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vendredi 10 octobre 2014

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Les neuf cercles, de R.J. Ellory


Date: 2 octobre 2014
Collection:
Edition: Sonatine
Genre: policier
Prix: 22,00 €

Présentation de l’éditeur

1974. De retour du Vietnam, John Gaines a accepté le poste de shérif de Whytesburg, Mississippi. Une petite ville tranquille jusqu’au jour où l’on découvre, enterré sur les berges de la rivière, le cadavre d’une adolescente. La surprise est de taille : celle-ci n’est autre que Nancy Denton, une jeune fille mystérieusement disparue vingt ans plus tôt, dont le corps a été préservé par la boue. L’autopsie révèle que son cœur a disparu, remplacé par un panier contenant la dépouille d’un serpent. Traumatisé par le Vietnam, cette guerre atroce dont " seuls les morts ont vu la fin ", John doit à nouveau faire face à l’horreur. Il va ainsi repartir au combat, un combat singulier, cette fois, tant il est vrai qu’un seul corps peut être plus perturbant encore que des centaines. Un combat mené pour une adolescente assassinée et une mère de famille déchirée, un combat contre les secrets et les vérités cachées de sa petite ville tranquille. Si mener une enquête vingt ans après le crime semble une entreprise périlleuse, cela n’est rien à côté de ce qui attend John : une nouvelle traversée des neuf cercles de l’enfer.

Pour ce thriller sombre et déchirant, qui évoque autant Truman Capote que Jim Thompson, R. J. Ellory renoue avec la veine crépusculaire de Seul le silence. Son personnage principal, John Gaines, littéralement hanté par le crime, la violence et la mort, lui permet d’aborder une fois encore, et de façon plus puissante que jamais, l’interrogation principale au centre de tous ses romans : la part d’ombre de chaque individu et la nature du mal. Son écriture, d’une exceptionnelle beauté, entraîne le lecteur dans un inoubliable voyage au cœur des ténèbres.

Avis de Marnie

Lorsque paraît un roman du britannique R.J. Ellory, nous nous demandons avec un petit pincement au cœur si le résultat sera à la hauteur de notre attente. A travers toute son œuvre, il revisite le mythe américain tout au long du XXème siècle... mafia, le grand Ouest. Ici, c’est la guerre du Vietnam. Si comme moi, un de vos films préférés reste Voyage au bout de l’enfer, (ou même the big Lebowski) vous allez tout simplement adorer ! Et si vous ne connaissez pas les grands films des années 70 qui évoquent cette période contestataire et singulière des Etats-Unis, et bien Ellory vous la raconte avec son souffle mêlé de lyrisme qui n’appartient qu’à lui. Oui, lorsque l’on referme ce roman, un seul mot nous vient à l’esprit : chef d’œuvre !

Dans Voyage au bout de l’enfer, il y avait trois sortes de vétérans, le handicapé qui tente de reprendre le cours de sa vie, le brave type dont le stress post traumatique lui fait perdre la raison, le rendant suicidaire les flash-backs ayant pris possession de sa vie, et le troisième qui semble normal mais qui toujours sur le fil du razoir, intériorise ses flash-backs, ne participant plus que partiellement à la vie normale, refusant de s’engager (interprété par Robert de Niro). Et bien, John Gaines ressemble furieusement à ce dernier homme. Il devient shérif par hasard et sans pratiquement d’expérience (ayant été nommé et non élu... aurait-il même été capable de se faire campagne auprès des citoyens de la ville ?).

Aucune expérience en tant qu’enquêteur... pas de meurtre dans cette petite bourgade du Sud profond des Etats-Unis... Gaines va tatonner (et commettre quelques grossières erreurs). Nous sommes en 1974, le racisme est encore profond dans cette région, et notre shérif va avoir fort à faire pour découvrir l’assassin... surtout qu’il est hanté par ses propres neuf cercles de l’enfer, ces traumatismes qu’il tente de contenir sans tomber dans le précipice qui s’ouvre sous chacun de ses pas. Profondément humain, attachant et méritant, ce jeune homme de 34 ans se retrouve face à un ennemi bien plus puissant et plus expérimenté que lui. Ce thème de l’individu "normal" qui affronte des hommes au pouvoir omniscient, membres d’institutions corrompues est récurrent chez Ellory, et l’intensité pleine de violence contenue, de révolte vibrante qu’il sait mettre dans cette confrontation constitue son grand point fort.

Les personnages qu’il nous décrit nous apparaîssent avec leurs fêlures, leurs nuances, leurs contradictions. Gaines ne sera pas seul dans sa quête vers la vérité, aidé par ses voisins, ses collègues, qui sont devenus au cours des ans ses amis sans même qu’il en prenne conscience. Et plus qu’une victoire du bien sur le mal (car avec Ellory, il y a beaucoup de zones de gris, certaine fois ce ne sont pas des ennemis qui vous plongent dans les ennuis, et ce ne sont pas toujours des amis qui vous en sortent !) notre héros trouvera son propre salut, un moyen de laisser derrière lui ses neuf cercles de l’enfer et de reprendre goût à l’existence.

Le résultat est tout simplement une oeuvre magistrale, profonde, emplie d’humanité, de simplicité mais aussi de lyrisme... un chef d’oeuvre, où Ellory nous raconte sur fond de scandale du Watergate, les difficiles années de l’après Vietnam... mais il nous décrit aussi en quelques scène courtes mais très marquantes, la réalité d’une guerre terrifiante où il n’y a pas de bons ou mauvais côtés, juste un questionnement sur le fameux "pourquoi ai-je survécu ?". Nous nous laissons emporter par ce roman fleuve, cette intrigue toute simple qui pourtant nous touche en plein cœur.

Un roman bouleversant qui oscille avec une grâce intemporelle entre noirceur et lumière !

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