’à faire. Ils ont commencé par menacer ma famille, Jessica (ils avaient vu que j’étais avec elle), ils me disaient que je n’avais rien à faire dans ce pays, qu’il fallait que je retourne dans le mien, évidemment ils ne savaient pas que mon pays est le même que le leur, ils m’ont juste jugé sur la couleur de ma peau, ils ont du penser que je venais d’Afrique, je ne sais pas. Ils m’ont dit qu’ils allaient s’occuper de mes parents, qu’ils trouveraient l’adresse des gens qui m’étaient chers et qu’ils les renverraient chez nous ou pire. Ils m’ont torturé mentalement, me disant que tous les malheurs qui arrivaient aux blancs étaient à cause de gens comme moi. Ils ont voulu voir si mon sang était rouge comme le leur, c’est de là que proviennent les cicatrices sur mon torse, ils ont utilisé un cutter ou quelque chose comme ça, je ne faisais pas vraiment attention. Ça les faisait rire, je les ai entendu dire « Ah ben oui, c’est rouge aussi, bizarre » tout en continuant de s’esclaffer. Bon, ils étaient gentils (des larmes commençaient à apparaître dans ses yeux), ils me nourrissaient un minimum.

Il sourit nerveusement, il pleurait maintenant, Harry commençait aussi à sentir la tristesse l’envahir, il ne voulait pas voir son ami dans cet état. Il allait l’interrompre, mais Zack continua :

- Une fois qu’ils se sont rendus compte que je ne parlerai pas, ils se sont dit que le moyen de m’entendre serait de me faire mal. Quand ils avaient vérifié la couleur de mon sang, je n’ai rien dit, pas émis un bruit. Oui, j’avais mal mais je ne voulais pas qu’ils s’en aperçoivent, je ne voulais pas leur faire ce plaisir. Je voulais rester de marbre. Encore une fois, plus facile à dire qu’à faire. Ils m’ont mis la tête sous l’eau gelée, ils m’ont brûlé avec des cigarettes, ils ont continué avec leur cutter, enfin des choses dans ce genre là. Je n’ai pas tout suivi (sourire nerveux), je n’ai pas tout supporté, je me rappelle m’être évanoui plusieurs fois. J’avais froid, j’avais faim, j’avais peur. Je te rassure, à l’hôpital ils m’ont dit qu’il n’y avait que les choses visibles qui avaient été faites, ils ne m’ont pas touché autrement, si tu vois ce que je veux dire.

Harry savait très bien ce qu’il voulait dire et oui cela le rassurait quand même mais il avait beaucoup de mal à entendre le récit de son ami. Il l’imaginait seul et sans défense. Il avait mal pour lui.

- Je me demande s’ils n’ont pas gravé quelque chose sur mon dos mais je n’ai jamais demandé à Jessica, je ne me mets plus torse nu, c’est fini, je ne veux pas voir ces cicatrices, il y en a partout. Je ne me regarde plus dans le miroir. Je ne regarde plus les gens droit dans les yeux, je ne sors plus comme je te le disais. Je n’ai plus confiance dans les autres, je ne veux voir personne, je reste souvent dans mon lit quand Jessica n’est pas là, j’essaye de ne pas y penser mais je n’ai que ça en tête. Je pleure souvent la nuit, le jour aussi il faut dire, je me réveille en sursaut, en sueur et dans ces cas là je ne veux pas qu’elle me touche. Je m’imagine que tout le monde m’en veut, que tout le monde pense comme eux, que tout le monde m’observe et veut me faire mal. J’arrive à être méchant avec Jessica, je ne l’ai jamais frappée ne t’inquiète pas mais je pense être dur verbalement parfois. Je veux remettre la faute sur quelqu’un d’autre que moi, comme je l’ai fait avec toi. Mais je me rends compte que ça fait aussi du bien d’en parler, je vais peut-être le faire avec ma femme aussi. Mais maintenant ma vie est régie par la peur : peur de l’inconnu, peur des gens, peur de l’extérieur … Toute sorte de peurs, et je ne sais pas comment je vais m’en sortir. Quand je suis seul, je bois pour oublier, quand ça ne va vraiment pas je prends des somnifères ou des calmants, je veux passer à autre chose mais je n’y arrive pas…

- Je ne pense pas que l’alcool et les drogues soient la solution tu sais, lui dit Harry. Je pense que la meilleure des choses, pour toi, et de t’ouvrir à nous et tu verras la vie reprendra son cours normal. J’aimerais que tu arrêtes de vivre de cette façon, appelle-moi, même en pleine nuit si le stress monte, je suis là pour toi, je l’ai toujours été et le serai toujours. Je suis ton ami, ne l’oublies pas.

Zack pleurait vraiment maintenant, Harry ne savais pas quoi faire, il avait peur de s’approcher de lui et que Zack ait une réaction violente. C’est son ami qui vint vers lui :

- Je suis vraiment désolé de la peine que je t’ai causé, je n’aurais pas du, tout ça n’était pas de ta faute, je ne sais pas pourquoi j’ai réagi comme cela, je m’en veux tellement. Tu me manques. J’aimerais retrouver ma vie d’avant, avec Jessica, avec toi, tous les trois. Me pardonneras-tu un jour ? S’il-te-plaît, c’est trop dur sans mon meilleur ami.

Harry pleurait aussi maintenant. Il prit Zack dans ses bras :

- Bien sûr que je te pardonne, tu es mon frère, je ne t’en veux pas, je t’aime trop pour ça.

Il était heureux, ils étaient enfin réconciliés.

Encore six mois plus tard…

Jessica pleurait dans les bras d’Harry. Ils ne comprenaient pas ce qui venait d’arriver. Ils étaient allés au centre commercial acheter quelques provisions pour le repas que Zack avait prévu pour eux trois. Il leur avait fait une liste de courses mais ne voulait pas venir avec eux, c’était encore trop dur pour lui mais il avait promis de faire la cuisine pour le soir.

Jessica et Harry rigolaient en entrant dans la maison, ils s’imaginaient déjà passer une bonne soirée, que tout irait bien et que Zack retrouverait le sourire et sa joie de vivre après cela mais ils ne pensaient pas le voir, allongé sur le canapé, les yeux grands ouverts.

Harry appela les urgences de suite, Jessica courut vers son mari, tous ses réflexes de médecin avait disparu, elle ne faisait que l’appeler et le secouer, elle voulait juste le ranimer :

- Bébé, réveille-toi, disait-elle. Qu’est ce que tu as fait ? Harry aide moi, il ne veut pas se réveiller !

Harry vit une lettre sur la table basse, elle était pour Jessica. La jeune femme pleurait, elle ne pouvait pas la lire, ou ne le voulait pas. Elle demanda à Harry de bien vouloir le faire pour elle. Il s’exécuta, tout en devinant ce qu’elle renfermait, il essayait d’être fort, de ravaler ses larmes et commença la lecture de ce petit bout de papier :

« Bébé,

Je suis l’homme le plus heureux qui sois : j’ai rencontré l’Amour de ma vie, le destin m’a mis sur ton chemin. Tu m’as tant donné, je n’aurais jamais cru ça possible. J’espère t’avoir aussi apporté du bonheur à mes côtés. Mais derrière un sourire se cache aussi beaucoup de négatif.

Maintenant, tu sais aussi que ces derniers mois n’ont pas été faciles pour moi, entre nos disputes et ce qui s’est passé, je n’arrive pas à remonter la pente. Malgré ta présence, et celle de Harry, je ne peux pas oublier, je ne peux pas passer par dessus. Je sais ce que tu vas penser : « Je t’avais dit de te faire aider », mais si je n’arrivais pas vraiment à t’en parler à toi ou à mon meilleur ami, tu crois vraiment que j’aurais pu le faire avec un inconnu ?

Je ne veux pas que tu me pardonnes ce que je m’apprête à faire, juste que tu le comprennes. Ce sera difficile, je pense, mais je ne vois pas d’autre issue que celle-là. Je sais que la situation te fait autant souffrir que moi, je m’enferme dans ce monde qui n’est pas réel, je m’imagine des choses qui me font vivre l’enfer et je t’emmène dans cette descente aux enfers Je ne veux pas de ça pour toi, pas pour mon bébé que j’aime plus que tout au monde (aussi grand que l’Univers comme tu me dis). Je sais que je bouleverse tous nos plans mais je ne voulais pas de cette vie là pour toi.

Je ne vais pas te demander pardon, tu ne pourrais pas m’excuser. Essaie juste de ne pas m’oublier, d’amoindrir ta colère au fil du temps.

Je sais que tu rendras quelqu’un heureux dans l’avenir, je veillerai toujours sur toi. Je vais devenir ton Ange Gardien qui te permettra de faire les bon choix dans la vie. Harry sera là pour t’épauler, promets-moi de veiller aussi sur lui, comme je lui demande dans cette lettre aussi de veiller sur toi.

Harry, mon pote, je suis désolé, c’est un geste égoïste mais que veux-tu, je suis comme ça. Je sais qu’il y a d’autres solutions selon toi mais je suis fatigué, je dois partir.

Je vous aime tous les deux, j’espère que vous le savez. Je ne voulais pas le faire mais je suis obligé de m’excuser, je ne peux pas vous laisser sans ça. Vivez votre vie à fond, profitez de chaque moment, ne faites pas les mêmes erreurs que moi. Nous nous reverrons forcément, le plus tard possible serait le mieux.

Zack »

Quelques jours plus tard, les familles de Zack et de Jessica étaient réunies chez eux, ils avaient dit adieu à leur fils, frère, gendre, mari, ami. Ce fut une période très dure pour Harry : il s’était disputé avec Zack, il l’avait perdu de vue pour enfin se réconcilier avec lui à la demande de son ami et maintenant plus rien.

Maintenant …

Harry ne voulait pas y aller. Il ne l’avait pas vu depuis longtemps, il lui manquait mais il ne pouvait se résoudre à s’y rendre…

Jessica lui avait donné une lettre, elle lui avait demandé de la lui lire une fois au cimetière. Harry avait voulu y aller seul aujourd’hui, c’était la première fois qu’il s’y rendait depuis l’enterrement.

Salut mec. Je sais que je ne suis pas encore venu te voir depuis … Enfin, me voilà. Jessica m’a demandé de te lire une lettre, je n’ai pas voulu qu’elle vienne avec moi, j’espère que tu ne m’en veux pas. Voilà ce qu’elle dit :

« Mon bébé,

Cela fait 6 mois depuis que tu nous as quittés. Je ne comprends pas comment tu as pu me faire ça, comment tu as pu m’abandonner comme ça alors qu’on vivait de si beaux moments, qu’on avait tant de projets.

Oui, il y a eu des disputes mais qui n’en a pas dans un couple ?

Comme je te le disais, je ne comprends pas ton geste mais sache que je t’ai pardonné. Nos discussions me manquent. Tu te rappelles aussi qu’on s’était posé la question à savoir ce qu’on ferait si l’un de nous mourrait bien avant l’autre ? Si on se parlerait ou pas ? Et bien, je te parle chaque jour, j’espère que tu m’entends là où tu es.

Mais j’ai aussi ce besoin de t’écrire aujourd’hui. J’aurais tellement à noter sur cette feuille blanche mais je voulais juste que tu saches que tu me manques énormément, tes câlins, tes baisers, tes caresses, les mots doux que tu me chantais, rien que pour moi, tes petits sourires, ton rire. Les moments partagés avec Harry me manquent aussi, maintenant nous ne sommes que tous les deux pour les partager en s’imaginant ce que tu aurais fait si tu avais été avec nous. Comme j’aimerais te prendre à nouveau dans mes bras, sentir ton parfum, toucher tes cheveux (même si tu n’aimais pas ça), t’embrasser … enfin être à tes côtés.

Ce que tu ne sais pas, c’est que nous ne sommes pas les deux seules personnes que tu ais quitté. Je viens d’apprendre qu’il me reste un bout de toi : tu vas être papa dans trois mois, une petite fille. Je sais à quel point tu voulais que nous fassions un bébé au plus vite, c’était une des choses sur lesquelles nous n’étions pas d’accord et la voilà. Tu seras donc toujours un peu avec moi. J’espère retrouver tes beaux yeux en elle. Je lui ai déjà donné un prénom, celui que tu voulais : Satyana.

J’espère que de là-haut tu es content et que tu veilleras aussi sur ta fille. Je ne sais pas comment je pourrai lui expliquer que tu la désirais plus que tout mais que tu n’as pas pu être là pour elle. Mais je sais qu’elle t’aimera malgré tout. Tu aurais fait un père formidable, je le sais. Elle aura une vie heureuse je te le promets, je lui parlerai beaucoup de toi, de l’homme merveilleux que tu étais, à quel point je t’aimais (et t’aime toujours).

Je dois te quitter mon Amour, tu me manques horriblement, jamais je ne t’oublierai. Je passe te voir très vite, tu le sais.

On se parle demain (ou ce soir) ?

A toi, à jamais.

Je t’aime. »

Il s’arrêtait de parler deux minutes, il n’avait pas lu la lettre avant d’arriver. Les larmes se mirent à couler sur ses joues, cette journée était affreuse pour lui, il se sentait seul mais en même temps il l’avait voulu comme ça.

Je t’ai aussi écrit une lettre, c’est peut-être plus facile pour commencer, au moins je sais quoi te dire. La prochaine fois, je te parlerai au feeling mais là il le fallait. Tu m’écoutes ? lui dit-il dans un petit rire nerveux.

« Mon pote,

Jessica m’a dit que d’écrire faisait du bien, alors je tente.

Tu as laissé un grand vide derrière toi. Si tu nous entends de là où tu es, tu dois m’en vouloir. Je t’ai maudit, je t’en ai voulu, je l’ai assez répété mais c’est parce que je ne pensais pas que tu nous abandonnerais comme ça, aussi vite et de façon inattendue.

Je me repasse cette journée tout le temps, j’essaie de m’imaginer ce que notre existence aurait été si nous n’étions pas sortis, si on était resté avec toi … Tu serais encore là. Je n’arrive pas à complètement te pardonner, tu sais que nous étions là pour toi, je ne te comprends pas. Maintenant que tu n’es plus là, avec qui je peux faire le fou, à qui je peux me confier ? Tu me manques, c’est incroyable, je n’aurais pas cru. Je veux dire, je savais que tu comptais énormément pour moi, tu es le meilleur ami que quiconque puisse avoir mais ce manque est immense, il me fait mal. Je n’ai plus ces moments privilégiés que nous avions depuis des années, je ne veux pas les partager avec un autre. Je voudrais tellement que tu reviennes tout en sachant que c’est impossible, on ne peut pas revenir en arrière et essayer de te sauver.

Je m’en veux aussi terriblement, j’ai l’impression que je n’ai pas été assez présent pour toi. Nous savions très bien que cela n’allait pas trop les derniers temps où tu étais avec nous mais ça, on ne se l’était pas imaginé.

Enfin, ne t’inquiète pas, je prends bien soin de Jess et je prendrai également bien soin de ta princesse, tu peux avoir confiance en moi.

Je pense que je vais faire comme ta femme, te parler un peu chaque jour, que tu restes dans mes souvenirs, tu es toujours dans mon cœur. Je vais peut-être tenir un journal, comme si je te parlais directement, cela permettra peut-être à ma douleur de se dissiper.

J’essaierai aussi de venir te voir plus souvent mais je n’arrive pas à t’imaginer là, je ne te vois pas, ça me fait mal.

Sache que, moi aussi, je t’aime, je ne t’oublierai jamais, tu resteras toujours MON meilleur ami, mon bichon comme on disait après une soirée bien arrosée. »

Il n’arrêtait pas de pleurer, il vivait un moment si douloureux, il voulait son ami près de lui pour le réconforter, il voulait le voir et rire encore avec lui.

- Reviens, j’ai besoin de toi. Je suis perdu là, je ne vois plus que Jessica pour le moment, personne d’autre. Ta fille va naître, je serai là pour elle, ne t’en fais, je te le promets, je serai un bon parrain pour elle, je sais les décisions que tu aurais prises pour elle, je les respecterai. Tu me manques, c’est trop dur…

Il resta encore un moment avec Zack, une photo à la main, une photo où ils étaient tous les deux. Jessica l’avait prise le jour de leur mariage. Il la déposa sur sa tombe, à côté des photos que Jessica avait laissées : une à leur mariage, où le bonheur se lisait dans leurs yeux et une autre où ils étaient tous trois, un jour où le soleil brillait, où ils avaient leur vie devant eux. Il se disait que comme ça, Zack ne l’oublierait pas.

La route allait être longue pour Harry mais bientôt il s’occuperait de Satyana. Jessica lui avait demandé d’emménager avec elle, elle allait avoir besoin de lui. Il accepta mais ce fut difficile pour lui, tant de choses lui rappelaient la présence de son ami. Ils regardaient souvent les photos qu’ils avaient accumulées mais aussi les vidéos. Zack était là avec eux, ils lui parlaient tous les deux maintenant. Ils oublieraient un peu leur peine avec le sourire de la petite fille et feraient vivre Zack dans leurs récits pour que la princesse connaisse son père.

Un rayon de soleil traversa la pièce le jour de l’arrivée de Satyana à la maison, tous deux savaient ce que cela signifiait : papa était là pour sa fille et était heureux pour eux, il avait enfin trouvé la paix et le bonheur revenait un peu dans le cœur de Jessica et de Harry.

FIN

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