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vendredi 19 septembre 2014

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Douzième nouvelle : Un océan de sentiments, de Cha Shamaya

Je me souviens de ma rencontre avec Fred comme si c’était hier. Je l’ai croisé la première fois lors d’une soirée organisée par des amis communs. Les premiers temps je ne savais pas trop comment l’appréhender. Ce grand brun me paraissait mystérieux. Un regard sombre et profond. Il semblait avoir une grande confiance lui. Toujours souriant et toujours entouré. Je ne le trouvais pas forcément attirant… juste troublant. En effet, j’étais en couple, lui aussi. C’était une époque où nous sortions énormément avec mon compagnon, Marc. Beaucoup de soirées “pépères” comme on les appelait, étaient organisées avec ces fameux amis communs : des repas entre potes, des barbecues géants… Enfin, il s’agissait surtout des amis de Marc pour être plus précise. J’ai appris à les connaître au fil de ces soirées.

Au début, ma timidité faisait que je restais légèrement en retrait… je préfère observer les gens en général plutôt que de me mettre en avant et parler à tout va avec tout le monde. J’ai besoin de me sentir à l’aise avec les autres pour me lâcher, être moi-même.

Ce soir-là, un groupe d’amis musiciens organisait un “bœuf” autour d’un barbecue. Ils avaient loué une petite salle des fêtes pour l’occasion, en pleine campagne. Fred était bien évidemment présent. Durant la soirée, où tout le monde était éparpillé, je me sentais à l’aise. Le groupe jouait avec entrain tandis que certains s’occupaient des grillades, d’autres géraient les boissons (autant dire : s’évertuaient à faire diminuer le stock !). L’ambiance était bon enfant. Je me suis retrouvée près de Fred après être allée chercher une bière. Il m’a regardé puis souri. Un vrai sourire sincère qui donne le sourire en retour. Un sourire qui a fait rougir la timide que j’étais. Dieu merci, la soirée était bien avancée et le manque de lumière naturelle a fait passer inaperçu le rose de mes joues. Il a engagé la conversation avec les banalités classiques : « tu passes une bonne soirée ? », « tu as goûté aux grillades ? »… puis « le groupe joue plutôt bien non ? ». Et c’est là que la conversation, la vraie, a démarré. Il s’avère qu’il était aussi fan de musique que moi. Il jouait de la batterie à ses heures perdues… la conversation s’est enchaînée naturellement, en passant par plusieurs sujets. Je ne me souviens plus comment nous sommes arrivés à parler de nos dates de naissance, mais il s’avère qu’on était nés le même jour et le même mois, mais lui avait un an de plus que moi. Nous avons passé la soirée à discuter jusqu’à ce que chacun reparte de son côté.

Au fil des soirées qui ont suivi, je discutais de plus en plus avec Fred quand je le voyais. Discussion uniquement à deux ou discussion avec d’autres amis, peu importe mais nous passions très souvent nos soirées à apprendre à nous connaître. J’avais ce sentiment étrange d’être attirée par lui, bien que je fusse amoureuse de Marc. C’était bizarre comme sensation. Ce n’était pas de l’amour que j’éprouvais pour lui, mais une amitié naissante et une complicité : nous aimions la même musique, le même style de films, nous avions les mêmes références. Le même humour… humour un peu noir, sarcastique, à ne pas employer avec tout le monde. Chacun riait aux blagues de l’autre, comme deux adolescents un peu abrutis par moment. En revanche, je dois avouer qu’il était attirant. En soi, il n’était pas une gravure de mode. Il est grand, assez carré, avec un visage imparfait. Le nez un peu tordu, les lèvres fines alors que je les aime plutôt charnues. Physiquement, il me faisait penser à Gilles Lellouche…

Marc n’était pas du genre jaloux. C’était un homme très sociable. Donc cela ne l’étonnait pas que je passe du temps avec d’autres personnes durant ces soirées. Jusqu’à ce que Fred commence à m’affubler d’un surnom. A chaque fois qu’on se voyait, il m’interpellait « Hey Jumelle ! ». Cela peut paraître puéril avec le recul, mais avec tous nos points communs, que ce soit en termes de goûts, de comportement ou d’état d’esprit nos étions sur la même longueur d’onde… on mettait ça sur le compte de notre date de naissance commune. En rentrant de soirée, je sentais Marc légèrement tendu :

- Ça va ? lui demandais-je.

- Oui, me répond-il avec un soupir.

- Tu es sûr ? Je te connais, tu as ton air bougon…

Marc soupira de nouveau.

- Allez, dis-moi ce qui ne va pas ! Pas la peine de faire semblant avec moi, je te connais assez pour voir que quelque chose te tracasse, insistais-je.

- Tu passes beaucoup de temps avec Fred ces derniers temps je trouve, lâche-t-il enfin.

- Je ne fais que discuter avec lui, rien de plus.

- Je vous trouve bien proches pourtant.

Je sens une espèce d’inquiétude dans sa voix. Malgré son regard rivé sur la route, je vois qu’il fronce les sourcils, comme à chaque fois qu’il est contrarié.

- Tu t’inquiètes vraiment pour ça ? Fred et moi avons pas mal de points communs, d’où notre entente mais c’est purement amical. Je suis avec toi et si je ne dis pas de bêtises, il a une amie également.

Sur ce coup-là, j’ai eu un doute… en effet, j’ai toujours ouïe dire que Fred était en couple, mais je n’ai jamais vu l’ombre d’une femme à ses côtés…

- Fred est un tombeur, me répond Marc. Il papillonne. Je ne l’ai jamais vu avec la même fille deux fois de suite.

- La vie intime de Fred ne me regarde pas, rétorquais-je à Marc.

Puis nous avons fini le trajet en silence. Mais bizarrement, apprendre que Fred était un tombeur me mettait mal à l’aise. Un sentiment de déception peut-être. Je ne saurais dire ce que je ressentais exactement à ce moment, mais cette sensation désagréable au creux du ventre ne me lâchait pas. Ou peut-être était-ce simplement la jalousie de Marc qui parlait ce soir-là…

Je ne me souviens plus vraiment pourquoi, mais les soirées ont commencé à diminuer à partir de cette période… Chacun d’entre nous a avancé dans sa vie personnelle. Certains amis ont eu des enfants. D’autres ont eu des projets professionnels les contraignants à déménager… Je ne voyais plus Fred non plus. Nous avons gardé chacun contact via mail ou les réseaux sociaux, mais comme le dit le fameux dicton : « loin des yeux, loin du cœur ».

Marc et moi avons continué notre histoire encore un an après cette période puis elle s’est essoufflée. La routine a rongé notre couple. Nous en étions arrivés à ne plus sortir du tout : plus de cinéma, plus de restaurant. Nous ne voyions presque plus d’amis… Quant à notre vie intime, elle était devenue quasiment inexistante. Nous nous sommes séparés d’un commun accord. J’avais l’impression que nous étions devenus des amis vivant en colocation…

Marc a été mon premier grand amour. J’ai donc, malgré cette routine à laquelle nous nous étions accoutumés, assez mal vécue la rupture. Pour faire face, je me suis plongée dans le boulot. Je suis assistante ressources humaines au sein d’un grand groupe de distribution. Ce n’est pas le travail qui manque ! Pour ne pas penser à ma nouvelle situation – célibataire, avec changement d’appartement – je me suis impliquée plus que de raison dans mon travail. Je ne comptais plus mes heures. Mes journées étaient rythmées par le fameux “métro-boulot-dodo”. Au fil des mois, cette implication a payé. J’ai pu évoluer dans mon poste, avoir davantage de responsabilités. Je m’épanouissais au bureau. Et j’ai fini par ne plus penser à ma rupture.

Au cours des trois années qui ont suivi, j’ai rencontré quelques hommes. Mais à chaque fois, je tombais sur le mec qui ne cherchait pas à s’engager… Après l’histoire-qui-n’a-abouti-nulle-part de trop, j’ai eu envie d’un break. Moi qui n’étais pas carriériste initialement, je passais désormais ma vie au boulot pour compenser une vie affective désastreuse. J’avais envie de changer d’air. Je me suis donc promis de prendre rapidement des jours de congés, de vraies vacances, seule ! Partir loin, dans une ville inconnue et me vider la tête.

En rentrant chez moi le vendredi soir, j’appelle ma meilleure amie, Marie, pour lui faire part de mon état d’esprit du moment. Au bout de deux sonneries, elle décroche et j’entends sa voix toujours pleine d’entrain :

- Salut ma belle, ça va ? claironne-t-elle au bout de la ligne.

- Aaaah marre ! Ras-le-bol ! J’ai besoin de changer d’air !

- Je vois que tu es en forme toi ! se moque-t-elle gentiment.

- Excuse-moi si j’ai été abrupte mais j’ai un coup de cafard ce soir. J’ai besoin de vacances je crois, lui réponds-je dans un soupir.

- Bouge pas ma belle, je ne vais pas te laisser dans cet état, j’arrive dans vingt minutes ! et elle raccroche.

C’est Marie tout craché. Spontanée, et surtout toujours prête à se rendre disponible pour ses proches. Je l’ai béni ce soir-là ! Je ne me voyais pas passer une veille de week-end seule et à me morfondre.

Vingt minutes plus tard, la voilà qui sonne à la porte. Ponctuelle en plus de ça ! Marie m’a écouté une bonne partie de la soirée d’une oreille attentive. Je lui racontais mes déboires sentimentaux. En bonne amie qu’elle était, elle avait apporté une bouteille de vin pour la soirée.

- Tu devrais écrire un roman sur tes histoires de cœur ! C’est désastreux, ça ferait fureur ! me dit-elle en rigolant.

- C’est prévu !! Un roman en dix volumes, ça me parait pas mal pour commencer, réponds-je, en riant de moi-même.

La bouteille de vin fut presque finie vers 1h du matin. Marie ne tenant pas l’alcool, je l’ai invité à rester dormir chez moi. Pendant qu’on continuait à discuter, elle sur le canapé, moi assise par terre, je pianotais sur mon pc portable. Instinctivement, je me suis connectée sur le réseau social où j’étais inscrite… Je parcours ma page sans grande conviction quand à un moment, j’ai vu un ami en ligne dont j’avais totalement oublié l’existence, ou presque : Fred.

- Tiens, Marie ! Tu vois ce mec ? je lui demande en lui montrant son profil… Ce mec-là, LUI, c’est un vrai mec ! Du charme, de l’intelligence, de l’humour… et un sourire ! A tomber !

- Bah, qu’est-ce que tu attends pour le voir ? me demande-t-elle, très perspicace.

- On s’est perdus de vue depuis quelques années, on est en contact sur ce site mais on ne discute jamais en fait… (bah oui mince, pourquoi on ne se voit plus au fait ?)

- Mais si je ne dis pas de bêtises, il est en ligne là ? Non ? Qu’est-ce qui t’empêche de le contacter ?

Ah Marie et sa fameuse perspicacité…mais elle a raison à 100% ceci-dit.

- Tu as raison, et puis je n’ai rien à perdre non ?

J’ouvre la fenêtre de conversation sur la page de Fred :

Moi : Hello toi ! Ça fait un bail ! Ça va ?

Ma question reste en suspens. Il n’est peut-être pas devant son écran.

- Bon ! dis-je à Marie, j’ai lancé la conversation, je verrais bien s’il me répond…

Dix minutes passent. Pas de réponse. Vingt minutes. Toujours rien.

Je demande à Marie :

- On se sert un dernier verre ? Histoire de finir la bouteille ? Et dodo après… Je sens que je n’aurais pas de réponse de Fred.

- Il est tard en même temps, il est peut-être couché, me répond-elle.

J’entends alors le fameux bip m’avertissant que j’ai un nouveau message.

- Ou pas, me dit-elle avec un sourire.

Je regarde mon écran :

Fred : Hey Jumelle !!! Ça fait plaisir de te lire ! Tu vas bien ?

Moi : Oui ça va…

Ça allait tellement bien que mon cœur battait à tout va ! Je me rendais compte qu’il me manquait. IL ME MANQUAIT ! Alors que je ne l’avais pas vu depuis près de quatre ans. Alors qu’on ne s’était vus que dans le cadre de soirées. Mais il me manquait.

Fred : C’est tout ce que tu as à me dire ? ;) Je t’ai connu plus bavarde !

Moi : C’est juste que ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vus…

Fred : Je sais ! Et je dois avouer que ça me manque de ne pas te voir.

QUOI ? Ça lui manque ? Nos moments à discuter lui manquent ?

- Marie ? Tu lis ça ? Je réponds quoi ? je lui demande, complètement paniquée.

- C’est le vin qui te rend nerveuse ? Ou c’est lui ? dit-elle en rigolant. Je ne t’ai jamais vu comme ça face à un homme. On dirait une ado de quatorze ans !

C’est vrai, je me sentais comme une gamine face à son premier béguin… le cœur palpitant. Ressaisis-toi ma grande, tu es face à un écran d’ordinateur, il ne va rien se passer !

Moi : Oui, ça me manque aussi

Fred : Tu me manques…

Moi : Ah oui ?

Ça, c’est de la réponse intelligente, bravo !

Fred : Oui… je ne te l’ai jamais avoué à l’époque mais tu m’as toujours plu… j’ai vraiment craqué pour toi. Mais tu étais avec Marc et je le respectais trop pour en parler…

Ça a le mérite d’être cash au moins !! J’en étais bouche bée ! Marie, qui lisait la conversation derrière mon épaule, me lança en rigolant :

- Je te laisse à ta conversation/révélation ma belle, moi je vais investir ton canapé !

Je lui souhaitais bonne nuit et retournais à ma conversation.

Moi : Je ne sais pas quoi te dire… Je suis assez surprise par cette révélation.

Fred : Il n’y a rien à dire, je te dis juste ce que je ressentais. Ce que je ressens toujours.

Moi : C’est-à-dire ?

Fred : Je ne t’ai jamais oublié tu sais. Même si on ne se voit plus, je pense de temps en temps à toi.

Moi : Je dois avouer que tu me manques aussi.

En général, je suis du genre discrète sur ce que je ressens vis-à-vis d’un homme, mais là, je n’avais pas envie de langue de bois… de nouveau, je me sentais moi-même “face” à lui, même s’il n’était physiquement pas présent.

Fred : Tu sais, j’aimerais te revoir…

Moi : J’aimerais aussi… Tu es toujours dans le coin ? On pourrait boire un verre un de ces quatre ?

Fred : Ça va être compliqué je le crains

Moi : Pourquoi ?

Fred : Je ne suis pas en France pour le moment. J’ai mon propre cabinet d’architecte et j’ai un gros projet au Québec pour encore quelques mois…

Moi : Oh :(

Je me suis sentie extrêmement déçue. Je l’avais enfin retrouvé mais impossible de le voir. Quelle frustration ! Après quelques minutes de cogitation, ça a fait tilt.

Moi : Tu as possibilité d’héberger du monde chez toi ?

Fred : Je suis en collocation avec mon associé… mais s’il s’agit de toi, la réponse est oui… Il s’agit bien de toi ?

Moi : Ne t’emballe pas ;) mais j’ai bien envie de visiter le Québec tout d’un coup !

Fred : Si si je m’emballe ! Tu as intérêt à ramener tes fesses à Montréal pour que je te vois ! Enfin, si c’est possible pour toi !

Moi : Je vais voir lundi si je peux poser des congés rapidement, je te tiens informé !

Fred : Je croise les doigts ! Tu me manques Jumelle.

Moi : Tu me manques Jumeau. Tu m’excuseras mais je tombe de fatigue, il est 2h du matin et j’ai ma journée de boulot dans les pattes… Je ne tiens plus.

Fred : Je comprends. Il est 20h ici j’en oublie l’heure française. Reviens-moi vite.

Moi : Promis. Bonne soirée/nuit :)

Fred : Bonne nuit !!

Et voilà. C’était la première fois que j’étais impatiente que le week-end se passe pour être au bureau lundi et négocier des congés…. C’est l’opportunité de changer d’air ET de retrouver Fred !

Marie est repartie le lendemain matin. Le week-end m’a paru interminable, bien que j’ai été occupée. Après m’être renseignée sur les tarifs des vols jusqu’à Montréal, j’ai parcouru les rayons de ma librairie préférée pour trouver différents guides de la ville. Je m’y voyais déjà ! J’étais impatiente à l’idée de ce voyage. C’est là que je me suis rendue compte qu’effectivement, c’était plus qu’une amitié que j’avais avec Fred à l’époque. C’était littéralement un amour platonique ! Le lundi suivant, je me suis dirigée vers le bureau de ma responsable directement en arrivant.

Je n’ai pas négocié bien longtemps pour obtenir mes congés. J’avais le nombre de jours nécessaires et on allait entamer une période un peu plus creuse en terme d’activité. Je pouvais donc prendre dix jours à la fin du mois suivant. Cinq semaines à attendre. Une véritable torture.

J’ai informé Fred de mes dates de congés :

Fred : Tu viens quand tu veux et autant de temps que tu veux !

Je n’ai pas attendu une seconde de plus pour acheter mes billets d’avion. Par chance, je partais hors saison, le voyage n’allait pas me coûter les yeux de la tête. Durant les cinq semaines qui ont suivi, Fred et moi avons passé nos soirées/nuits à discuter par écrans interposés. Le décalage horaire n’étant pas de notre côté, les conversations étaient brèves. Mais nous parlions du temps passé ensemble lors de ces anciennes soirées et du temps que l’on passera juste tous les deux, à venir. Le jour J est finalement vite arrivé. J’étais une boule de nerf durant tout le trajet jusqu’à l’aéroport. Durant l’enregistrement des bagages. Durant l’embarquement. Durant le vol. J’étais une boule de nerf jusqu’à ce que le taxi me dépose au pied de son appartement. Fébrile, j’appuie sur l’interphone et attend. Une minute à peine. Et enfin je l’ai vu derrière la porte vitrée de son immeuble.

Il n’a pas changé. Il a toujours ce charme fou ! Son sourire se fait instantané dès que nos regards se croisent.

Dès qu’il franchit le seuil de la porte, il m’enlace dans ses bras :

- Tu es toujours aussi belle !! Tu m’as manqué tu ne peux pas imaginer !!

- Tu n’as pas changé ! Quel plaisir d’être là avec toi !

Fred relâche son étreinte, me prend la main et m’entraîne dans l’immeuble :

- Viens, je vais te faire visiter et te présenter mon coloc’ !

Arrivés au bout du couloir, je rentre dans un loft spacieux et décoré sobrement. L’entrée se fait directement dans le salon. Une cuisine américaine se trouve sur la droite. En face de nous se trouve un balcon qui fait toute la longueur du loft. Son colocataire, Pierre, est installé sur un tabouret de bar, près du plan de travail. Une fois les – brèves – présentations effectuées, Fred continue de me faire le tour du propriétaire. Leur chambre se trouve chacune de chaque côté du salon, avec salle de bain indépendante.

- Tu veux boire une bière ? me demande-t-il.

- Avec plaisir.

Nos bières en main, Fred me dirige vers le balcon. Nous étions en début de soirée. La nuit commençait à tomber. C’était la fin septembre et nous étions en plein été indien, le temps était donc encore doux. Nous avons passé la soirée à discuter, à parler de nos vies actuelles, nos projets professionnels. Fred ne cessait de me tenir la main durant notre discussion. Mais rien de plus. Et ces retrouvailles me convenaient comme ça.

Le décalage horaire commençait à faire effet. Il était 23h à Montréal mais pour moi il était 5h du matin en France.

- Viens, tu as l’air crevé… on va se coucher, me dit-il.

- Oui, lui réponds-je dans un bâillement.

Fred me dirige vers sa chambre.

- Euh, je dors où ? fais-je en remarquant le seul et unique lit de la chambre.

- On va partager le lit, le canapé du salon n’est pas adapté pour dormir, me répond-il calmement.

- Mais sinon tu as de quoi héberger du monde chez toi, hein ? dis-je avec un clin d’œil.

- Ne t’inquiète pas, je serai un véritable gentleman !

Mais je n’étais pas sûre d’avoir envie qu’il se tienne tranquille ! Nous nous retrouvions pour la première fois que nous nous connaissions dans l’intimité, juste tous les deux… tous les deux célibataires…

Nous nous sommes couchés et le sommeil a finalement pris le dessus. La nuit fut courte. Je me suis réveillée tôt. Fred dormait encore. Je ne pouvais m’empêcher de le regarder durant son sommeil. J’étais subjuguée par son visage, il semblait serein, et ses traits me paraissaient parfaits à mon goût. Il a commencé à ouvrir un œil. Voyant que je l’observais, il se mit à sourire malgré son air endormi.

- Bien dormi princesse ?

Tiens, “princesse”, c’est nouveau ?

- Comme un bébé, lui réponds-je en m’étirant.

Il a profité de l’occasion pour m’attraper par la taille et m’attirer vers lui. Un câlin matinal plein de tendresse, son nez niché dans le creux de mon cou. Le réveil idéal ! Lentement, je sens son nez remonter derrière mon oreille. Il me dépose un baiser dans le cou, très sobrement. Puis il remonte vers la mâchoire. Je retiens mon souffle pendant que je le laisse faire. Finalement, ses lèvres rencontrèrent les miennes. C’était un baiser chaud, doux et passionné…

- Voilà, le réveil est désormais parfait ! me dit-il en souriant.

Je n’arrivais toujours pas à réaliser que nous étions tous les deux, enlacés, dans une espèce de cocon et j’avais l’impression que le monde autour de nous avait cessé de tourner. J’étais sur un petit nuage.

- Allez viens, ne perdons pas de temps, faut que je te fasse visiter Montréal durant le week-end, me dit-il en se levant.

Après nous être préparés, nous avons pris notre petit déjeuner dans le quartier latin de Montréal. Le lieu me paraissait irréel. Fred habitait le centre-ville, le quartier d’affaires aux grands buildings. Le quartier latin était situé juste à côté et paraissait pittoresque. En repartant, Fred me fait visiter la Cathédrale Christ Church… c’était son lieu fétiche !

- Je suis athée, mais j’ai une fascination pour cette Cathédrale ! Je la trouve tout simplement magnifique ! Je m’inspire de son architecture pour certains de mes projets, me dit-il avec un enthousiasme presque enfantin.

En effet, le bâtiment imposant était impressionnant, les vitraux magnifiques. La chapelle située sur la droite du bâtiment, toute en bois massif, imposait le respect. J’aimais regarder Fred aussi passionné, voir ses yeux briller devant les belles pierres.

Nous continuons notre ballade dans les rues de Montréal. Fred m’enlaçait et ne me lâchait plus. Il s’arrêtait par moment pour m’embrasser. A nouveau, je me sentais comme une adolescente vivant sa première histoire d’amour. Mon cœur palpitait, je ne pouvais détacher mon regard du sien. Nous rions bêtement quand les passants nous regardaient avec insistance tandis qu’on échangeait un baiser.

J’avais le sentiment que nous nous connaissions par cœur, tout me paraissait naturel avec lui… l’impression d’être en couple depuis des années alors que cela ne faisait que quelques heures que nous nous étions retrouvés.

- J’ai l’impression que tu es avec moi depuis toujours, me dit-il en me regardant, avec un air sérieux.

- Tu lis dans mes pensées, rétorquais-je. Je me faisais la même réflexion. J’ai le sentiment d’être en parfaite harmonie avec toi. Je me sens moi-même et ça fait du bien.

Nous avons passé le reste de la journée sur le bord du fleuve Saint Laurent, enlacés, à échanger nos ressentis. Je me rendais compte que j’étais littéralement sous le charme… Après un dîner en ville, nous sommes rentrés chez lui.

- Tu veux regarder un film ?, me demande-t-il, en se dirigeant vers sa chambre.

- Ok, une soirée cocooning m’irait très bien, lui réponds-je avec un sourire. Film sous la couette ?

- Bien sûr, me répond Fred avec un clin d’œil.

Ne me demandez pas de quel film il s’agissait, je ne m’en souviens plus. Fred était allongé derrière moi, me blottissant le dos contre son ventre, sa main caressant mes cheveux. Il m’était impossible de me concentrer sur le film, j’étais obsédée par le corps de Fred contre le mien. Ne tenant plus, je me retournais vers lui.

- Le film ne te plaît pas ? demande-t-il en souriant.

- J’ai plus intéressant sous les yeux actuellement, lui avouais-je.

J’ai commencé à l’embrasser. Tout d’abord dans le cou. Mes mains se sont glissées sous son t-shirt. Elles remontaient sur son torse au fur et à mesure que mes lèvres se rapprochaient des siennes. Fred était totalement réceptif à mes avances… Ce soir-là, le film a tourné en boucle trois fois dans son lecteur… Nos corps ont fusionné. A l’heure actuelle, je ne saurais encore l’expliquer, mais nous savions chacun quels gestes effectuer pour procurer du plaisir à l’autre. C’étaient de véritables étincelles ! Je n’avais jamais été en parfaite harmonie physiquement avec un homme. Sans dire un mot, nous savions ce qu’aimait l’autre. Encore une fois, tout semblait naturel entre nous.

Les dix jours sur Montréal se sont succédés à une vitesse folle. Quand Fred travaillait, je visitais le reste de la ville seule. Quand nous étions ensemble, nous passions notre temps sous la couette (entre autre !) ou à nous balader en amoureux dans Montréal. Dix jours paradisiaques où j’avais le sentiment de vivre une véritable love story sortie tout droit sortie d’un film à l’eau de rose. Et pourtant je ne rêvais pas !

Puis le retour à la réalité fut comme un coup de massue. Je devais reprendre l’avion et retourner à ma vie quotidienne. Fred m’accompagna à l’aéroport en silence, les yeux humides. Je ne pipais mot également, le cœur complètement serré.

- J’ai envie que tu restes, marmonne-t-il tandis que nous passions les portes de l’aéroport.

- Moi aussi. C’est une véritable torture de rentrer…

- Reste avec moi ! me supplie-t-il. Je t’ai attendu trop longtemps, je ne peux pas te laisser partir comme ça !

- Malheureusement c’est impossible, lui dis-je à contrecœur. J’aurais pu changer mon billet d’avion, je l’aurais fait… et on m’attend de pied ferme au bureau… Tu rentres quand en France ?

- En mars, pas avant, répond-il, l’air déçu. Le projet est en train d’aboutir auprès de mon client mais je dois assister au début du chantier…

Presque six mois loin de lui… Six mois avec un océan qui nous sépare. Les larmes me montent aux yeux en pensant à son absence.

- Ne pleure pas s’il te plaît… J’ai déjà du mal à me contenir et je n’ai jamais aimé les au revoir…

Essayant de réprimer mes larmes, je n’ai pas su quoi répondre. A part le prendre dans mes bras. Mon vol n’allait pas tarder à décoller, je devais repartir… Nous nous sommes embrassés longuement, une dernière fois, avant que je n’embarque. Je lui lançais un dernier regard en passant les portes d’enregistrement… Je le voyais me dire un « je t’aime » muet… Les larmes aux yeux, je lui répondais « je t’aime » du bout des lèvres.

Le vol du retour m’a paru interminable. J’en ai profité pour enfin laisser couler mes larmes… J’avais trouvé l’homme que j’attendais et je ne pouvais pas le revoir avant six mois. J’avais trouvé mon âme sœur. Voilà, c’est ça. J’ai toujours été convaincu que sur terre, deux personnes étaient destinées à se trouver… et je l’avais trouvé, lui.

De retour sur la terre ferme, j’avais le moral au plus bas. Une boule au fond de mon ventre s’était formée depuis ma montée dans l’avion et refusait obstinément de disparaître. J’avais la gorge serrée et mes yeux me brûlaient à force de larmes. Une fois chez moi, j’ai allumé mon ordinateur. Un message de Fred m’y attendait déjà :

« Tu me manques princesse. Ça me parait tellement vide chez moi depuis que tu es partie… Je t’aime. Vraiment. J’aimerais faire un bond dans le temps et être en mars pour être de nouveau dans tes bras. Préviens-moi pour me dire que tu es bien rentrée. Miss you babe. »

Aussitôt, je me suis remise à pleurer. Je lui réponds immédiatement :

« Bien rentrée. Malheureusement. J’aurais aimé n’avoir jamais pris ce vol retour. Il me tarde d’être en mars, tu me manques à un point… Je t’aime. Reviens-moi vite. »

Je me sentais totalement vide. « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé » a écrit Lamartine. Cette phrase n’a jamais eu autant de sens qu’en ce jour… Je n’ai pas eu de réponse immédiate de Fred. Vu l’heure qu’il était, il devait dormir… Je me suis occupée à ranger mes affaires et étant épuisée, je me suis couchée sans demander mon reste. Je retournais au bureau le lendemain, la semaine allait être compliquée !

Dans les jours qui ont suivi, j’effectuais mes journées de boulot sans grande conviction, n’attendant qu’une chose : rentrer chez moi et profiter des quelques instants que nous permettait le décalage horaires pour discuter avec Fred via internet. Au début, nous nous disions combien on se manquait et à quel point nous étions impatients d’être en mars.

Puis Fred se connectait moins souvent. Et parlait beaucoup moins les rares fois où il se connectait. Je commençais à me poser des questions sur son étrange comportement.

Moi : Tu me sembles distant… C’est ironique sachant que tu es de l’autre côté de l’Atlantique, mais nos discussions se font plus rares…

Fred : Je suis crevé par le boulot qui s’intensifie, ce n’est rien.

Mon instinct ne m’a jamais trompé. Et je sentais qu’il n’y avait pas que la fatigue derrière tout ça.

Moi : Dis-moi ce qui se passe. Il n’y a pas que la fatigue ou le boulot qui te rend distant.

Pas de réponse…

Moi : Fred, s’il te plaît, dis-moi ce qui se passe. Je ne le sens pas.

Après plusieurs minutes à attendre sa réponse, il se décide enfin à me répondre :

Fred : Je ne sais pas… La distance ce n’est pas évident…

Moi : On a fait le plus dur… Il te reste à peine deux mois avant de rentrer en France.

Fred : Peut-être oui… Mais je me suis lassé d’attendre. J’en sais rien mais je ne ressens plus ce manque…

Mon sang s’est figé…

Moi : Tu es sérieux ? Après ces dix jours passés ensemble, dix jours extraordinaires, tu me dis que tu t’es lassé d’attendre ?

Fred : Je ne sais pas quoi te dire…

Moi : Tu m’as pourtant dit que tu m’aimais quand je suis partie

Fred : … Je ne savais pas quoi te dire, je crois que c’est sorti tout seul, comme ça…

Moi : Tu dis « je t’aime » quand tu ne sais pas quoi dire d’autre ? Je rêve là ! Dis-moi que je rêve !

Fred : Je suis désolé. Je tiens à toi, crois-moi… mais

Je n’ai pas cherché à lire la fin de sa phrase. J’étais tellement sous le choc et énervée que j’ai fermé internet et éteint le pc. Ce n’est pas croyable…. J’avais tellement idéalisé Fred, mais finalement, il s’est avéré que c’était un homme de plus qui n’était pas prêt pour une histoire sérieuse. Je dois les attirer, ce n’est pas possible autrement…

Tout en ruminant, je prends mon téléphone et envoie un SMS à Marie :

« Bon, je me lance dans l’écriture des Désastreuses Aventures Sentimentales d’Audrey (ah oui pour info – Audrey – c’est moi !) c’est décidé ! On se voit dans le week-end ? Bisous »

La réponse de Marie ne s’est pas fait attendre :

« Oula ! Va falloir que tu me racontes ça ! On déjeune ensemble samedi ? Biz ma belle »

Le samedi suivant, je retrouvais Marie pour déjeuner. Je lui rapportais le dernier échange que j’ai eu avec Fred.

- C’est un con ! lâche-t-elle après que j’eus fini mon récit.

- Tu m’étonnes que c’est un con ! Quelle déception !! C’était trop beau pour être vrai…

- Ne t’en fais pas, il n’en vaut pas la peine…. Je sais que c’est facile à dire, moins facile à entendre… mais il a révélé sa vraie personnalité. Ne perd pas de temps à te prendre la tête avec lui. Et dis-toi que tu auras fait malgré tout la découverte d’une belle région non ? tente de me rassurer Marie.

Elle avait raison… totalement raison. J’allais penser à moi et faire un trait sur cette histoire, si on peut l’appeler telle quelle…

En rentrant chez moi, je tentais d’oublier ma colère et ma rancune… j’allumais mon PC et vaquais à mes occupations. Je prenais toutefois le temps de regarder mon profil sur le net… j’avais des messages non lus. Tous de Fred. Je ne les lisais pas. J’ouvrais toutefois la fenêtre de discussion :

Moi : Pas lu tes messages. Pas envie de les lire. Chacun mène désormais sa vie, pas de perte de temps inutile stp. Salut.

Voilà. Clair. Net. Précis. Ne pas tourner autour du pot… Je refermais aussitôt la page internet. Je suis du genre rancunière et têtue, Fred va l’apprendre à ses dépens !

Et de nouveau, je me suis plongée dans le boulot… Je relativisais : Et oui ma petite Audrey, on ne peut pas avoir ET un travail épanouissant ET une vie amoureuse idéale… Je me voilais la face, je le savais, mais appliquer la méthode Coué était plutôt efficace.

Le printemps avait fait son apparition après un hiver morose, aussi bien d’un point de vue météorologique que moral ! Je commençais à me préparer pour rejoindre Marie et son ami pour une sortie ciné-resto. Je me dépêchais sinon j’allais finir par louper la séance de cinéma. J’enfilais ma veste à toute allure et me dirigeais vers la porte quand je fus stoppée dans mon élan quand je l’ouvrais : Fred était là ! Tout d’abord surprise, je suis passée au stade “colère” immédiatement :

- Qu’est-ce que tu fous là ? lançais-je sèchement.

- Je voulais te parler Audrey…

- Tu tombes mal, le coupais-je. Un : j’ai des amis qui m’attendent EUX ! Deux : je n’ai rien à te dire.

- Audrey je sais que j’ai joué au con mais s’il te plaît laisse-moi m’expliquer, semblait-il supplier.

- Cours toujours et boit de l’eau Fred ! Laisse-moi passer je dois y aller…

Mes mains tremblaient tandis que j’essayais de fermer ma porte à clé.

- Au fait, comment as-tu eu mon adresse ? lui lançais-je avec un regard noir

- J’ai demandé, non, j’ai harcelé ton amie Marie pour qu’elle me donne ton adresse, répond-il, tout penaud.

Je commençais à bouillonner : « Marie, sale traîtresse ! Tu vas me le payer ! »

- Mais elle n’a rien lâché, s’empresse-t-il d’ajouter… Mais tu es sur les pages blanches… Il regardait ses pieds, comme un enfant confessait une bêtise.

« Bon Marie, désolée, tu n’es pas une traitresse. » . Je me suis maudite de ne pas avoir pris le temps de m’inscrire sur liste rouge.

- Tu es un garçon débrouillard, c’est bien. Je sais où tu vis, tu sais où je vis, c’est super hein ? Allez salut, je suis en retard…

- Tu sais où je vivais… cherche-t-il à répondre.

- Je ne t’écoute plus ! le coupais-je, tandis que je sortais de l’appartement.

J’étais garée juste devant chez moi. Je me suis glissée dans ma voiture et démarrais en trombe. Non mais quel culot celui-là !

Je ruminais jusqu’à ce que je me gare à proximité du cinéma. Marie a compris à ma tête que j’étais furieuse.

- Qu’est ce qui se passe ? m’interrogea-t-elle sans préambule.

- Tu ne devineras jamais qui était derrière ma porte quand je suis partie tout à l’heure ?

- Non ??? dit-elle les yeux écarquillés.

- Si ! m’écriais-je. Les passants se retournaient immédiatement sur mon passage, j’avais l’air d’une folle ! Euh mais attend, comment tu sais que c’était Fred ?

- Bah il m’a un peu harcelé via internet. Il a bien compris qu’on était amies vu mes commentaires sur ta page…

- Ah oui, il m’en a parlé ! Merci de ne pas lui avoir donné mon adresse, lui dis-je en me calmant.

- De rien. Mais… Marie ne finit pas sa phrase.

- Mais ??

- Tu devrais peut-être l’écouter… J’ai un peu discuté avec lui, il semble sincèrement désolé., me dit-elle sérieusement.

- Non. Je n’ai pas envie d’accorder du temps à quelqu’un qui m’a blessé. Qui a blessé mon ego. Je clôturais ainsi le débat : Bon, on se le fait ce ciné ?

Marie acquiesça et nous rejoignions son ami qui nous attendait devant la salle de cinéma. Après le film et le restaurant – où le sujet Fred ne fut pas abordé une seule fois – je rentrais chez moi. Une enveloppe était posée sur le pas de ma porte.

« Appelle-moi. Voici mon nouveau numéro. STP. Fred »

Je soupirais, en glissant le mot dans ma poche. Je ne l’ai pas appelé du week-end. Le lundi matin, en arrivant au bureau, un bouquet de fleurs m’attendait sur mon bureau.

- Elles ont été livrées il y a quinze minutes, me lance une de mes collègues, avec un sourire en coin. Alors, on a un admirateur secret ? me demande-t-elle en gloussant.

J’adore mes collègues, mais par pitié, gardons notre vie privée, bah privée justement ! Un mot accompagnait le bouquet :

« S’il te plaît ma Jumelle. Appelle-moi »

Je jetais la carte sur un coin de mon bureau et me plongeais dans le boulot.

En fin d’après-midi, je recevais un SMS de Marie :

« S’il te plaît, rappelle-le ! Il me harcèle sur le net, je n’ose même plus allumer mon PC à cause de lui ! Je te revaudrais ça s’il me lâche la grappe ! Bisous ! »

J’ai pris Marie en pitié. C’est uniquement pour ça que j’ai envoyé un SMS à Fred (bah voyons…).

« Qu’est-ce que tu veux ? »

Malgré ma rancune, mon cœur s’emballait… Il me manquait ce con ! Mais je ne voulais pas me l’avouer.

Réponse de Fred :

« Te parler »

Sans blague ? Je vais éviter le sarcasme, ça commençait à me fatiguer…

« RDV à 19h au café en bas de chez moi »

« Merci. A tout à l’heure »

Je suis arrivée au café en avance. Il était déjà là. Mes mains étaient moites. Fred s’est levé dès qu’il m’aperçut et m’invita à m’asseoir avec lui. Je m’asseyais sans le regarder, silencieuse.

- Audrey, commença-t-il. J’ai joué au con…

- Ça tu peux le dire ! tonnais-je.

Fred soupira…

- S’il te plaît, arrête avec ton cynisme, me dit-il calmement.

Ok, là il marque un point. Je l’encourageais silencieusement à continuer.

- J’ai été con… te dire, à plus de 5000 km de distance, que tu ne me manquais plus était une connerie. Mon projet n’a pas fonctionné comme je le voulais. J’étais frustré car les choses ne se déroulaient pas comme je le voulais avec mon client…

- Quel rapport avec moi ? le coupais-je

- J’y viens…. J’ai passé des nuits blanches à peaufiner le projet. Je n’en dormais plus. Ce projet tu comprends c’était mon bébé ! Et je tenais à ce qu’il soit mené à bien dans les délais impartis !

Il semblait à bout de souffle après sa tirade.

- Et ? l’incitais-je à continuer.

- Et si le projet n’aboutissait pas, mon retour en France aurait été retardé… Je ne pouvais pas me permettre de penser à autre chose que le projet, je ne pouvais pas me permettre d’être distrait, conclut-il, son regard rivé au mien.

- Je suis une distraction maintenant ? Je ne sais pas comment le prendre !

- Tu es loin d’être une distraction ! Tu occupes toutes mes pensées, je suis obnubilé par toi ! J’étais incapable de me concentrer si je pensais à toi ! J’étais sincère quand je t’ai dit que je t’aimais.

- Mais tu m’as dit que je ne te manquais pas. Il faudrait savoir ! lui répondais-je, aussi calme que je le pouvais mais totalement perdue.

- J’ai été plus que maladroit… J’ai bien tenté de rattraper ma bourde mais tu n’étais plus connectée ! Tu n’as pas lu mes autres messages. Crois-moi, à distance, par écrans interposés, c’est compliqué de revenir sur des mots qu’on ne pensait pas…

Son regard était triste. Il me paraissait tout d’un coup fatigué. Je me suis sentie soudainement idiote.

- Je crois que je me suis emportée un peu trop vite non, lui dis-je, rougissant.

- Je crois aussi, me dit-il avec un sourire triste.

- On finit notre café et on monte à l’appart… Il faut que je lise tes messages !

Fred acquiesça. Dix minutes plus tard, nous étions dans mon salon. Une fois le PC allumé, je consultais les messages. Effectivement, Fred m’avait expliqué tout ce qu’il venait de me dire de vive voix. Je n’avais qu’une envie : me cacher dans un trou de souris !

- Fred, commençais-je à lui dire. Je suis une idiote ! Une parfaite idiote ! J’ai agi sous une impulsion injustifiée…

Il me regardait sans dire un mot. Je continuais, les larmes au bord des yeux :

- Je n’ai pas les mots pour te dire à quel point je me sens confuse. J’ai réagi bêtement et euh… je commençais à bafouiller, complètement gênée.

- Tu sais… On pourrait arrêter de s’auto-flageller…

On s’est mis à rire bêtement.

- Dis-moi comment ? lui demandais-je en riant et pleurant à la fois.

- Embrasse-moi idiote !

Ces retrouvailles catastrophiques (mais pas trop finalement) ont eu lieu il y a dix mois désormais. Fred n’a plus quitté mon appartement depuis. Nous commençons à évoquer certains projets à deux… Prendre un appartement plus grand pour qu’il puisse y installer son bureau par exemple. Faire le plan de route de notre prochain voyage en amoureux… D’ailleurs nous partons bientôt pour Montréal… nous allons fêter l’anniversaire de nos retrouvailles là où tout a commencé, là où nous sommes tombés amoureux. Là où notre love story a démarré…

FIN

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