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dimanche 14 septembre 2014

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Septième Nouvelle : L’illusion de la perfection, de Sophie Gautier

Valérie hésitait entre éclater de rire ou en sanglots.

Il avait osé.

Il avait osé lui offrir la lingerie qu’il destinait à « l’autre ».

Certes, l’ensemble Aubade était magnifique et, en cela, rien d’étonnant, il avait toujours été généreux. Le hic, c’est qu’il était étiqueté en 36, alors qu’elle faisait un bon 40 depuis la naissance de leur troisième enfant. D’ailleurs, ce dimanche soir, leur progéniture était absente, heureusement. Valérie avait expédié les trois chez sa mère pour cette semaine de vacances scolaires. Pressentant que la soirée allait être houleuse, elle ne pouvait que se féliciter de cette aubaine.

S’était-il tout bonnement trompé ? Non, elle ne pouvait même pas lui accorder cette excuse, une semaine auparavant, ils avaient fait les boutiques ensemble et elle l’avait sollicité à plusieurs reprises pour aller lui chercher la taille pendant qu’elle essayait en cabine. Il avait parfaitement vu qu’elle faisait du 40. A aucun moment elle ne lui avait demandé un 36 ! Elle examinait l’ensemble, en se disant que la secrétaire de son mari, actrice principale de l’ignoble vidéo qu’elle avait reçue, serait parfaite dans cette lingerie.

Elle était tellement… jeune, et surtout très belle.

Depuis deux jours qu’elle avait reçu le message anonyme, bien sûr, sur son portable, elle ne savait comment aborder le sujet avec Hervé. Faire un esclandre n’était pas dans ses habitudes de femme du monde, posée. Jamais elle n’avait soupçonné quoi que ce soit.

Par naïveté ? Certes, mais pas seulement. Il n’y avait jamais eu de signes « avant-coureurs », la chute était d’autant plus rude. Elle avait eu une crise de larmes, la veille, en sortant de chez sa mère après avoir laissé ses chérubins. Faire comme si de rien n’était devenait de plus en plus difficile.

Tout ce en quoi elle croyait avait volé en éclat depuis quarante-huit heures.

- Ça te plaît ? demanda Hervé qui visiblement, ne se doutait pas une seule seconde que le paquet n’était celui qu’il lui destinait.

Curieux qu’il ne s’en soit pas aperçu… Aurait-il acheté deux ensembles identiques pour sa femme et sa maîtresse ? Inconsciemment, cette idée fit sourire Valérie, il avait si peu d’imagination… Quand tout à coup, une idée plus sournoise commença à germer dans son esprit. Elle la repoussa mais il lui apparut de plus en plus évident que c’était ça. Ça ne pouvait être que ça : Vanessa avait acheté l’ensemble. Il avait délégué sa secrétaire-maîtresse pour acheter un cadeau à sa femme et celle-ci avait profité de ses largesses.

Valérie eut la nausée.

- Tu as bien choisi… dit-elle, perfide.

- Oui, hein ?

Mal à l’aise (c’était la moindre des choses, tout de même !) Hervé tirailla nerveusement sur son nœud de cravate et finit par détourner le dos pendant que Valérie, soudain très forte, poursuivait :

- Que t’a dit la vendeuse ?

Le tressaillement d’Hervé ne fit que confirmer à Valérie ce qu’elle soupçonnait déjà. Mais elle aimait l’idée qu’il se débatte avec ses mensonges. Jusqu’où allait-il pousser la « blague » ?

- Comment ça ?

- Qu’est-ce que t’a dit la vendeuse ? Elle a bien dû te poser des questions pour connaître mes goûts et surtout ma taille, non ?

Elle avait du mal à tenir son rôle. Une boule d’angoisse grossissait, mûrissait et elle savait que la dispute était inéluctable. Provoquer ainsi Hervé n’était tellement pas dans ses habitudes… Jamais ils ne s’étaient confrontés, leur couple fonctionnait parfaitement.

- Non, pas vraiment… Enfin, pour tout dire je ne m’en souviens pas… Tu sais, j’y suis allé entre deux rendez-vous. Je n’avais pas le temps de papoter avec elle.

- Je comprends. On peut l’échanger ?

- Ça ne te plaît pas alors ?

Il était nerveux, elle le sentait à sa voix. Au moins étaient-ils deux à se débattre avec leur angoisse, pensa-t-elle.

- Peut-être qu’à moitié finalement… Tu l’as acheté dans quelle boutique ?

- C’était il y a un petit moment. Il y a déjà quelques jours que je pense à ton anniversaire !

Hervé, de plus en plus mal à l’aise, eut un demi-sourire après avoir pu dire une demi-vérité. Bingo ! Elle sut immédiatement qu’elle avait mis dans le mille. Mais Valérie, trop heureuse de le faire chuter de plus belle, continua :

- Elle est où cette boutique ? Ce n’est pas celle qui est à l’angle de la rue Carnot et de la place Blanche ? Oui, je suis sûre que c’est celle-là ! Il n’y en a pas d’autres qui vendent cette marque !

Elle devait se reprendre parce qu’elle était trop nerveuse. Elle parlait trop, il fallait maintenant le laisser s’enferrer dans son mensonge…

- Ah, oui ! Tu dois avoir raison. Oui, c’est bien là ! Quelle belle boutique !

- Oui, c’est vrai… sourit-elle ironiquement, intérieurement désolée de voir qu’elle avait raison.

Valérie le regarda avec froideur.

- Tu n’es qu’un menteur ! Ce n’est pas toi qui m’as acheté ça ! Avoue-le ! Il n’y a jamais eu de boutique Aubade rue Carnot, ni sur la place Blanche. Il n’y a même pas une boutique de lingerie ! Alors, avoue !

Il eut un instant d’hésitation et la regarda d’air penaud.

- C’est Vanessa qui y est allée pour moi…

- Ah. Quelle femme de confiance, cette Vanessa. Une vraie perle.

- Et bien… oui, pour tout t’avouer, je n’avais pas le temps.

Il passa la main dans ses cheveux avec lassitude mais Valérie n’eut pas de compassion. Impitoyable, elle poursuivit, tremblant de rage contenue.

- Elle l’a acheté quand ?

- Je sais pas… Hier soir, ce matin… Pourquoi ?

- Et tu n’étais pas avec elle ?

- Ben non…

- En échange de service rendu, tu aurais pu lui offrir un ensemble…

- Ça va pas ?

Cet angle d’attaque n’était pas le bon.

- Elle l’a payé avec ta carte ?

- NON !

- Alors, je peux avoir le ticket de caisse ?

- Pou… Pourquoi faire ?

- Si Vanessa avait vraiment acheté deux ensembles, le ticket devait bien le faire apparaître. Il aurait été surprenant qu’il accepte de le lui montrer ! Tout était clair.

- Oui, pour quoi faire ? Alors voyons… Aux dernières nouvelles, je fais du 40 et ma taille de bonnet est du C. Là, je me retrouve avec une culotte… Non, attends, même pas ! Avec un string, en 36, et un soutien-gorge en 80 A. A part pour devenir mannequin chez Fleury Michon… je ne vois pas ce que je vais en faire !

- Je vais demander à Vanessa…

- Stop ! Je ne veux plus que cette femme… que ta maîtresse… m’achète quoi que ce soit !

Un silence de mort suivit cette dernière phrase. Valérie finit par éclater en sanglots, épuisée par le petit jeu qu’elle avait mené.

- Valérie…

- Tu ne vas pas le nier, j’ai des preuves ! hurla-t-elle.

Hervé s’assit sur le canapé à côté de sa femme et n’attendit pas que la crise de sanglots se tarisse pour asséner :

- Non Valérie, je ne peux nier avoir une relation avec Vanessa.

L’entendre de la bouche de son mari fut aussi brutal qu’un coup de poing pour Valérie. Tout à coup, elle se sentit perdue. Sa confiance en elle partit brusquement en fumée. Elle dévisagea Hervé, son mari depuis presque dix ans, sans le comprendre.

Elle eut subitement l’impression de se retrouver face à un étranger. Où était l’homme tendre qu’elle avait épousé ?

- Qui es-tu ? Pourquoi nous fais-tu subir ça ?

Il prit son temps pour répondre. Valérie le regarda se lever. Son dos était courbé, il semblait chercher ses mots.

- Comme si la suite allait être plus difficile à avouer que son infidélité !

- Parce que vivre avec toi est devenu impossible, Valérie.

Elle ferma les yeux d’instinct, masquant ses larmes à celui qui était passé de l’état d’époux aimant à… quoi ? ennemi ?

- Mais pourquoi ? Je ne te suffis pas ? Les enfants, notre famille, tout ça n’a plus d’importance à tes yeux ?

D’un seul coup, il lui sembla que ses valeurs et sa vie n’étaient plus rien, ne valaient plus rien.

A ses yeux, pourtant, tout collait dans leur foyer. Les 2,6 enfants, ils les avaient, même que les 0,6 étaient un enfant entier, une petite fille tellement désirée après la naissance de deux garçons. Certes, Hervé avait traîné un peu des pieds pour remettre le couvert après la naissance de Théo, mais l’arrivée de Fleur l’avait empli de fierté. Le pavillon de banlieue, ils l’avaient, comme le 4x4 SUV très en vogue et l’Austin Mini pour madame. Rien ne manquait, aucun confort matériel n’avait été oublié. Valérie, très soucieuse des apparences, veillait à avoir le dernier objet à la mode par le biais de magasines qu’elle dévorait. De même était-elle toujours parfaitement apprêtée, on aurait pu croire qu’elle sortait d’une boite, comme une poupée. Son carré, qu’elle entretenait à coups de coiffeur toutes les semaines, était toujours impeccable, comme son chemisier de soie et sa jupe. Elle vérifiait le tout à chaque fois qu’elle croisait un miroir et dans la rue, les vitrines devaient refléter cette image parfaite, toujours lisse, sans un faux pli, sans quoi Valérie était angoissée.

Tous les ans, ils partaient en vacances à la Baule, où les parents de Valérie avaient une villa. Ils y retrouvaient ses deux frères ainsi que leurs épouses et leurs neveux. On partait en vacances le 10 juillet et on rentrait le 20 août, ces deux dates étaient immuables. Tout allait pour le mieux. Un jour, leur fils aîné, Grégoire, intégrerait une école d’ingénieurs pour suivre les pas de son père. Certes, Théo causait plus de difficultés en se rebellant par moment contre le joug maternel, mais tout rentrerait dans le rang en temps et heure. Car Valérie était par nature une femme qui aimait que tout file droit chez elle. Sa maison, ses enfants et son mari, tout devait être parfait tous les jours, à n’importe quelle heure. Elle reproduisait elle-même un schéma familial bien connu, son père n’avait jamais émis une protestation devant sa mère.

De fait, il n’y avait pas de place pour l’imprévu chez les Rostaing, comme dans le film « La vie est un long fleuve tranquille », sauf que tous les lundis ce n’était pas ravioli, c’était taï-chi. Valérie s’était remise à faire du sport après la naissance de Fleur, peu désireuse d’arborer un tour de taille plus important que celui de sa “meilleure” amie. Elle s’estimait plutôt belle femme par rapport à nombre de ses amies qui arriveraient comme elle, bientôt à la quarantaine. Certes son corps avait subi trois grossesses mais sur la plage, elle se targuait d’être “aussi” bien que beaucoup de minettes de 18 ans. Jamais elle ne sortait sans maquillage et ses tenues, très étudiées, étaient toujours en adéquation avec l’instant vécu, petit short pour le sport, jean le vendredi, voire le samedi avec veste assortie et foulard. La petite robe noire si préconisée par les magazines féminins était le “must” de son dressing, d’ailleurs ce n’était pas « sa » petite robe noire, c’était “ses” petites robes noires. De toute façon il était inconcevable que ses amies voient deux fois la même tenue. Pour tout, Valérie recherchait la perfection. Et à plaire. Il était d’autant plus incompréhensible qu’Hervé se détourne d’elle. Elle estimait avoir tout fait d’ailleurs, ils avaient tout, alors aujourd’hui, non vraiment, elle ne voyait pas ce qui avait envoyé son mari dans les bras d’une autre !

- Tu te souviens quand on s’est rencontrés ? demanda Hervé, les yeux fixés devant lui, plongés dans ce passé à la fois si proche et si lointain.

- Oui, tout était parfait…

Ils étaient étudiants. Il était immédiatement tombé sous son charme, lui avait-il confié par la suite. Elle avait eu le droit à une cour assidue, aussi romantique qu’adorable. De par son physique et d’une intelligence vive, il l’avait charmée sans difficulté. Promis tous deux à une belle carrière, ils avaient envisagé rapidement leur avenir ensemble.

- Oui, Valérie, ça l’était. Tu étais toujours partante pour tout et notamment pour coucher avec moi !

- Alors c’est ça ? se récria-t-elle. C’est parce que je n’ai pas envie de sexe aussi souvent que toi ?

Nerveuse, elle s’était levée pour se trouver face à lui. Elle fulminait et lui la dévisageait avec un calme qui ne faisait qu’attiser la rage qu’elle ressentait.

- Écoute tes mots, Valérie. Je n’ai pas envie de sexe, j’ai envie de faire l’amour à ma femme. Faire l’amour, Valérie.

Elle haussa les épaules, il avait toujours eu l’art de jouer sur les mots.

- Aucune différence, répliqua-t-elle.

- C’est bien là où tu te trompes…

- Et avec elle, c’est quoi ?

Il ne répondit rien et les larmes de Valérie perlèrent à nouveau à ses paupières.

- Tu considères les rapports sexuels comme dégradants…, poursuivit-il d’un air las.

- Non !

- Allons Valérie ! Sois honnête avec toi-même, dès que je t’approche, tu soupires, agacée. Est-ce que je te répugne ?

- Bien sûr que non, dit-elle agacée.

Elle se rassit sur le canapé, soudainement abattue.

Il avait raison, il avait tellement raison…

Depuis la naissance de sa fille, elle n’avait plus d’envies physiques. Cet état ne la gênait pas mais même si elle avait soupçonné qu’Hervé était souvent déçu par ses refus, elle n’avait jamais pensé qu’il en souffrait autant.

Elle n’avait eu qu’un amant, avant Hervé. Elle n’avait jamais été à l’aise avec sa sexualité, se mettre nue devant Hervé lui avait toujours posé problème. Dès leurs premiers rapports, elle l’avait prié d’éteindre la lumière de peur qu’il ne remarque ses défauts. Alors maintenant qu’elle avait porté trois enfants, comment aurait-il pu la désirer ? A chaque tentative de sa part, c’était une évidence, pour elle, il ne faisait que son devoir conjugal.

- N’as-tu jamais envie de me montrer que tu m’aimes ? insista-t-il.

- Mais je t’aime ! se récria-t-elle.

- Non Valérie. Un couple, ça fait l’amour parfois.

- Mais nous faisons l’amour quelquefois !

Des larmes s’étaient mises à couler. Elle était hystérique.

- Entends-toi ! « Quelquefois », nous faisons l’amour. Pas deux fois dans la semaine, parce que tu ne veux pas être fatiguée le lendemain. Pas le samedi soir, parce que souvent nous sortons et que tu es trop fatiguée en rentrant. Pas le dimanche matin, parce que tu te dépêches de sortir du lit de peur de voir mon érection matinale. Pas en vacances, parce que ta famille va entendre…

- Je te rappelle que nous avons fait trois enfants…, l’interrompit-elle.

Elle fixait un point sur la table basse, incapable de soutenir le regard de son mari, priant intérieurement que cette dernière réplique clôture ce sujet qu’elle haïssait.

- Ah, j’oubliais ! poursuivit-il implacable. Quand il nous reste un petit créneau, et quand tu n’es pas de mauvaise humeur… nous faisons un enfant. C’est vrai, je n’en veux pas d’autre, et c’est dommage, parce que c’est le seul moment où ma femme est prête à coucher avec moi tous les soirs.

Elle détourna la tête pour lui masquer son désarroi.

Mon dieu… Ils en étaient donc là !

Et dire qu’elle n’avait rien vu !

- Je n’ai plus envie de parler de ça…, dit-elle tout bas. D’ailleurs, je n’ai plus envie de parler tout court.

- Et voilà notre deuxième problème… Ne parler de rien, ne jamais faire de vagues, pas déranger l’ordre que tu as établi…

Hervé, lui, d’ordinaire si peu causant, semblait intarissable. Il profitait du mutisme de sa femme pour lui exposer tous ses griefs. Soudain Valérie eut l’impression d’être la mauvaise personne, d’être à la mauvaise place. Comme si sa position dans ce couple n’était pas légitime, n’était plus légitime. Leur couple allait-il donc si mal ? Comment n’avait-elle rien vu ?

- Je suis fatigué de vivre comme ça.

- Comme… quoi ? demanda-t-elle en réprimant un sanglot.

- Sans surprise, sans magie… Depuis quand n’avons-nous pas fait une sortie improvisée ?

- Nous avons les enfants, des obligations, des invitations… Nos amis…

- Des amis ? Parlons-en ! Tu te souviens de ceux que nous avions quand nous nous sommes rencontrés ?

Elle haussa les épaules pour lui signifier « qu’évidemment », elle se souvenait de cette bande.

- T’es-tu posé une seule fois la question de savoir pourquoi nous ne les voyons plus ?

- Pour ce qu’ils étaient intéressants…

- Je te signale que Pierre-Jean est avocat et Luc, médecin…

- Et alors ?

- Ils aimaient s’amuser…On passait de bonnes soirées ensemble. Seulement, comme tu ne les supportais pas…

- Ils ne faisaient que boire…

- Tu parles ! C’est arrivé deux ou trois fois… La vérité c’est qu’ils adoraient rire et que toi tu as horreur de te lâcher ! Tu ne supportes pas que l’on puisse te surprendre dans une situation compromettante.

- Mon dieu ! J’ai vraiment tous les défauts du monde !

- Non. Tu es une bonne mère et une excellente maîtresse de maison.

- Mais une mauvaise épouse…

Le mutisme d’Hervé fut plus éloquent que des mots.

Le voyant se diriger vers leur chambre et en ressortir muni d’un petit sac de voyage, Valérie sentit la panique la gagner. Quand il atteignit l’entrée, enfila son manteau et qu’il prit ses clés de voiture, des larmes se mirent à couler sur ses joues et Valérie ne fit rien pour les endiguer. Depuis deux jours, elle était tellement désemparée, qu’elle n’était même pas surprise qu’ils se séparent ainsi. Avant de passer la porte toutefois, Hervé resta immobile quelques minutes comme s’il attendait un geste de sa part.

- Elle, elle est parfaite, c’est ça ? demanda-t-elle en désespoir de cause.

Elle s’en voulut de ne pas avoir réussi à masquer sa jalousie. Il secoua la tête d’un air incrédule et soupira.

- Tout le monde a des défauts. C’est humain ! Il n’y a que toi pour croire que seule la perfection est aimable !

- Mais qu’est-ce que je dois faire ?

- Je ne peux pas te répondre…

- Hervé ? demanda-t-elle la voix rauque. Est-ce qu’on pourrait faire semblant… encore un petit peu ? Mercredi, nous devons aller chez les Durieux…

Il éclata de rire mais quand il plongea de nouveau son regard dans celui de Valérie, il n’y avait aucune gaîté. Elle sut qu’en mentionnant ce dîner, elle l’avait déçu.

- J’ai besoin de faire une pause, notre couple me déçoit.

A ces mots, l’estomac de Valérie se torsada. ELLE le décevait.

- J’ai besoin de temps pour m’organiser, de toute façon, dit-il pragmatique. Je passerai à la maison… mercredi… Si tu veux bien…

- Bien sûr…

Il émit un petit rire triste en haussant les épaules et passa la porte.

*

Valérie fixa longuement le porte derrière laquelle avait disparu Hervé. Hébétée, elle se leva finalement pour aller se faire un thé. La cafetière lui fit de l’œil mais elle avait stoppé depuis longtemps la caféine après avoir lu qu’elle accélérait le vieillissement de la peau. Elle agissait de façon machinale, comme groggy. Elle jeta un œil à la pendule de cuisine tandis que la bouilloire chauffait. Il était seulement vingt heures trente, pourtant elle se sentait terriblement fatiguée. Malgré tout, courageusement, elle prit le téléphone pour appeler ses enfants qui étaient chez sa mère.

Jamais converser avec eux n’avait été aussi pénible. Leurs babillages lui faisaient autant de mal que de bien tant elle se maintenait sur ses gardes de peur de leur révéler son chagrin. Le summum fut atteint quand bien évidemment ils demandèrent à parler à leur père. Elle inventa une histoire de baguette de pain qu’il avait dû aller chercher en urgence. Heureusement sa mère, qu’elle n’eut que quelques minutes en ligne, ne chercha pas à lui parler plus longuement. Avec trois enfants en bas âge à s’occuper, elle avait fort à faire.

Un instant, Valérie hésita à lui parler de sa séparation mais elle se reprit bien vite, sachant d’avance que le dialogue serait stérile. Sa mère avait supporté les frasques de son mari pour ne pas faire de remous, comment comprendrait-elle que son couple soit en pause ?

En raccrochant, Valérie ressentit un grand vide et décida d’aller se coucher. Elle prit l’un des cachets que lui avait prescrit le médecin depuis plusieurs mois et tomba lourdement dans les bras de Morphée.

*

Jamais Valérie n’avait raté le réveil, d’aussi loin qu’elle s’en souvienne. Pourtant, le lendemain, elle n’ouvrit les yeux qu’à huit heures et demie, l’équivalent d’une grasse matinée pour elle. Mais, elle qui d’ordinaire serait tombée du lit pour peaufiner son image de femme parfaite, se tourna pour ne plus voir les chiffres lumineux du radio-réveil. Elle se sentait tellement abattue qu’elle était incapable de faire le moindre geste. Toujours sous l’effet du somnifère ingurgité la veille, elle se rendormit car après tout, rien ne l’obligeait à se lever ce matin-là, ni enfants… ni mari.

*

Le radio-réveil affichait quatorze heures une et trente-six secondes. Puis quatorze heures une et trente-sept secondes. Elle regarda les secondes s’écouler pendant une vingtaine de minutes avant que ses yeux ne la fassent trop souffrir et l’obligent à bouger. Elle se sentait l’esprit vide mais son estomac lui rappela la réalité en grondant bruyamment. Encore quelque chose qui l’aurait heurtée, auparavant, émettre des bruits incongrus n’était pas possible lorsque l’on appartenait à la bonne société, comme fumer en public ou croiser les jambes. En croisant son image dans le miroir situé dans l’entrée, Valérie eut toutefois un sursaut. Pas maquillée, pas coiffée et pas habillée, voilà une image d’elle-même qu’elle n’avait pas vue depuis… certainement depuis son mariage. Son MARIAGE. Elle chassa très vite cette idée. Mariage perdait de son sens à mesure qu’elle tournait et retournait le mot dans sa tête.

*

Elle se mit à la table de la cuisine devant une tomate et une tranche de jambon, peu importait. Après avoir lavé ses couverts et rangé méthodiquement sa cuisine. Elle partit dans le salon où elle s’installa devant la baie vitrée qui donnait sur leur petit jardin clos. Elle se fit la réflexion que les arbres auraient bien besoin d’être taillés puis alla s’asseoir dans son canapé. La télécommande de l’écran plat était posée devant elle et elle s’en saisit sans même s’en apercevoir. Après avoir fait deux fois le tour des trois cents chaînes satellites, elle coupa le son et se contenta de regarder les images d’une émission de télé-réalité. Comment pouvait-on se mettre ainsi sous le feu des projecteurs ? Une jeune fille pleurait à l’écran, devant celui qui devait être son amoureux. Un gros plan sur le visage de la lolita ramena Valérie à sa propre réalité et une larme perla à ses yeux et coula le long de sa joue. Et puis une autre. Bientôt Valérie dût s’allonger sur le divan parce que son corps était courbé par les sanglots.

Ça faisait mal. Ça faisait tellement mal.

Quand ses yeux finirent par se fermer, elle s’enroula dans une couverture bien chaude. Elle n’avait pas envie de rejoindre son lit vide. Le lit conjugal. A la pensée de ce qui n’était plus, quelques larmes refirent leur apparition mais le sommeil fut le plus fort.

*

Valérie se défoulait sur son vélo d’appartement, décidée à ne pas se laisser abattre, il était près de dix-huit heures trente, ce mardi. Elle s’était levée, déterminée à être plus forte « que ça ».

Puisqu’il était parti, elle devait apprendre à vivre sans lui. Elle avait fait toutes les vitres et les poussières dès le réveil, elle s’était défoulée sur l’aspirateur toute la journée. Par mesquinerie elle avait aspiré une des cravates préférées d’Hervé qui était restée sur son valet de chambre. Quand malencontreusement elle avait été aspirée par l’embout, le premier réflexe de Valérie avait été de se précipiter pour la rattraper. Puis elle s’était imaginée la cravate sous la veste d’Hervé pendant qu’il se penchait sur le bureau de sa secrétaire et sa main avait d’elle-même lâché le tissu pour qu’il soit englouti. Dommage…

A présent, elle était transpirante et son cœur battait à un rythme effréné. Son corps lui criait sa souffrance mais Valérie n’en avait cure, trop absorbée par ses pensées. Elle envisageait divers scénarios pour sa vie de future… divorcée.

Oh. Mon. Dieu.

Elle allait passer dans ce camp-là ! Soudain, la réalité vint la frapper. Peut-être qu’ils ne seraient plus jamais un couple… Comment allait-elle supporter ça ? Et les enfants ? Ils allaient eux, devenir des enfants de divorcés.

Oh. Mon. Dieu.

Elle cessa aussitôt de pédaler. D’un seul coup, l’abattement de la veille revint à la charge et Valérie s’effondra au pied du vélo, terrassée par le chagrin. Elle ne voulait pas vivre seule, elle voulait vivre en couple. Elle avait toujours voulu ça. Avec Hervé. Elle n’avait jamais regardé un autre que lui…

Hervé.

*

En se réveillant avec difficulté, le mercredi, la première pensée de Valérie fut qu’elle allait voir Hervé ce jour-là. Son cœur louvoyait entre appréhension et impatience. Comment se comporterait-il quand il passerait la chercher ? Devait-elle lui montrer combien il lui manquait ? Allait-il jouer le jeu face à leurs amis ? Elle passa sa journée dans un monologue intérieur qui la mit dans un état de fébrilité tel, que lorsque Hervé sonna (à son propre domicile, elle apprécia sa courtoisie), elle sursauta. Puis elle se morigéna avant d’aller lui ouvrir pour qu’il ne soit pas déçu par son comportement d’adolescente à son premier rendez-vous.

- Bonjour, articula-t-elle avec difficulté.

- Bonjour, fit-il d’un ton neutre.

Un silence gêné s’installa. Ils se dévisagèrent longuement. Puis Hervé baissa les yeux sur sa montre.

- Tu es prête ?

- Oui…

- On y va alors…

Dans la voiture, Valérie tourna son visage vers la vitre pour masquer sa déception. Il n’avait eu aucun mot gentil pour elle comme habituellement. Elle avait toujours eu un compliment de sa part, son indifférence était plus cruelle qu’une gifle. Elle avait passé deux heures dans la salle de bains pour être éblouissante aux yeux de son époux, c’est à peine s’il l’avait regardée mais était-ce vraiment surprenant ? Lorsqu’une jeune femme aussi jolie que Vanessa vous faisait les yeux doux, comment pourriez-vous la regarder, elle ? A nouveau, elle sentit les larmes la gagner. Elle se sentait laide et vieille.

*

Comment avait-elle réussi à ne pas craquer ? se demanda-t-elle sur le chemin du retour. Ils étaient trois couples à ce dîner et la conversation avait été… insipide. Pour la première fois depuis des années, Valérie n’avait pas su faire semblant de s’intéresser à la décoration d’intérieur de son hôtesse, aux cours de taekwondo de sa fille et à son prof de gym. Elle avait souri poliment et répondu aux questions qu’on lui avait posées directement, mais son attention avait été entièrement focalisée sur Hervé. Finalement, il avait su mieux feindre qu’elle. Avec les maris de ses amies, ils avaient eu des discussions de travail, de politique, de football… Rien de nouveau par rapport à d’autres rencontres du même acabit, mais elle l’avait observé quand il prenait la parole. Il lui avait semblé le redécouvrir.

Lui aussi avait fait des efforts vestimentaires, ce soir, il arborait une chemise qu’elle ne lui avait pas achetée. Non, ce devait être ELLE, l’autre. Il fallait bien admettre qu’elle avait bon goût, reconnut-elle dépitée.

Il était à l’aise dans un cercle et prenait la parole avec aisance. Sa fonction de dirigeant d’entreprise lui avait conféré de l’assurance, chose qu’elle, en devenant femme au foyer, avait perdu. Elle s’était amusée de le voir défendre ses positions pied à pied contre le fervent admirateur de l’équipe de foot adversaire de la sienne. Hervé, s’il n’avait pas eu la passion des chiffres, aurait pu être un avocat brillant, jamais à court d’argument, s’était-elle fait la remarque.

A plusieurs reprises, leurs regards s’étaient rencontrés et étaient restés soudés. Elle y avait surveillé, guetté, épié un signe, un geste, une lueur, un indice… Quoi ? Elle aurait bien été incapable de le dire. Il lui avait souri plusieurs fois. Seulement pour donner le change ? A présent, dans la voiture, nul ne faisait la conversation. La tension était palpable. Quand leur maison fut en vue, elle se retint de pousser un soupir trop bruyant, de peur qu’il ne soit mal interprété.

- Est-ce que je peux descendre, demanda-t-il prudemment en coupant le contact.

- Tu es chez toi…

- Je ne veux pas abuser de la situation… J’ai juste deux ou trois affaires à prendre.

Évidemment ! Ce n’était pas pour être avec elle qu’il souhaitait mettre les pieds dans leur maison. Valérie refoula ses larmes une fois de plus et tenta de ne pas penser au coup qu’elle venait de ressentir dans l’estomac.

Tels deux étrangers, ils se dirigèrent côte à côte dans l’allée qui menait à la porte d’entrée. Une fois arrivés, Valérie tendit le trousseau par habitude à Hervé qui s’en empara par la même habitude. Leurs gestes, en pénétrant dans leur foyer, reprirent des allures de couple marié, habitué à fonctionner ensemble. La gêne s’installa de nouveau entre eux quand Hervé commença ouvrir le tiroir de la commode pour y prendre des sous-vêtements. Valérie resta interdite sur le seuil de la chambre, sonnée par le spectacle de son homme qui faisait ses valises pour la seconde fois en quelques jours.

- Tu ne prends que ça ? ne put-elle s’empêcher de demander, espérant intérieurement que la réponse serait oui.

Mais il se contenta de hausser les épaules, sans répondre. Elle le regarda se diriger vers l’entrée.

- Comment vois-tu évoluer les choses entre nous ? Est-ce que tu veux qu’on sépare définitivement ?

Elle l’interrogeait, le regard angoissé.

- Je pense qu’il te faut encore du temps…

- Tu dors chez elle ?

- Non.

- Où, alors ?

- A l’hôtel…

- Ah.

Elle en aurait pleuré de joie mais hélas, ce petit bonheur fut aussitôt assombri par quelques mots.

- Il faut que j’y aille…

- Tu es sûr que tu ne veux pas…

- Valérie… Laisse-nous du temps à l’un et à l’autre…

- Très bien…

Après avoir refermé derrière son mari, la jeune femme se laissa glisser le long de la porte de leur maison. Elle se sentait épuisée, fatiguée par cette soirée où, pour sauver la face, elle s’était composé le visage d’une femme heureuse.

Pourquoi était-ce si difficile pour elle d’admettre qu’elle ne réussissait pas dans tous les domaines ? Comment en était-elle arrivé à croire qu’elle devait toujours tout diriger, tout maîtriser ? Elle en était même arrivée à quitter sa place, en réalisant que la naissance de ses enfants ne lui permettrait pas de grimper les échelons aussi rapidement que son homologue masculin. De même, avait-elle abandonné la danse, qu’elle pratiquait pourtant avec passion, quand son corps, après sa première maternité, n’avait pas retrouvé sa souplesse.

L’inéluctabilité de la vieillesse était son cauchemar quotidien. Dès lors, elle prenait en main tous les éléments sur lesquels elle pouvait agir. Son poids, ses cheveux et sa peau bénéficiaient des meilleurs traitements. Mais sa volonté de fer ne s’arrêtait pas à elle-même, ses enfants et son mari devaient être parfaits en toutes circonstances.

Elle avait peur de se montrer faible, vulnérable, l’opinion des autres était tellement primordiale pour elle ! Elle en avait oublié que son mari n’aspirait peut-être pas aux mêmes désirs. Elle devait bien reconnaître qu’Hervé était plutôt du genre débonnaire, heureux sans se poser de questions. Ses fonctions de dirigeant lui emmenaient leurs lots de tracas quotidiens, suffisamment importants pour qu’il n’ait pas envie de « se prendre la tête » avec des détails.

Tout à coup, Valérie eut une vision d’elle, vieille et esseulée. Ses enfants, bien que petits, se regimbaient déjà sur ses manies, elle l’avait remarqué à plusieurs reprises. Il lui sembla évident qu’un jour ou l’autre, ils finiraient par se rebeller contre sa tyrannie maternelle.

Elle promena un œil critique sur son salon, sa fierté. Depuis ces deux derniers jours, elle ne voyait plus les choses du même œil, beaucoup lui semblaient avoir perdu de l’importance. Elle se vit mourante, sur un lit, seule. Ce confort matériel qu’elle chérissait tant ne lui servirait à rien alors, rien n’équivalait à la chaleur de l’amour de sa famille. Elle ne voulait pas qu’ils s’éloignent d’elle et pourtant, par ses maniaqueries, elle devait reconnaître qu’elle les tenait à distance.

Quand avait-elle pensé à autre chose qu’aux apparences ? Quand avait-elle pris un moment pour contempler ses enfants, simplement pour le plaisir de les voir devenir autonomes, au lieu de regarder si leurs vêtements n’étaient pas tâchés ? Quand avait-elle embrassé son mari spontanément pour lui montrer son amour ? Au cours de ces cinq derniers jours, qu’elle venait de vivre seule, elle avait enfin compris que seuls son mari et sa famille avaient une véritable valeur.

Elle se leva, se dirigea vers le téléphone et appela ses enfants. Ravalant ses sanglots, elle adora les entendre dire qu’eux aussi ils l’aimaient “tout plein” et “gros comme un camion de pompier”. Elle versa une larme silencieuse en entendant Fleur marmonner “Maman”. Quel doux mot. Sa mère lui parla quelques minutes. Valérie sentit qu’elle était dubitative en entendant que “tout allait très bien” mais ne posa pas de question. Valérie raccrocha en frissonnant, elle ne voulait jamais ressembler à sa mère, si froide, si parfaite et… inaccessible. Puis elle composa le numéro d’Hervé.

- On peut se voir ? demanda-t-elle en réprimant un sanglot.

- Oui, répondit-il d’un ton neutre.

Était-il agacé ? Ça faisait cinq jours qu’il était partit de la maison. Elle ne savait plus comment faire, elle avait l’impression de quémander un premier rendez-vous.

- Veux-tu venir, tout à l’heure, pour dîner ?

Elle avait peur de trop montrer son empressement et qu’il se sente acculé.

- Oui.

Sa réponse, bien que laconique, redonna du baume au cœur à Valérie. Ils raccrochèrent après quelques minutes, après qu’il lui eut promis être là d’ici une heure et demie.

Elle s’élança dans l’escalier pour aller se faire une beauté. Elle choisit une jolie robe dans son dressing après s’être longuement maquillée. Du coin de l’œil, elle regardait l’horloge pour ne pas être prise au dépourvu. En s’observant dans le miroir, une fois prête, elle sentit les larmes envahir ses paupières. C’était brutal. Devant elle se tenait l’image-même de ce que lui avait reproché son mari, une fois de plus, elle n’avait pas fait dans la simplicité. Était-il nécessaire de sortir une robe en soie et des strass pour dîner en tête-à-tête avec Hervé ? Elle retourna dans la salle de bains où, à l’aide d’un coton à démaquiller, elle entreprit d’enlever le fond de teint qui lui faisait une peau si lisse. Elle ne conserva que son eye-liner et son mascara. Puis elle suspendit la robe sur un cintre et enfila un jean, avec une chemise en soie (tout de même !).

Dans la cuisine, Valérie passa en revue les victuailles de son frigo et son garde-manger d’un œil averti de parfaite maîtresse de maison et elle dut bientôt se rendre à l’évidence. Elle n’avait rien à offrir à son mari pour le dîner ! Anxieuse, elle regarda l’heure. Il ne lui restait que trois quarts d’heure avant qu’il n’arrive. Tant pis, elle improviserait plus tard ! Quand elle entendit la sonnette de l’entrée, son cœur se mit à battre la chamade.

Elle courut littéralement à la porte et l’ouvrit à la volée. Devant elle, se tenait l’homme de sa vie, l’homme qu’elle avait aimé au premier regard, le père de ses enfants…

Ils s’observèrent un moment avant qu’elle ne s’efface devant lui pour lui permettre d’entrer.

- Tiens, lui dit-il timidement en lui tendant des fleurs.

- Oh merci ! J’adore les fleurs !

- Je sais.

- Évidemment.

Elle le regarda d’un air contrit. Ils étaient gênés, soudain Valérie eut envie d’en rire :

- Je te fais visiter ? lui demanda-t-elle, espiègle.

- As-tu abattu des cloisons ? répondit-il du tac-au-tac.

Elle éclata de rire en répondant que non. Un vrai rire. Hervé lui laissait entrevoir une réconciliation au travers de ce trait d’humour. Le moral de Valérie remonta en flèche.

- Lundi, je l’avoue, si j’avais eu une massue dans les mains, je suis certaine qu’aucune n’aurait résisté !

- Tiens donc !

Il la dévisageait avec un sourire plein de tendresse, plein promesses.

- Je t’ai détesté…

- Moi aussi !

- Je t’aime, dit-elle simplement.

Son cœur allait sortir de sa poitrine. Ses yeux scrutaient ceux d’Hervé en quête d’une seule réponse.

- Moi aussi, Valérie… Moi aussi…

Il attrapa son visage en coupe et l’embrassa… comme au tout premier jour. Elle s’abreuva de ce baiser, assoiffée par tant de mois d’indifférence et cette petite semaine passée seule. Elle ne serait plus jamais rassasiée de l’amour d’Hervé. Il était son rock, celui sans qui elle végétait.

- Tu veux bien qu’on refasse un essai ? demanda-t-elle, un peu angoissée en s’écartant de lui.

Les derniers jours l’avaient déstabilisée à tel point qu’elle avait besoin de certitudes. Gentiment, Hervé lui caressa le dos car il ne l’avait pas lâchée.

- J’ai plusieurs conditions à poser.

Hervé avait un air grave, elle sut immédiatement qu’il ne plaisantait pas.

- Je t’écoute…

- Je veux…, il prit une grande inspiration, que tu cesses d’emmerder les gosses quand ils ne posent pas les coussins comme tu le souhaites… Chut !, poursuivit-il en posant l’index sur sa bouche comme elle l’arrondissait pour protester. Je veux, que tu cesses de faire une crise quand les lits ne sont pas faits et que tu arrêtes de passer la serpillière trois fois par jour !

- Deux fois, c’est tout ! protesta-t-elle indignée.

- Valérie… les joints de carrelage sont usés…

- OK. OK.

- Et… Ce n’est pas tout !

- Ah ?

- Je veux te voir au réveil pas maquillée, pas coiffée, pas habillée. Je m’en fiche que mes chaussettes ne soient pas repassées et enfin, je veux que tu retrouves un job.

- Quoi ?

- A mi-temps, si tu préfères. Je ne veux plus que tu sois malheureuse d’avoir sacrifié ta carrière pour les enfants et pour moi.

- Je vais y réfléchir… Fleur est tellement petite encore…

Elle va rentrer à l’école, tu auras plus de temps…

- Tu as peut-être raison…

- Une dernière chose, ajouta-t-il. Approche.

Il mit sa main dans le carré impeccable et la regarda, comme guettant une protestation de sa part et puis, il lui ébouriffa les cheveux.

- Tu es parfaite maintenant, sourit-il. Tu ressembles à celle que j’ai épousée. Elle ne put s’empêcher de rire, puis elle reprit un air grave, presque malheureux et planta son regard dans le sien.

- A mon tour, dit-elle d’une voix ferme, j’ai une seule condition à poser : je veux que tu vires Vanessa. C’est ma condition sine qua non !

- Je pense plutôt lui offrir une prime, sourit-il.

- QUOI ?

Pour son prochain mariage. Surtout pour avoir accepté de bien vouloir jouer cette comédie pour la vidéo.

- Oh non !

- Oh si ! Tu avais besoin d’un électrochoc, ma chérie. A chaque fois que j’avais essayé d’aborder le problème avec toi, tu l’avais esquivé. J’étais à un stade où je n’avais plus rien à perdre. Je ne supportais plus tes humeurs…

Atterrée, Valérie se rendit compte de l’enfer qu’elle lui avait fait subir. Hervé, en faisant cette vidéo, avait pris le risque de la perdre. Il devait être vraiment à bout. Pour détendre l’atmosphère, qui s’était appesantie en l’espace de quelques minutes, elle se força à l’humour.

- Tu me le paieras…

- Ouah… J’ai hâte, dit-il, le ton coquin. A ce propos, attends quelques minutes !

Il s’éclipsa par la porte d’entrée pour aller à sa voiture, devina-t-elle en le voyant revenir avec un paquet Aubade.

- Je suis retourné à la boutique, car ne t’en déplaise, j’y étais allé moi-même, la première fois. C’est celle qui est situé rue Voltaire, au 122, exactement, dit-il avec un clin d’œil. La vendeuse, qui se prénomme Françoise, m’a affirmé que tu pouvais l’échanger si ça ne te plaisait pas et voilà le ticket de caisse.

Valérie déballa le présent avec précaution. La lingerie délicate était de toute beauté, magnifique et à sa taille !

- J’avais simplement fait exprès de choisir la mauvaise taille. Je connais tes mensurations par cœur, Valérie…

Elle l’embrassa sur la bouche passionnément. Mutine, elle se leva du canapé et elle se dirigea vers leur chambre à coucher et balançant son cadeau au bout de ses doigts, elle lui lança un clin d’œil.

- Ça te dirait qu’on voit ce qu’on regarde ensemble si c’est la bonne taille ?

- J’espérais bien avoir une proposition de ce genre…

Quand il la fit basculer sur leur lit, il caressa sa joue avec tendresse les yeux rivés dans les siens. Valérie, au comble du bonheur, implora.

- Ne me quitte plus jamais…

- J’ai enfin retrouvé ma femme, jamais je ne la quitterai…

FIN

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